Régions, acteurs privés de l’orientation, cour des comptes ou encore sénat, les détracteurs de ce service public de l’Education nationale sont nombreux. Pourtant, ce support expert de l’orientation des jeunes se modernise contre vent et marée et laisse toujours ses données et productions en accès libre. Devant les sénateurs et les sénatrices, Frédérique Alexandre-Bailly, directrice de l’Onisep a plaidé pour le maintien de ce service public national et ancré localement. Le ministère de l’Education nationale défendra-t-il son opérateur ?
Une mission de service public
« L’Onisep est à la fois très connu [du grand public] mais aussi peu connu dans ses missions », rappelle Frédérique Alexandre-Bailly, directrice générale de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (Onisep), lors de son audition à la commission d’enquête sur les missions des opérateurs de l’Etat. « L’Onisep a été créé par décret en 1970 ».
Cette audition de 50 minutes s’inscrit dans un contexte de tension avec les régions réclamant avec insistance que les compétences de l’Onisep leur soient transférées. Ainsi, Carole Delga, présidente de l’association des régions de France, demande même « de suspendre le déploiement d’Avenir(s) dans les collèges et lycées », une nouvelle plateforme en préparation depuis des mois. Son argument, cette plateforme rendra « invisibles les sites que toutes les régions ont développés dans le cadre de leur compétence depuis 2018 ».
Au cours de son grand oral, Frédérique Alexandre-Bailly a rappelé la mission de service public de l’Onisep avec sa conséquente base de données mise à jour en permanence. « Ces données servent à alimenter les outils nationaux d’affectations que sont Affelnet et Parcoursup. Se priver de cette ingénierie, qu’il s’agisse de les confier aux Régions ou au privé, porterait un risque de diminution de service public ainsi qu’une perte d’économie d’échelle ». La directrice met aussi en garde sur l’obsolescence rapide des données générées par les IA gratuites.
D’ailleurs, « les missions de l’opérateur ont été reprécisées récemment », rappelle la directrice. « Les 306 ETP sont répartis entre le siège (211) et 17 directions territoriales où il y a 95 personnels. Le budget est de 30 millions d’euros ».
44 millions de visites sur le site Onisep.fr : un potentiel business qui attire le privé
Les données de l’Onisep sont en open data. « On est très bons élèves sur la politique de donnée ouvertes », souligne la directrice. Ces mêmes données sont souvent utilisées par des start-ups d’orientation qui vendent ensuite leurs services comme « la solution » pour l’orientation. Il s’avère que ce sont souvent des coquilles vides remplies de smileys et de QCM. Les établissements privés optent régulièrement pour ces solutions payées in fine par les contributions des familles… Ces mêmes établissements font ensuite marche arrière faute d’une utilisation assidue par les équipes éducatives. Ont-elles été concertées en amont ? Des modules d’orientation de différentes start-ups fleurissent ainsi sur les ENT des élèves via Pronote ou Ecole Directe.
Pourtant, l’information fiable fournie par l’Onisep est gratuite en version numérique. « Le site Onisep reçoit 44 millions de visites annuelles », rappelle Frédérique Alexandre-Bailly. La documentation imprimée par les Régions a impliqué le départ de 155 personnels de l’Onisep à l’époque. Les axes de travail de l’opérateur restent « les valeurs de service public comme la neutralité et l’objectivité dans la présentation des métiers ainsi qu’une attention experte à déjouer les biais notamment ceux qui sont liés au genre et à l’appartenance social ».
La Cour des comptes : juge de paix entre l’Onisep et les régions ?
Un récent rapport de la Cour des comptes stipule que « le niveau d’ambition élevé du projet Avenir(s) crée une incertitude technique et politique vis-à-vis des régions qui ont, elles aussi, développé des sites dans le cadre de leur compétence d’information sur les formations régionales. La Cour a recommandé que soit mené un audit complet du programme Avenir(s) en 2026 ». En recommandation, la Cour demande une clarification de la répartition des compétences entre l’État et les régions. La Cour des comptes, elle-même un service public, souhaite-t-elle le maintien du même service public d’orientation nationale ?
Il est à noter que le programme Avenir(s) qui servira de « socle à la politique d’orientation » est doté de 20 M€ sur 10 ans (pour le volet enseignement scolaire). La plateforme est ouverte depuis décembre 2024. « C’est une source d’égalité des chances ! », martèle Frédérique Alexandre-Bailly qui reconnait toutefois « une rupture de dialogue avec les Régions avec la plateforme Avenir(s) » en décembre 2023. Les régions sont pourtant incluses dans la gouvernance d’Avenir(s). « On est aux meilleures normes internationales d’interopérabilité et c’est gratuit pour les régions », rappelle la directrice de l’Onisep. Au cours de l’audition, on se rend compte que la succession de plusieurs ministres à la rue de Grenelle n’a pas arrangé la fluidité du dialogue entre les opérateurs.
Un sentiment d’insécurité parmi le personnel
Côté financements, la sénatrice Christine Lavarde, rapporteure de la commission, s’emmêle les pinceaux entre subventions, ressources propres et recettes fléchées de l’Onisep. « Je regarde les coûts. Aujourd’hui l’Onisep bénéficie d’une subvention de 40 millions d’euros, les CDIJ (Centre Départemental d’Information Jeunesse) c’est uniquement 6 millions d’euros ». Frédérique Alexandre-Bailly corrige la sénatrice « Notre subvention est de 21 millions d’euros ». Il est à relever que Carole Delga, la présidente de l’Association Régions de France évoque quant à elle la somme de 8 millions d’euros (rapport Cour des comptes) pour les régions.
La directrice de l’Onisep justifie aussi le rôle de ses 95 agents répartis dans les territoires « Les personnels qui sont sur le terrain ont des missions d’accompagnement pédagogique. Ils s’assurent d’une vraie relation avec ce qu’il se passe dans les établissements scolaires ». L’ancienne rectrice Frédérique Alexandre-Bailly a continué patiemment à expliquer à la sénatrice la différence entre les CIO, les psyEN et l’Onisep, citant par exemple l’Atlas de l’Onisep, site référence des équipes éducatives. La sénatrice Républicaine ultra diplômée fait mine d’être perdue. « Je ne comprends pas la dénomination de psychologue de l’Education nationale », lance-t-elle.
Cette audition aura été l’occasion de rappeler les multiples productions de l’Onisep. Par ailleurs, les représentants du personnel FSU de l’Onisep expriment leur inquiétude et dénoncent un « sentiment d’insécurité ». « Si les crédits globaux 2025 ont été votés, les décrets de répartition ne sont toujours pas connus pour les opérateurs de l’Éducation nationale. Et les annonces de la porte-parole du Gouvernement sur le budget 2026 ne sont aucunement rassurantes ». Dans un communiqué, ils concluent que « l’Onisep est à ce jour le seul acteur à produire une information fiable et neutre en matière d’orientation sur le territoire ».
Djéhanne Gani
Rapport de la cour des comptes
