Né en 1933 et décédé en 2024, Guy Brousseau fut un enseignant, un militant, un chercheur, un organisateur. Il a laissé un important héritage, aussi bien scientifique qu’organisationnel, au premier chef duquel la Théorie des Situations Didactiques. Nombre de termes devenus familiers aux enseignants en découlent : le contrat didactique qui définit la part de chacun, entre l’élève et l’enseignant, et qui est si complexe à analyser dans ses moindres détails, mais aussi certaines phases d’une séance de classe, comme l’institutionnalisation.
Mais des travaux qui datent des années 60 et 70, à une époque où les savoirs disponibles dans différentes disciplines étaient bien éloignés de certains d’aujourd’hui, ont-ils encore de la validité ? A quelles conditions ? Au prix de quelles évolutions ?
C’étaient quelques-unes des questions qu’avaient l’ambition de poser ses organisateurs et organisatrices, en présence de la grande famille de ceux qui s’inspirent de son travail dans leurs métiers d’aujourd’hui, mais aussi de plus béotiens venus voir de près quelles en étaient les controverses.
Dans ce premier article* consacré au colloque, le Café pédagogique a collecté quelques témoignages sur le vif lors des (trop courtes) pauses.
Mais pourquoi sont-ils venus ?
« Pourquoi êtes vous venue à ce colloque en ce début de vacances ? » C’est la question que nous avons posé au hasard des rencontres et des pauses… Panel sans garantie de représentativité…
Enseignante à l’école élémentaire, Valérie cherche à se former : « Ce qui change tout, c’est mon regard sur la didactique des mathématiques, bien sûr, mais aussi dans les entrées en didactique dans les autres disciplines… Parce qu’on se rend bien compte que c’est très utile à notre enseignement auprès des enfants pour leur permettre de mieux construire leurs connaissances. Ca vous parait peut-être un peu ambitieux, mais moi ça me plaît. Et malheureusement, comme… Comme on a de moins en moins accès à la formation et puis à la formation de qualité, c’est triste, et je suis contente d’être ici. »
Claire est maîtresse de conférence en didactique des mathématiques. « Je travaille sur le premier degré donc c’est plutôt le coeur des premiers travaux de Guy Brousseau. J’utilise sa théorie, et j’ai aussi travaillé sur des développements de sa théorie. Donc je trouvais intéressant de venir d’abord pour lui rendre hommage… Et puis pour rencontrer d’autres personnes qui ont développé dans le cadre d’une rencontre scientifique… Je suis formatrice d’enseignants et je pense que ces théories m’aident à former, parce que je suis intimement persuadée que le fait que travailler sur définition, théorie et application, ce n’est pas forcément la bonne idée si on veut faire des gens qui réfléchissent. Je trouve que la théorie des situations didactiques propose des situations de classe qui permettent aux enseignants d’accéder aux élèves, enfin permettent aux enseignants d’aider les élèves à accéder à cette façon de voir, à réfléchir, à mettre les mains dans la glaise et puis à essayer de trouver des choses intéressantes et à réfléchir et à comprendre ce qu’il y a dans les maths ».
Guillaume est professeur, formateur en INSPE. « Je suis dans un groupe IREM de géométrie, où je travaille avec des didacticiens, dont Marie-Jeanne Perrin. En discutant avec elle, elle s’est aperçue que ma pratique collait bien avec la théorie de Brousseau. Et du coup je viens faire une communication sur cette approche en formation ».
Monique a eu l’occasion (« l’honneur et l’avantage », dit-elle) de rencontrer Guy Brousseau dans sa classe de collège à Clermont-Ferrand et d’essayer de comprendre et de mettre en application la théorie des situations. « J’ai été passionnée par ce nouveau regard sur l’enseignement dans la classe ».
Marie-Bérangère, thésarde, est venue « pour suivre des interventions au sujet de la TSD et nourrir mon cadre théorique dans le cadre de mon doctorat d’histoire. Je vais suivre un atelier qui va parler de l’histoire, de la didactique de l’histoire et de la didactique des mathématiques. Donc ça intéresse particulièrement ma thèse aussi. »
Adrien a une position plus originale : « Je suis musicologue, donc je suis un didacticien de la musique, et dans le cadre de mon habilitation à diriger des recherches, j’ai travaillé en particulier sur la théorie des situations à usage didactique, c’est-à-dire la première modélisation de Guy Brousseau. Je participe au réseau des recherches comparatives en didactique, et on est quelques-uns ici à soutenir Guy Brousseau parce qu’il a nourri les cadres que l’on développe dans le cadre de nos recherches. Nous faisons une intervention à trois sur le concept de milieu en musique »
Ariane, Caroline, Claire, Aurélie et Dereck sont venus en force de Clermont, pour la plupart enseignants en collège. « On fait partie d’un groupe IREM et on va proposer un atelier mercredi sur le travail qu’on conduit depuis quelques années sur des situations d’action, de formulation, de validation autour de la géométrie, dans différents collèges REP ou hors REP.
- Ca nous apporte un autre regard sur notre travail
- Oui, ça nous fait réfléchir.
- Ça nous fait travailler à plusieurs, on teste des activités, on se regroupe ensuite à l’IREM, avec Anne-Cécile Mathé. On parle de comment ça s’est passé dans nos classes, donc ça nous fait évoluer, puisqu’on peut affiner nos pratiques aussi par le biais de plusieurs expériences, et puis développer des gestes professionnels aussi.
- Sur certaines situations, au bout d’un moment, on s’aperçoit que sans forcément s’en rendre compte, on fait bouger les lignes, on change nos pratiques.
- Je vois bien que ça a un impact sur mes élèves. Les activités qu’on propose sont ultra enthousiasmantes, en fait. (rires) Et on arrive à leur faire faire des mathématiques.
- C’est difficile à décrire. Mais une jolie activité de mathématiques, les élèves, ils l’attendent, en fait. Et une fois qu’ils ont dépassé le cap de difficultés, Il y a une joie d’avoir fait des mathématiques.
- Après, c’est sûr que forcément… Déjà, nous, ça nous enthousiasme. Donc forcément, ça doit quand même se ressentir de l’autre côté. Après, c’est vrai que c’est difficile de mesurer les impacts.
- On voit bien qu’ils rentrent plus vite, au fur et à mesure de l’année, dans ce regard apporté sur les figures, un regard un peu différent.
- Et puis ils réclament aussi.
- Et même nous, en tant que professionnels, je trouve que ça élargit notre regard sur la façon de construire un cours, parce qu’on va aller chercher plus loin sur quels sont les apports de la didactique. On n’aurait peut-être pas osé avant. Tout simplement.
Patrick Picard
*d’autres articles à venir sur les contenus du colloque
