Vendredi 6 février, le verdict de l’enquête administrative de l’IGESR diligentée par le ministre de l’Education nationale Borne après le suicide de la directrice d’école Caroline Grandjean a été rendu public : « défaillance institutionnelle dans le soutien apporté à Mme Grandjean ».
« L’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents »
« L’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents » conclut le rapport de l’IGESR qui n’a pas été rendu public vendredi 6 février. Victime de menaces lesbophobes, la directrice d’école du Cantal Caroline Grandjean a mis fin à ses jours le jour de la rentrée 2025.
Un harcèlement lesbophobe
Menacée dans son école en 2023, elle dépose plainte après des injures lesbophobes. Elle se sent isolée dans ses démarches. En 2023, Caroline Grandjean découvre sur le mur de l’école de son village une inscription homophobe – « sale gouine » – et décide de porter plainte. Enseignante dans cet établissement depuis trois ans, elle voit apparaître, trois mois plus tard, un nouveau tag. Malgré les réticences de la mairie et à la demande de son inspectrice, elle adresse alors aux familles un communiqué dénonçant l’insulte, cosigné par les parents d’élèves et le maire. Peu après, elle reçoit une menace de mort et dépose à nouveau plainte, cette fois avec le soutien de la directrice académique. Un troisième message apparaît ensuite sur le mur : « dégage la gouine ».
« Défaillance institutionnelle dans le soutien apporté à Mme Grandjean »
« L’enquête pointe notamment, à cet égard, des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s’agissant du refus d’attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité ». La directrice voulait changer de poste, ces points étaient donc certainement utiles pour obtenir une mutation. Pour le ministère « cette bonification n’était pas mathématiquement nécessaire pour obtenir sa mutation, ce refus, fondé sur une lecture stricte des règlements, a privé Mme Grandjean d’une forme de reconnaissance et de soutien institutionnel dont elle avait besoin à ce moment-là. »
Et ce manque de soutien institutionnel, après les menaces et injures « sale gouine », a plongé la directrice dans une profonde souffrance.
La Rue de Grenelle reconnait une « défaillance institutionnelle dans le soutien apporté à Mme Grandjean ».
Une formation à la gestion des situations de détresse psychologique
« Le ministère va renforcer la formation de ses cadres à la gestion des situations de détresse psychologique. L’objectif est de garantir qu’à l’avenir, nos processus RH ne soient pas seulement réglementaires, mais traités avec toute l’humanité et le discernement requis ».
Le ministre Edouard Geffray a reçu la veuve de Caroline Grandjean le 29 janvier, Christine Grandjean-Paccoud. Celle-ci a annoncé poursuivre la plainte au pénal déposée en novembre dernier contre l’Education nationale et la mairie pour obtenir une reconnaissance des coupables et un procès.
Djéhanne Gani
Suicide de Caroline Grandjean, professeure des écoles, victime de harcèlement homophobe
