Ce débat sur les temps de l’enfant ouvre aussi une réflexion plus large sur la pédagogie et la manière d’enseigner. Pour autant, tout enseignement doit-il être ludique ?
« Trop de devoirs, trop de stress, pas assez d’échanges »
Représentatifs des collégien.nes et lycéen.nes ? Vingt enfants et adolescents âgés entre 12 et 17 ans ont rendu ce week-end leur rapport de propositions dans le cadre de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant. Cette session, dédiée à la finalisation des derniers arbitrages et à la rédaction des propositions, a réuni adultes et jeunes.
Colombine âgée de 16 ans, venue du Nord, raconte : « On s’est retrouvés deux fois pour des sessions de trois jours pour un vrai processus de réflexion. D’abord, on a parlé de nos problèmes, puis on a imaginé une journée idéale et les moyens d’y arriver. »
Les jeunes participants ont réfléchi à leurs journées rêvées, mais aussi identifié leurs problèmes prioritaires : trop de travail, trop de devoirs, trop de pression, pas assez de pratique. Parmi leurs propositions phares, qui ne manquera pas de faire polémique, il y a celle de supprimer les devoirs à la maison pour permettre de mieux séparer les temps de travail et de repos.
L’orientation, le « grand flou » de parcoursup, une source de stress et de pression
« Parcoursup, c’est peu transparent, et une source de stress. » Le panel de jeunes a largement évoqué le stress lié à l’orientation. Ils pointent du doigt la plateforme Parcoursup, perçue comme opaque et anxiogène. Ils disent manquer d’information sur l’orientation et dénoncent un « grand flou », mais aussi la pression des parents et des enseignants. La réforme du lycée, du baccalauréat et la mise en place du contrôle continu est sur le banc des accusés. Pour eux, cela a un impact négatif sur la santé mentale. Les jeunes dénoncent aussi « trop de temps passé sur les écrans », qu’ils analysent aussi comme un « choix par défaut ».
Leur rapport dresse un constat : les jeunes souffrent de la pression scolaire. « On ressent même un sentiment de culpabilité quand on manque un cours », affirme Colombine. Elle illustre la pression avec la question d’être délégué de classe, « non pas par choix personnel », mais pour pouvoir le valoriser sur Parcoursup. « On est dépossédés de nos choix », résume-t-elle. Les jeunes du panel expriment le besoin d’être accompagnés dans leur orientation. Dans un contexte de réduction de budget, de disparition des heures supplémentaires, d’absence de médecine scolaire, répondre à ces besoins et demandes des élèves aujourd’hui comme demain devrait être difficile.
S’ils n’ont pas arrêté de consensus sur la question des vacances, le panel de jeunes plaide pour une journée plus courte entre 9h et 15h30. « Nous aspirons à des journées moins denses, moins longues » affirme Sofiane. Les jeunes souhaitent une autre organisation des journées. Ils proposent des matinées avec les cours plus théoriques et des après-midis consacrés à des apprentissages pratiques obligatoires au choix. Dans leur journée idéale, il y aurait ensuite des ateliers ou clubs proposés.
Goustan et Camille ont aussi défendu des cours de 45 minutes avec des pauses de 5 minutes entre les séances. Ces points sont débattus par les chercheurs et des enseignants qui dénoncent la diminution du temps scolaire et de ses effets en termes d’accroissement des inégalités. Par ailleurs , moins d’école garantit-il plus d’activités éducatives extra-scolaires, surtout quand le monde associatif est asphyxié ?
Renouveler la pédagogie
« Nous aspirons à des journées moins denses, moins longues, à des méthodes pédagogiques renouvelées et à des temps de devoirs allégés » dit Sofiane. Au-delà des devoirs, c’est tout un appel à une pédagogie renouvelée qui s’exprime.
Un des jeunes résume : « Nous, on veut de l’échange, des nouvelles façons d’apprendre avec des cours plus ludiques, interactifs, individualisés, pratiques ». Ils plaident pour des cours plus vivants, où « la théorie s’accompagne toujours de pratique », avec plus de TP, d’exemples concrets et d’expérimentations.
Bref, des formations sont nécessaires, mais aussi des espaces adaptés, des effectifs réduits pour permettre des interactions, des pratiques, des expérimentations. Mais, faut-il toujours s’amuser pour apprendre ? Cela n’est pas sans rappeler la ministre Vallaud-Belkacem qui évoquait il y a 10 ans « l’ennui des collégiens » pour justifier sa réforme et accentuer l’interdisciplinarité avec l’apparition des EPI.
« Dans le quotidien, on ne se rend pas compte que certaines choses ne sont pas normales. On a vu qu’ailleurs, c’est différent, et qu’il y a plein de solutions possibles » dit une des jeunes filles. Le constat est partagé : « Le collège et le lycée sont trop théoriques, verticaux, moins passionnants », regrette Colombine. Pour y remédier, les jeunes demandent une diversité des apprentissages, un rééquilibrage des matières, et plus de place donnée aux arts, au sport et aux projets collectifs. Ne seraient fondamentaux pour eux, pas uniquement les mathématiques et le français ?
Un nouvel enseignement : l’enseignement moral, civique et pratique
« Nous sommes trop peu préparés à gérer les aspects de la vie du quotidien » : argent, vote, démarches administrative, couture, bricolage. C’est pourquoi, le panel de jeunes propose un enseignement de vie extérieure en remplacement de l’EMC obligatoire à partir de la classe de seconde. Une autre proposition est d’introduire des cours de médias numériques et informatique (MNI) à partir du collège.
Une première : enfants et adultes délibèrent ensemble
Cette sixième session sur sept marquait la phase finale de rédaction des propositions avant la publication du rapport de la Convention citoyenne prévue le 23 novembre. « C’est une première fois que les jeunes et les adultes délibèrent ensemble sur le même sujet », rappelle Kenza Occansey, vice-président du CESE, en charge de la convention citoyenne. Il souligne que « les rapports pourront se lire indépendamment, mais qu’ils ont beaucoup en commun ». La suite le 23 novembre.
Djéhanne Gani
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