29 postes sont supprimés dans les écoles, 67 dans les collèges et 22 dans les lycées dans ce département breton. À l’approche de la rentrée 2026, la tension monte dans le département d’Ille-et-Vilaine. Les syndicats dénoncent une dégradation continue des conditions de travail, une vague de suppressions de postes dans l’Éducation nationale et une académie en souffrance.
Force Ouvrière appelle à la grève le 10 mars
Le syndicat Force Ouvrière annonce une mobilisation d’ampleur : « Le 10 mars, l’Ille-et-Vilaine monte au ministère » pour protester contre les suppressions de postes prévues pour la rentrée 2026. Dans le département, 29 postes sont supprimés dans les écoles, 67 dans les collèges et 22 dans les lycées. À cela s’ajoute l’absence de créations de postes de psychologues scolaires et d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Les syndicats estiment qu’il manque plus de 1 000 AESH dans les établissements d’Ille-et-Vilaine, ainsi que 1 200 places dans les structures et services médico-sociaux pour accueillir les élèves à besoins particuliers. Pour FO, « les conditions de travail deviennent explosives ».
Au niveau national, la rentrée 2026 se traduit par 4 000 suppressions de postes d’enseignants. Pour s’y opposer, plusieurs sections départementales de FO Lycées et Collèges ont décidé d’engager un rapport de force contre ce qu’elles qualifient de « saccage de l’école publique ».
Les syndicats FO de l’Ille-et-Vilaine (35), de l’Eure (27), de l’Orne (61), de Lille (59), ainsi que la fédération départementale FNEC-FP FO de la Mayenne (53), ont déposé un préavis de grève à compter du 9 mars 2026, date correspondant à la rentrée des trois zones. Ce préavis couvre l’ensemble des actions locales engagées dans les établissements.
Un rassemblement est prévu le mardi 10 mars devant le ministère de l’Éducation nationale, « là où les décisions sont prises ». Les revendications portent sur l’annulation des suppressions de poste, un recrutement massif de personnels, une revalorisation salariale à hauteur de l’inflation et un véritable statut pour les AESH.
La CFDT alerte sur la souffrance croissante dans les écoles
De son côté, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques (EFRP) Bretagne tire la sonnette d’alarme sur la situation dans le premier degré, notamment en Ille-et-Vilaine. Réunie en intersyndicale avec cinq autres organisations, elle avait appelé à la grève le 27 janvier. Environ 300 personnes se sont rassemblées devant le rectorat de l’académie de Rennes. Selon le syndicat, l’académie de Rennes figure parmi les moins bien dotées en matière d’encadrement dans le premier degré. Elle se classe 18e sur 23 académies métropolitaines pour le nombre de professeurs pour 100 élèves.
Dans les écoles maternelles et primaires, les enseignants doivent faire face à un nombre croissant d’élèves non accompagnés faute d’AESH. Les classes surchargées accueillent de plus en plus d’élèves présentant des troubles du comportement ou des besoins éducatifs particuliers.
Luc Grimonprez, secrétaire général de la CFDT EFRP Bretagne, dénonce des conditions d’enseignement qui favorisent la multiplication des violences verbales et physiques, mettant en danger les personnels comme les élèves. Le mouvement avait été suivi par environ un enseignant sur cinq dans le premier degré. Les représentants syndicaux estiment que l’État manque à son devoir de protection en laissant les personnels travailler dans des conditions susceptibles d’altérer leur santé physique et mentale.
Un mal-être massif révélé par les signalements
Les syndicats s’appuient également sur les données du registre de santé et sécurité au travail. Depuis le 1er septembre, 1 733 fiches de signalement ont été déposées dans l’académie, dont 80 % concernent le premier degré. Plus de la moitié (914 fiches) proviennent d’Ille-et-Vilaine.
Ces témoignages décrivent un épuisement moral et physique profond, une surcharge administrative, un sentiment d’isolement face à des besoins croissants et une perte de sens du métier. Certains enseignants évoquent des arrêts de travail et, dans certains cas, des départs définitifs de la profession.
Une école inclusive sans moyens suffisants
Les syndicats rappellent leur attachement au principe d’école inclusive, expliquant que celle-ci ne peut fonctionner sans moyens adaptés. Ils réclament des postes d’AESH, plus de places dans les dispositifs spécialisés et un nombre d’enseignants suffisant pour répondre aux besoins spécifiques du département.
À quelques mois de la rentrée 2026, les tensions restent vives. Entre suppressions de postes, manque d’accompagnement et mal-être grandissant des personnels, l’école publique en Ille-et-Vilaine traverse une période de forte incertitude. A l’image de beaucoup d’académies.
Djéhanne Gani
