Souvenez-vous : le droit à la déconnexion… « Notre métier n’est pas vraiment un métier comme les autres », note Hervé Allesant qui est enseignant référent aux usages du numérique dans l’académie d’Aix-Marseille. Hervé Allesant va partager régulièrement son regard dans le Café pédagogique. Dans ce billet, il se demande si les enseignants connaissent le bouton off.
Si vous avez le temps de trainer sur les réseaux sociaux, vous avez peut être été exposés à la pub de la nouvelle saison de « Severance », une série produite par Apple. Pour résumer pour ceux qui n’ont pas six mois de vacances ou qui ne travaillent pas vingt heures par semaine parmi les lecteurs du café et qui incidemment, n’ont pas le temps de trainer sur les réseaux sociaux : dans un futur proche, on a inventé une procédure chirurgicale qui consiste à implanter une puce dans le cerveau. Cette puce s’active selon l’endroit où l’on se trouve, et permet de dissocier (d’où le nom de la série, qui signifie « coupure ») deux personnalités chez le patient. L’une de ces personnalités est la personne qui a vécu sa vie jusque là et l’autre, amnésique, sera dédiée au travail. Une entreprise un mystérieuse, Lumon, profite de cette invention pour engager des personnes prêtes à se faire installer cette puce pour les faire travailler sur des dossiers hautement confidentiels, car, une fois sorties de l’entreprise, elles ne garderont aucun souvenir de ce qu’elles ont fait pendant la journée. On suit donc un groupe d’employés qui a subi cette procédure pour des motivations différentes, mais tous ont trouvé un avantage à pouvoir laisser les soucis du travail sur leur lieu de travail.
« Il est difficile de ne pas penser à certaines situations que vivent nos élèves »
Sans trop vous gâcher la suite de la série, cette invention qui au départ semblait ne comporter que des avantages, comme l’équilibre parfait entre travail et vie privée, pose rapidement des questions éthiques évidentes. Et pourtant… Combien d’entre nous enseignantes et enseignants se plaignent de ne jamais pouvoir vraiment couper avec notre travail. Si l’on pouvait, une fois dépassé le portail de l’école, laisser ce qui s’y est joué avec les piles de cahiers du jour. Ce n’est malheureusement pas possible.. Nous sommes nombreux à partir avec un sac chargé des cahiers et les synapses encombrées des soucis de nos élèves. Et depuis le COVID, même si l’on a choisi, ce soir là, de ne pas emporter les cahiers avec nous, on a souvent une petite vibration dans la poche émanant d’un groupe whatsapp des collègues, ou un groupe Tchap professionnel qui nous rappelle à l’ordre ou un mail d’un parent qui veut nous parler.
Les législateurs ont évoqué le droit à la déconnexion du salarié. Mais s’il est facile de mettre son portable sur silencieux, de ne pas consulter ses mails, il est beaucoup plus difficile de ne pas penser à certaines situations que vivent nos élèves. J’avais lu dans un billet d’humour : « être enseignant, c’est perdre des heures de sommeil à cause des enfants des autres ». Mais justement, notre métier n’est pas vraiment un métier comme les autres. Je lisais récemment l’histoire d’une jeune collègue affectée loin de son domicile et qui, suite à la découverte d’un pneu à plat le dimanche soir, avait vécu une aventure digne d’un film pour être en classe le lundi matin à 8h30. Combien de collègues viennent travailler en étant malades parce qu’on doit terminer un projet ou pour éviter que nos élèves soient répartis dans les autres classes ? Régulièrement, les caricatures montrent les conjoints d’enseignants obligés de manger des yaourts ou de faire les poubelles pour aller compléter le matériel d’arts plastiques de la classe.
Si l’on avait la possibilité de se faire installer un petit interrupteur on/off, le feriez-vous ?
Hervé Allesant

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