Pour une délégation municipale aux droits des enfants
« On veut un seul élu qui porte la voix des enfants, que les enfants deviennent citoyens d’aujourd’hui, et non de demain » explique l’ancienne députée écologiste Francesca Pasquini. Pour les personnes et les collectifs attachés à l’enfance qui étaient rassemblés mercredi 21 janvier à Bagnolet, la question de leurs droits est diluée dans diverses délégations. La ville fait beaucoup pour les enfants, mais en silo. Si certaines collectivités ont des chartes pour enfants, et amorcé un changement de regard, « les villes aux enfants » ou « à hauteur d’enfants », on trouve aussi des « rues aux enfants » mais tous les espaces ne sont pas « kids friendly » ni « safe ».
Pour rendre effectifs les droits des enfants et leur place centrale, la proposition portée par Francesca Pasquini avec la Fabrique des communs pédagogiques est la suivante : assurer une délégation aux droits des enfants dans chaque conseil municipal. Pour les associations d’éducation populaire et de protection de l’enfance, comme les personnalités qui ont rejoint cette initiative, il n’y a pas de prise en compte globale et transversale de l’enfant. Or, la question des droits des enfants doit devenir pivot analyse Jean-Marc Treuil de l’Anacej (association nationale citoyenneté enfance jeunesse).
Ouvrir les yeux collectivement
La convention internationale des droits des enfants a été signée par la France, il y a 35 ans. Et pourtant, leurs droits fondamentaux sont bafoués : il y a des enfants à la rue, des enfants non scolarisés, sans parler des souffrances parfois quotidiennes d’enfants.
Les violences faites aux enfants sont des faits et les chiffres sont alarmants rappelle Arnaud Gallais, cofondateur de « Mouv’Enfants », ancien membre de la CIIVISE : toutes les 3 minutes, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle en France. L’actrive Vahina Giocante a appelé à « ouvrir les yeux collectivement », rejointe par Nora Tirane, fondatrice de l’association « Marion la main tendue » de lutte contre le harcèlement scolaire et les cyberviolences qui rappelle qu’un million d’enfants est harcelé par an en France.
Certains candidats se sont d’ores et déjà engagés à créer cette délégation : « notre volonté : avoir un maximum de maires signataires d’ici deux mois » déclare Francesca Pasquini. En identifiant clairement une responsabilité politique, la délégation aux droits des enfants offrirait un interlocuteur aux familles, aux associations, aux professionnels et aux jeunes eux-mêmes, et une réponse coordonnée.
Pourquoi ? Parce que 14 millions d’enfants vivent en France, et que leurs besoins doivent être au cœur des politiques locales répondent les signataires de la tribune publiée dans le Monde le 12 janvier. Les mesures actuelles sont nécessaires mais insuffisantes. Les signaux d’alerte se multiplient : violences sexuelles, violences dites « éducatives ordinaires », insécurité dans certains accueils,
La délégation aux droits des enfants aura pour mission de garantir que l’ensemble des politiques locales soient pensées à l’aune des droits de l’enfant : lutte contre les inégalités dès la naissance, prévention et traitement des violences, prise en compte de la parole des enfants, promotion de leur santé globale et aménagement de villes réellement adaptées à leurs besoins.
Cette question des droits des enfants est politique mais c’est aussi une question d’éducation : comment penser la relation de l’enfant et de l’adulte autrement qu’à l’aune de la domination, de la discrimination adultiste ?
Djéhanne Gani
