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Qui a dit que Facebook avait mauvaise presse dans l’Education nationale ? Peut-on utiliser le smartphone en classe pour faire de l’anglais ? En poste au collège des Rives du Léman à Evian, Rafika Selmi fait travailler ses élèves sur Facebook en utilisant leurs outils personnels de connexion. Elle partage avec nous ce projet.

Dans le cadre d’un travail avec mes classes de 3èmes portant sur l’apartheid « From Oppression and Revolution to the Rainbow Nation » (qui s’articule autour de ces trois mouvements : L’Oppression, la (les) Révolte(s) et l’aboutissement des espoirs de la population Noire et la fin de la ségrégation raciale légale), mes élèves ont été amenés à recueillir des informations sur l’Afrique du Sud auprès d’une journaliste sud-africaine. Mon projet pédagogique intégrait les activités langagières traditionnelles (CO, CE, EE, EOC, EOCI) auxquelles j’ai ajouté une expression écrite en interaction et en continu. Les 3èmes bilangues ont pu échanger avec Lindy Mtongana, une journaliste sud-africaine, en utilisant leurs smartphones et le facebook-chat.

Utiliser les smartphones en classe

Mes collègues d’anglais et moi-même avons systématisé l’usage des smartphones en classe pour toutes sortes d’activités : recherche de mot de vocabulaire sur wordreference, vérification de la prononciation d’un mot, travail collaboratif sur Edmodo… J’ai décidé par ailleurs d’expérimenter l’usage des smartphones dans le cadre d’une conversation via facebook. Bien que le travail en îlots ait déjà favorisé le passage d’une pédagogie frontale à une pédagogie collaborative, l’usage des smartphones, dont les élèves sont extrêmement familiers, m’a permis de constater que le cadre authentique, c’est-à-dire du quotidien de nos adolescents, reconfigure l’espace-classe et la nature même de l’apprentissage de nos élèves. Ces derniers se sont interpellés dans la salle de classe au fur et à mesure que les questions des uns et des autres s’affichaient sur leurs écrans, ce qui leur a permis de collaborer pour calibrer l’échange (au cours duquel je ne suis nullement intervenue) et d’adopter une plus grande rigueur dans leur pensée de par l’instantanéité de la situation de communication.

Le choix de Facebook

J’ai choisi d’utiliser le réseau social « facebook » pour plusieurs raisons. La première est d’ordre pratique ; une visioconférence via Skype aurait pu permettre une interaction très intéressante en ajoutant la dimension visuelle aux échanges en temps réel, mais l’état du réseau internet du collège ne garantissait pas une qualité d’échange optimale. Outre cela, l’école étant au cœur d’une société en réseaux, l’usage de facebook en classe m’a semblé primordial. L’exercice n’a d’ailleurs suscité aucune surprise de la part de mes élèves qui ont discuté de manière extrêmement fluide avec la journaliste.

Pour que le chat puisse se faire, j’avais créé au préalable un compte facebook pour ma classe et ai invité la journaliste. Les différents groupes/îlots se sont connectés quasiment tous en même temps et ont pu échanger avec Lindy Mtongana. Il me semble même qu’ils en ont oublié la salle de classe ; ils se sont spontanément déplacés et sont allés aider leurs camarades qui étaient confrontés à des difficultés de connexion ou d’expression. Ils ont posé des questions à la journaliste sur ses goûts, sa vie actuelle et sont allés au-delà de ma consigne de départ qui avait pour but de leur faire recueillir des informations factuelles sur l’apartheid. Les élèves connaissaient déjà plusieurs points concernant l’apartheid mais facebook et l’échange authentique avec un interlocuteur natif qu’il a permis, les ont rendus plus actifs tout en donnant corps à leurs connaissances jusque-là acquises par des moyens bien plus traditionnels. Cet échange virtuel et paradoxalement très concret a mis en jeu tout le répertoire du dit et du non-dit, de la préparation, du respect, de l’adaptation à l’autre et a mobilisé des notions de savoir-être que mes élèves ont dû exprimer en anglais.

Quelles conclusions ?

Répondant d’une part à la problématique du manque d’équipement rencontrés dans certains établissements, et d’autre part à l’évolution du rapport de l’homme à la technologie, l’intégration du BYOD dans notre enseignement présente des avantages certains et semble incontournable. Elle permet de développer notre usage des tices tout en amenant nos élèves à délocaliser leur apprentissage qui se ne fait plus exclusivement par la médiation de l’enseignant et ne se limite donc plus à la salle de classe ou à leur domicile, mais s’étend à d’autres sphères spatio-temporelles normalement allouées à d’autres activités. De plus, le BYOD rend les exercices proposés plus ludiques, plus authentiques. En effet, les élèves s’approprient des connaissances par le biais d’outils auxquels ils sont confrontés dans leur quotidien (smartphones, tablettes…) suscitant ainsi beaucoup d’intérêt de leur part.

Les réseaux sociaux, en plus de les confronter à autrui et à l’ailleurs, de les ouvrir au monde, favorisent d’un point de vue pédagogique l’évolution du rôle de l’enseignant et par la même de notre enseignement. Nos élèves peuvent interagir entre eux et deviennent plus autonomes.

Il me semble donc inenvisageable à présent de me passer du BYOD et des réseaux sociaux car ils donnent corps à l’apprentissage de nos élèves, captent leur attention et suscitent en eux le désir d’apprendre par des moyens qui leurs sont familiers et qu’ils affectionnent.

Rafika SELMI

Collège les Rives du Léman, Evian-les-Bains

– Académie de Grenoble-

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