Dans les conclusions du rapport de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST), publié en novembre 2025 et intitulé La science dans la mêlée pour une nation sportive, il est précisé que « l’analyse scientifique des freins à l’activité physique chez les adolescents remet également en cause les stratégies de santé publique principalement orientées vers la promotion du sport, au profit de politiques se concentrant sur la prévention de l’abandon sportif ». Les recommandations invitent ainsi à déplacer le centre de gravité des politiques publiques et éducatives.
L’EPS, un levier contre l’abandon des pratiques sportives
Comme nous l’avons déjà signalé, nos travaux montrent, à l’échelle du département des Bouches-du-Rhône, que si les adolescents ayant entrepris une activité sportive n’y avaient pas renoncé, plus de 95 % d’entre eux présenteraient encore un profil sportif. Les populations les plus exposées à ce décrochage sont celles résidant dans les quartiers populaires, plus particulièrement les filles et le moment de la rupture se situe majoritairement durant « les années collège ». Cette situation est d’ailleurs partagée par de nombreux pays européens.
Le rapport souligne que, puisque l’éducation physique et sportive (EPS) est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, elle constitue un levier essentiel pour lutter contre l’abandon des pratiques sportives en dehors du cadre scolaire. À ce titre, elle pourrait s’appuyer sur des contenus éducatifs centrés sur la découverte de la richesse de la culture sportive, avec pour ambition d’inciter les jeunes à poursuivre une pratique physique extrascolaire. Il est également indiqué qu’elle pourrait permettre aux adolescents de s’initier à des activités proches de celles qu’ils pratiquent en dehors de l’école, afin de développer des compétences facilitant le passage d’une activité physique à une autre.
« L’éducation par le sport se substitue ainsi à une simple promotion de l’activité physique »
Cette perspective est à rebours de celle aujourd’hui valorisée. Elle déplace les priorités d’une discipline principalement centrée sur une logique sanitaire vers une approche éducative reposant sur l’idée d’un « savoir rester sportif ». L’éducation par le sport se substitue ainsi à une simple promotion de l’activité physique.
Elle impose de revoir la définition de l’activité physique, en ne la limitant plus à des mouvements du corps entraînant une dépense d’énergie contribuant à la condition physique, mais en la considérant comme une pratique signifiante pour la personne, façonnée par son contexte culturel et social, et guidée par ses raisons d’agir, ses valeurs et son histoire personnelle.
Cette orientation ouvre la possibilité de proposer une alternative à un mode d’intervention fondé sur la mesure de la condition physique par des tests et la prescription de quantités d’activité physique. Elle invite à privilégier une démarche qui analyse les causes de l’abandon sportif et propose une éducation sportive centrée sur le développement d’une pratique durable.
Enfin, elle incite la discipline à ne pas se refermer sur elle-même, mais à entretenir des ponts avec les pratiques sportives extrascolaires. Bien évidemment, cette dynamique n’a de sens que si, en retour, le mouvement sportif décide également de maintenir des passerelles avec l’EPS et qu’un projet éducatif commun, fondé sur la fidélisation à la pratique sportive, puisse être élaboré.
L’inactivité physique des jeunes constitue un risque sanitaire
Personne ne peut nier qu’aujourd’hui l’inactivité physique des jeunes constitue un risque sanitaire important que l’EPS ne peut ignorer. Toutefois, il s’agit de remettre les priorités dans le bon ordre.
Tout d’abord, rappeler qu’éduquer en EPS ne consiste pas à développer uniquement un corps, un esprit et les liens qui les unissent, mais à confronter une personne à une culture. Comme l’a rappelé Claude Lévi-Strauss, la culture n’est pas une simple parure de l’existence, mais constitue un élément fondamental qui façonne l’homme et structure son rapport au monde.
Ensuite, considérer que c’est à partir de cette confrontation aux sports que les jeunes peuvent en retirer de multiples bénéfices. Dans cette perspective, la santé relève davantage d’une conséquence que d’un objectif initial. D’autant plus que la pratique régulière du sport contribue également à améliorer l’estime de soi, à développer des compétences sociales et peut favoriser une amélioration des performances scolaires.
Enfin, cette approche oblige à repenser le rapport entre l’EPS et le sport en club. Il existe bien une porte entre ces deux univers, en ce sens que l’EPS répond à des logiques et à des enjeux scolaires spécifiques, distincts de ceux du milieu associatif sportif. Mais il existe également un pont, car l’EPS ne peut ignorer les pratiques sportives extrascolaires et doit contribuer à préparer les élèves à s’y engager, en facilitant le passage du cadre scolaire vers les clubs sportifs.
Lorsque la science entre dans le débat sportif, elle incite ainsi l’EPS à se rapprocher de la réalité sportive vécue par les jeunes et à envisager comme l’un de ses objectifs majeurs le développement d’une pratique sportive durable.
Maxime Travert
