Un bâti scolaire inadapté aux nouvelles réalités climatiques
L’élu écologiste de l’Isère Jérémie Iordanoff alerte : « Il va faire 50°C dans certaines régions si on ne change rien. L’école doit devenir un lieu de résilience, pas une passoire thermique ». Beaucoup d’écoles surchauffent en été et sont mal isolées l’hiver. Si le plan gouvernemental ÉduRénov a permis de rénover 2 000 établissements en 2024, l’objectif de 10 000 rénovations d’ici 2027 semble hors d’atteinte, d’autant que le budget du Fonds vert a été revu à la baisse.
L’éducation dehors : une réponse pédagogique, écologique et sociale
Le cœur de cette proposition repose sur un changement de paradigme : reconnaître l’éducation dehors comme une méthode pédagogique à part entière. Déjà pratiquée par environ 5 000 enseignants, notamment depuis la crise sanitaire, cette approche reste freinée par l’absence de cadre réglementaire et de formation adaptée. La loi entend donc l’inscrire dans le Code de l’Éducation, développer un réseau de formateurs, et l’intégrer dans les projets d’établissement et les Plans Éducatifs Territoriaux (PEDT).
Enseigner dans des cours végétalisées, des jardins, des aires éducatives ou des espaces publics, c’est reconnecter les enfants à leur environnement tout en apportant des îlots de fraîcheur essentiels en période de canicule. La députée socialiste Florence Hérouin-Léautey souligne : « Le but de cette loi est de légitimer ce que font déjà de nombreux enseignants, d’encourager les initiatives et de lever les freins présents dans les rectorats ou académies ».
Une réponse aussi au mal-être des jeunes
Au-delà du climat, cette pédagogie répond à une crise de santé mentale qui touche de plus en plus de jeunes. Être dehors améliore la concentration, développe l’empathie et apaise les élèves en difficulté. « Notre rapport au monde se construit d’abord par les sens. Aujourd’hui, nos enfants sont enfermés dans leur classe, dans leur chambre, devant des écrans », regrette le député écologiste Jérémie Iordanoff.
Le porte-parole du WWF, partenaire de cette initiative avec la Fabrique des communs pédagogiques, rappelle que « les enfants passent aujourd’hui dix fois moins de temps dehors qu’il y a 30 ans. On se réinvente un vivant artificiel » dit-il. À Mayotte, frappée récemment par le cyclone Chido, la question de l’adaptation des établissements scolaires à l’urgence climatique est encore plus criante. « Ce n’est pas un gadget pédagogique. C’est une réponse politique, écologique et sociale à un moment de bascule », affirme Benjamin Gentils de la Fabrique.
Une école pour vivre autrement
La proposition de loi veut fédérer enseignants, collectivités, ONG et familles autour d’une nouvelle vision de l’école : plus ouverte, plus résiliente, plus vivante. « Avec l’éducation dehors, on fabrique des communs. On apprend le risque, l’entraide, l’attention à l’autre et au monde. C’est un acte éducatif et un acte politique », affirme la députée.
« Il s’agit de renforcer la place de la transition écologique dans l’école, et de donner un cap à une institution trop souvent déconnectée du vivant » résument-ils. Pour Graziella Melchior, cette proposition de loi est – et ce n’est pas un détail dans le contexte d’instabilité politique et d’austérité budgétaires – à la fois consensuelle, peu coûteuse, et porteuse de bénéfices éducatifs et sociaux.
Djéhanne Gani
