Une violence qualifiée d’endémique
L’île fait face à une violence décrite comme « endémique » par plusieurs enseignants, qui évoquent des agressions entre bandes, des intrusions dans les établissements et des affrontements nourris par les rivalités anciennes entre villages. Au lycée des Lumières, 2 900 élèves ont été évacués début novembre après des incursions et des dégradations ; une professeure raconte « des grillages tombés, des cailloux, des fenêtres cassées », un témoignage relayé par Mayotte La 1ère. Cinq bus scolaires ont également été pris pour cible lors d’un « guet-apens » ayant blessé plusieurs élèves. En septembre, c’est le lycée de Kahani qui avait dû être évacué.
Les forces de l’ordre fouillent désormais les sacs des élèves, encadrent les sorties et stationnent devant chaque établissement, au point que certains lycées ressemblent à des blockhaus. Malgré ces dispositifs, les personnels affirment que « ça peut exploser à tout moment », tandis que d’autres rappellent qu’ils « vivent très bien » sur l’île à condition de respecter certaines règles de prudence.
Des établissements fragilisés par la déscolarisation et les bandes
Les équipes éducatives travaillent dans un contexte de déscolarisation accrue et de présence importante de jeunes sans papiers, « ni expulsables ni régularisables » précise une enseignante dans le Sud de l’ile. Les rivalités territoriales se répercutent au sein des établissements, où certains préaux sont séparés par village pour limiter les tensions. Un enseignant évoque des introductions d’objets dangereux, des phénomènes de bandes installés dans la durée, et des élèves affectés par l’insécurité. Des écoles primaires fonctionnent encore en roulement faute de locaux reconstruits, tandis que plusieurs lycées restent en travaux. Les personnels utilisent régulièrement leur droit de retrait « pour se protéger » lorsqu’un événement grave survient.
Une crise administrative et salariale persistante
À ces difficultés sécuritaires s’ajoutent des postes non pourvus et des dysfonctionnements administratifs. De nombreux contractuels et stagiaires n’ont pas été payés depuis la rentrée ou seulement de manière partielle. Christophe Chaudron-Caillet, représentant du Snes-FSu dénonce une situation « scandaleuse » et évoque un sentiment de « maltraitance » de la part de l’Éducation nationale, soulignant des « négligences et dysfonctionnements institutionnels ». La prime Chido alimente également un fort ressentiment : « On ne sait pas qui doit la percevoir, c’est opaque », commente une enseignante, alors qu’« au moins mille agents » n’en auraient pas bénéficié. Le collège de Dzoumogné a même été bloqué car certains personnels n’avaient toujours pas été rémunérés.
Un contexte social dégradé qui pèse sur toute la communauté
Le quotidien des habitants demeure marqué par la pauvreté, des coupures d’eau pouvant durer 36 heures, un manque de professionnels de santé et une gestion déficiente des déchets. Une enseignante dénonce un « traitement sécuritaire de la délinquance alors que la jeunesse est à l’abandon » et attend une réponse éducative plutôt que répressive. D’autres critiquent le maintien du visa territorialisé, perçu comme un dispositif qui « piège » des populations « nassées et interdites de circulation ». Si certains parlent d’un fonctionnement « colonial » ou « postcolonial », d’autres rappellent la détermination ancienne des Mahorais à demeurer français.
Malgré les tensions, plusieurs témoignages soulignent la solidarité locale, la beauté de l’île et les perspectives professionnelles offertes par un territoire « où tout reste à faire », rappelant qu’à Mayotte, la situation n’est « ni tout noire, ni tout blanche ».
Djéhanne Gani
