Programme EVARS vs programme EARS ?
Dans un tel contexte, on s’inquiète en effet des déclarations du nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique, Guillaume Prévost, déclarations dont l’ambigüité interroge, comme l’explique le journal 20 minutes ce 4 septembre qui évoque une « sorte d’OPA sur le programme d’EVARS » (…) « semblant vouloir « adapter » le programme à la sauce catholique ». Le quotidien s’appuie notamment sur des extraits d’un entretien publié dans Ouest France le 28 aout 2025, entretien dans lequel le nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique juge le programme de l’Evars « riche, ambitieux, peut-être trop parfois ». « Ces enjeux relevant de l’intime sont importants. Mais ne cédons pas à la tentation de vouloir tout rendre conforme », ajoute-t-il. Réagissant à ces propos le député Paul Vannier, co-rapporteur de la commissions d’enquête parlementaire Betharram rappelle que « les programmes de l’éducation nationale ne relèvent pas du caractère propre des établissements sous contrat ».
La lecture du document EARS (et non plus EVARS), « Pour grandir heureux », sorte de document d’accompagnement qualifié de « texte de discernement » publié sur le site du secrétariat général de l’éducation catholique rajoute à cette perplexité. D’emblée le ton est donné : « Le programme EVAR-S ne résume pas à lui seul l’EARS, qui comprend également d’autres actions éducatives menées tout au long du parcours de l’élève. C’est pourquoi cette éducation doit être pensée collectivement de manière à l’enrichir par différentes initiatives pédagogiques : journées éducatives, conférences, ateliers thématiques, sorties scolaires, interventions spécialisées… ». Ce n’est donc pas seulement d’EVARS dont il est question, mais d’EVARS « plus » quelque chose… à moins qu’il ne s’agisse d’EVARS « moins » quelque chose ?…
Une lecture « chrétienne » des programmes ?
Plusieurs passages semblent en effet inviter à une inflexion du programme plus conforme à « la vision propre portée par l’Enseignement catholique » et donc à des ajustements du programme qui interrogent. Le texte insiste ainsi sur « la valorisation de la différence entre les sexes » ; rappelle que, tout en se tenant « loin de tout sexisme ou stéréotype » l’approche prônée par l’EARS « s’enracine dans une conviction chrétienne essentielle : homme et femme sont créés à l’image de Dieu, égaux en dignité, différents et complémentaires » et que « cette éducation révèle progressivement les richesses spécifiques de chacun, féminin ou masculin, tous deux ‘appelés à exister réciproquement l’un pour l’autre’ » citant la lettre encyclique Mulieris dignitatem de Jean-Paul II datant de 1988.
Toujours aussi sibyllin le texte de discernement précise qu’« une cohérence éducative structurante » doit conditionner « l’efficacité de l’EARS » et que celle-ci « suppose une vision partagée de ses finalités et une connaissance des textes de référence : programmes scolaires d’une part, textes de l’Enseignement catholique ». Il ne s’agit donc pas seulement d’application des programmes mais d’application des programmes à l’aune de « l’anthropologie chrétienne », mettant en « synergie éducative (…) enseignement, éducation et pastorale portée dans le cadre du projet chrétien »…
Une lettre en moins, ce n’est manifestement ni un oubli, ni un détail…
Claire Berest
Le « texte de discernement « Une EARS pour grandir heureux » est téléchargeable sur le site du secrétariat général de l’enseignement catholique.
