Sensibilisation aux biais de genre pour cette rentrée, formation des professeur.es des écoles et de mathématiques ainsi que des objectifs chiffrés et même des quotas pour le collège. A défaut d’agir sur les salaires, Elisabeth Borne ne laisse rien au hasard sur cet autre sujet. « Le décrochage des filles en maths apparaît dès le CP », rappelle le ministère qui pointe les conséquences sur le parcours des filles. « Des choix pénalisants pour les filles qui s’orientent vers des métiers moins rémunérateurs. En 2023, on note un écart de salaire de 14,2 % entre les femmes et les hommes à temps de travail identique ».
Elisabeth Borne semble vouloir prendre le taureau par les cornes concernant ces inégalités. Relayé dans tous les médias ce mercredi 7 mai, le « plan filles et maths » de la ministre Elisabeth Borne va se décliner en « 3 piliers ». Le premier consiste à « former et sensibiliser les personnels de l’Education nationale ».
Une sensibilisation aux biais de genre avant le 15 septembre
Notez chèr.es professeur.es, vous aurez dès la prochaine rentrée « une sensibilisation de 2 heures sur les biais de genre qui devra se dérouler avant le 15 septembre. Elle sera animée par le directeur d’école, le chef d’établissement ou le référent égalité filles-garçons, qui auront bénéficié eux-mêmes d’une formation dispensée par le ministère ».
Les écarts filles/garçons dans le premier degré et les choix de spécialité et d’orientation après le bac seront ainsi analysés. Une capsule vidéo est aussi annoncée « pour promouvoir les méthodes pédagogiques les plus favorables à la réussite des filles en mathématiques ». Sur France Inter, la ministre a déclaré que « les biais et les stéréotypes ne reculent pas voire se renforcent. Les filles ont moins confiance en elles. Dans les appréciations, on dit aux filles qu’elles sont consciencieuses et les garçons qu’ils sont brillants. » Elisabeth Borne ajoute que « les filles lèvent moins la main en cours. Si l’on n’est pas attentif à cela, on interroge tout le temps les garçons. On envoie les garçons au tableau et pas les filles ». Les écarts étaient déjà indiqués par l’INED en 2022.
Une formation des professeur.es des écoles et de mathématiques (soit 406 000 personnes) à la prévention des biais de genre et des stéréotypes dans l’apprentissage des mathématiques est aussi annoncée. « Cette formation s’inspirera d’une expérimentation menée dans l’Académie d’Amiens qui aura permis en trois ans d’inciter 100 filles de plus à choisir l’enseignement de spécialité de mathématiques », indique la rue de Grenelle qui se donne 3 à 4 ans pour cette formation. Sur le temps de vacances ?
Enfin une charte de lutte contre les stéréotypes sera affichée en salle des maîtres et maitresses et en salle des professeur.es.
Des bienfaits de la pédagogie par projet…
Le deuxième pilier vise « à renforcer la place des filles dans les enseignements qui ouvrent vers les filières d’ingénieur et du numérique ». « Le plan « Filles et Maths » a pour objectif que 30 000 filles de plus en 2030 choisissent l’enseignement de spécialité de mathématiques en classe de première et le conservent en terminale, soit 5 000 filles de plus par an à compter de la rentrée 2025 ». La réforme Blanquer n’aurait-elle pas tenu toutes ses promesses ?
La nouveauté la plus importante vient peut-être de la création de classes maths-sciences en 4ème et 3ème. Ces classes devront avoir au moins 50% de filles. « La pédagogie de projet permettra de développer l’appétence des élèves et notamment des filles pour les sciences ». Les IDD, EPI et les TPE sacrifiés avaient sans doute du bon… « Une expérimentation sera lancée dès la rentrée 2025 dans cinq académies : Amiens, Bordeaux, Martinique, Nancy-Metz et Normandie, avec la création d’une dizaine de classes ». Le ministère espère généraliser ce modèle en 2026.
Une meilleure répartition des services d’enseignement de maths
Au lycée, le ministère compte voir davantage de femmes en mathématiques en spécialité. « Une vigilance particulière sera demandée aux proviseurs pour répartir le plus équitablement possible les professeurs en enseignement de spécialité de mathématiques et en enseignement optionnel de mathématiques expertes ». Le ministère compte ainsi avoir dans chaque classe préparatoire scientifique 30% de filles d’ici 5 ans. Une mesure prévoit la nomination de femmes pour enseigner en classe préparatoire.
Quid de la rémunération des référent.es filles-garçons ?
Les référent.es égalité-filles garçons existent déjà dans les collèges et les lycées. Ces enseignant.es ou CPE mènent des projets sur cette thématique avec des élèves volontaires. Ces référent.es sont souvent bénévoles dans leur action et peuvent se sentir seul.es. « Tout le monde est convaincu de l’utilité de la chose mais les coups de main donnés par les collègues sont rares », nous témoigne une enseignante impliquée depuis 3 ans. Il est à noter que certain.es enseignant.es se sont vu.es proposer un pacte ou une brique et se retrouvent sans rien cette année.
Enfin, le pilier numéro 3 vise à susciter des vocations avec « la mise en place de rencontres systématiques avec des rôles modèles de la 3e à la terminale ». Globalement, le plan du ministère « doit permettre à celles et ceux qui le souhaitent de poursuivre des études dans des filières scientifiques et à terme de contribuer au développement et à la compétitivité du pays ». Rappelons ici que pour la Recherche et enseignement supérieur, le gouvernement annulé le 25 avril dernier 493 millions d’euros d’autorisation d’engagement sont annulés et 386 autres millions sont bloqués.
Un programme d’éducation à l’orientation sera présenté à la fin du mois de mai par la ministre.
Djéhanne Gani
Lire la communication ministérielle

