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Dans les allées du forum des enseignants innovants, je me transforme en midinette, émue devant le panneau « 100 témoins, 100 écoles », un projet que je suis de loin, qui m’épate, qui m’intimide. Frederic Praud puise dans son expérience riche, multiformes, comme éducateur spécialisé, biographe, écrivain public, toute la force d’une conviction : la vie des autres est un territoire inspiré pour ceux qui savent l’écouter.

L’histoire des migrants, de tous les migrants, migrants de l’Europe, migrants à l’intérieur de la France, migrants d’un autre continent, Frederic Praud la conjugue au singulier, aux singuliers pluriel. Il recueille les biographies pour coucher sur le papier les émotions ténues, les sentiments intenses, les départs et les découvertes, les douleurs et les joies. Il écoute, traquant dans les silences les faits tapis que l’on ne saurait laisser émerger sans l’attention d’un autre. Lorsque la bographie est écrite avec le témoin, la parole se libère et l’histoire est prête à être racontée à d’autres, des élèves d’une autre génération, d’un autre pays, d’une autre réalité.

De la parole à l’écrit, de l’écrit à l’échange, la vie se raconte et passe de bouche à oreille, d’oreille à papier, à bande dessinée, des mots couchés aux récits en public. Les témoins sont des témoins d’une époque, d’un pays, de l’Histoire avec un grand H. Quand ils vont dans les établissements scolaires, ils recueillent en écho l’intérêt des élèves, des reflets de leurs propres vies de leurs questionnements sur l’avenir.

Lorsque Margarete, 78 ans, femme née allemande devenue « 200% française » vient à Mayotte, sur l’invitation de Marie, on imagine que le témoin et les élèves sont aux antipodes. Pourtant à travers le témoignage c’est la vie qui se dessine, le parcours d’une migrante qui éveille la curiosité. Les uns sont à la veille d’effectuer des choix, d’échapper ou non à un présent, de devenir autre que ce que l’évidence imposerait. Margareth se raconte comme un livre ouvert sur un paysage éclairé. Lorsqu’un témoin vient dans un EPID (Etablissement Public d’Insertion de la Défense), il se présente devant des jeunes de 18 à 21 ans déjà sur le côté de la voie de la réussite. Dans les paroles se lisent que l’échec n’est pas une fatalité et qu’on peut s’en sortir malgré et contre tout.

La venue des témoins dans les établissements scolaires est précédée par un travail préparatoire sur le pays d’origine. Les élèves explorent la géographie, l’histoire. Ils écrivent aussi au témoin qu’ils vont recevoir. Ce sont les enseignants qui contactent l’association pour organiser les rencontres. Frederic Praud apprécie particulièrement les collaborations avec les établissements d’enseignement agricole où l’éducation socio-culturelle favorise ce type de projets. Il n’est pas le seul intervenant de l’association. Il a formé d’autres biographes, d’autres personnes qui recueillent la parole des témoins. L’écoute dans le respect s’apprend, se cultive pour laisser fleurir la confiance, libérer les histoires pour devenir des témoignages à lire et à écouter.

Si vous passez dans les allées du forum, arrêtez vous chez Fréderic Praud, le conteur de mémoires, l’accoucheur d’histoires, les histoires des autres, celles qui par leurs différences sont universelles. Et si vous êtes ailleurs, visitez le site de l’association « Paroles d’hommes et de femmes », vous ferez un bon voyage plein d’humanité.

Monique Royer

Paroles d’hommes et de femmes