Adopté à l’unanimité le 30 janvier 2025 au CSE, et publié début février au BO, le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité entrera en vigueur en septembre 2025. En maternelle – comme dans l’ensemble du premier degré – il « prendra la forme d’une éducation à la vie affective et relationnelle ». Pour le mettre en œuvre les enseignant·es sont invité·es à « s’appuyer sur le quotidien de la classe et sur les activités qu’ils ont l’habitude de mener », en particulier la lecture d’albums jeunesse. C’est l’occasion de découvrir – ou redécouvrir – les deux formidables albums pour tout petits cartonnés de Mai Lan Chapiron, C’est MON corps !, et le tout récent Interdit de me faire MAL, publiés aux éditions La Martinière. Des livres qui aident à raconter, et à faire raconter…
Que dit le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle en maternelle ?
« Se connaître, vivre et grandir avec son corps » ; « Rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir » ; « Trouver sa place dans la société, y être libre et responsable » constituent les trois axes du programme communs à tous les niveaux d’enseignement. De manière progressive, de la petite section de maternelle à la classe de terminale, ils seront « explorés à travers des objectifs d’apprentissage déclinés en notions et compétences », précisés par le texte du programme.
En ce qui concerne plus spécifiquement l’école maternelle, la mise en œuvre se développera « à partir de la considération du corps, des sentiments et des émotions, du respect de l’intimité et de l’égalité entre les filles et les garçons ». Le programme propose des éléments de progression à aborder de la petite à la grande section, ou « dès que les apprentissages précédents ont pu être observés ».
Avant 4 ans, le 1er axe du programme consiste à « Connaître son corps. Comprendre ce qu’est l’intimité » ; le deuxième à « Apprendre à exprimer son accord ou son refus, apprendre à envisager et à respecter un refus », et le troisième à « Appréhender et comprendre l’égalité entre les filles et les garçons et la liberté d’être soi-même. ». A partir de 4 ans sont progressivement introduits les objectifs suivants : « Identifier une personne de confiance (adulte, enfant), apprendre à faire appel à eux », « Découvrir les différentes structures familiales et les respecter », ou encore « Découvrir les ressemblances et les différences entre les autres et soi, respecter les autres dans leur différence ; être respecté par eux »…
Protéger et prévenir dès le plus jeune âge
Le programme précise, pour le niveau Maternelle tout particulièrement, qu’« une attention soutenue est donnée au repérage d’enfants en danger, et plus largement à la protection de l’enfance ». Comme le ministère l’a rappelé lors de sa présentation, les chiffres sont là et d’après la Ciivise un enfant sur trois est victime de violences sexuelles toutes les trois minutes. Il y a urgence à agir.
Le programme invite donc, pour prévenir les violences sexistes et sexuelles et protéger les enfants, à les accompagner très tôt dans l’apprentissage de la notion de consentement, celui que l’on donne ou refuse, comme celui que l’on sollicite, et dans la connaissance de leur corps. Car distinguer ce qui relève de l’intime, et tout particulièrement des parties intimes qui n’appartiennent qu’à soi, participe de cette prévention : savoir nommer son corps, c’est aussi avoir des mots pour mieux expliquer où on a mal, et parfois pour dire quelles violences on a subies.
Quelques démarches et activités sont proposées en illustration de la mise en œuvre de ces objectifs ; par exemple l’organisation d’ « ateliers autour de situations du quotidien : « Est-ce que je peux m’assoir à côté de toi ? », « Est-ce que je peux te prendre dans mes bras pour te consoler ? », « Est-ce que je peux te prendre la main ? » », ou la lecture d’albums permettant de « nommer les différentes parties du corps », de « s’approprier la notion d’intimité à partir de différentes situations de la vie quotidienne », ou encore de « distinguer ce qu’on peut garder pour soi d’une situation à signaler (par exemple, un danger ou une violence) »…
Deux albums ressources pour les tout petits
Publiés dans la collection « Prévenir et protéger » des éditions de La Martinière, deux albums cartonnés pour tout petits de Mai Lan Chapiron pourront aider enseignant·es et parents à trouver les mots justes pour aborder ces questions. Car trouver ceux-ci n’est pas toujours simple et peut faire peur, et c’est souvent le détour par la lecture qui facilite la parole et l’échange.
Publié en 2024 C’est MON corps – Mon premier livre pour connaitre et protéger mes parties intimes, s’adresse directement aux enfants. Il pose d’emblée le principe de leur intégrité physique, comme une loi indiscutable à laquelle même tout petits, ils peuvent se référer, et qui doit les protéger en toute circonstance :
« Voici ton corps, il est à toi.
Personne n’a le droit
de le toucher si tu n’es pas d’accord.
C’est toi le chef de ton corps. »
Les parties intimes sont d’abord identifiées, à la fois – comme y invite le programme lui-même – par les diverses « dénominations spontanées » auxquelles ont souvent recours les plus petits (et qu’ils compléteront, au besoin, à coup sûr, de leurs propres propositions !) et « un vocabulaire scientifique » simple. S’entame ensuite, sur une vingtaine de petites doubles pages, un dialogue, accompagné d’illustrations, entre le livre et l’enfant sur les conséquences de ce principe fondateur, auquel personne n’a le droit de déroger, qui qu’il soit, et quoi qu’il dise. Un système de questions-réponses qui débouche à chaque fois sur un « NON » ferme, auquel la voix des enfants se mêlera lors d’une lecture oralisée, et qui finit par « Bravo ! Tu as bien raison, personne n’a le droit, c’est interdit ! ».
Dans la même veine, formant un diptyque avec ce premier album, et tout aussi réussi, on peut désormais découvrir Interdit de me faire MAL – Mon premier livre pour apprendre que la violence, c’est non., toujours de Mai Lan Chapiron. Cette fois ce sont les violences faites aux enfants qui sont en jeu, y compris celles qui font mal « au cœur et dans la tête ». Et là aussi :
« Il y a une règle très simple :
On n’a pas le droit de te faire mal.
Personne n’a le droit.
Ni les enfants, ni les adultes,
ni même les parents.
C’est interdit. »
On y retrouve les mêmes codes graphiques colorés, le même humour joyeux, le même petit poussin qui ne perd pas une occasion pour ajouter son petit grain de sel et de fantaisie, et le même système interactif questions-réponses. Il suffit, comme pour l’album précédent, de lire et d’écouter la parole des petits prendre son envol, lorsqu’elle le souhaite. Et on en sort parfois ébranlé·e, car quand on laisse les enfants parler, ils ont beaucoup à raconter sur ce qui se passe à la maison, dans la cour ou dans les couloirs, et ailleurs …
Des albums colorés tout jolis, tout drôles et tout sérieux à la fois, comme savent l’être les enfants. Des albums qui aident petits et grands à mettre des mots.
Claire Berest
C’est MON corps !, Mai Lan Chapiron. Editions de La Martinière.
Interdit de me faire MAL, Mai Lan Chapiron. Editions de La Martinière.
