Une grève largement suivie et un dialogue institutionnel jugé bloqué
La mobilisation du 19 mars dans le département du Rhône est confirmée dans le premier degré. « La grève est majoritaire, estimée à 60 % », indique Benjamin Grandemer, secrétaire départemental adjoint. Selon lui, le « taux de grévistes » montre que l’action est fortement discutée dans les écoles et qu’il s’agit d’un « vrai sujet dans les écoles ».
Les syndicats déplorent également des difficultés à obtenir des interlocuteurs, évoquant la « difficulté d’avoir des interlocuteurs, refus de l’ARS, de la préfète, de la rectrice de nous recevoir », estimant « incompréhensible de ne pas être reçu ». Un sujet qualifié d’« impensé », dans un contexte souvent résumé par l’expression « #pas de vague », que l’Education nationale connaît bien, glisse le secrétaire départemental adjoint de la FSU-Snuipp.
Cette initiative du SNUipp Rhône, rejointe par la Loire, reste une mobilisation locale, mais met en lumière une tension forte sur la question de l’inclusion.
750 notifications non appliquées et des familles en attente
Au cœur des revendications, il y a l’application réelle des droits ouverts par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Pour les syndicats, il s’agit d’un « sujet clé ». « On demande à l’Éducation nationale mais aussi à l’ARS d’appliquer les notifications », rappelle Benjamin Grandemer. Il insiste : « L’école est la seule à avoir des obligations », contrairement à la MDPH ou à d’autres institutions.
Il dénonce une situation paradoxale : « les parents ne comprennent pas, ils ont un droit ouvert par la MDPH, ça ouvre attente et espoirs ». Et d’ajouter : « Dans ces conditions, ça ne peut pas marcher ». Selon lui, il faut appliquer les droits ouverts « pour tous les enfants », sans créer de nouveaux dispositifs qui masquent le problème : « Inventer un nouveau sigle pour cacher le problème », c’est pourtant ainsi que fonctionne l’Education nationale regrette-t-il.
Dans le département, 750 élèves relèvent de structures médicalisées avec notification. Les syndicats estiment qu’il faudrait environ 75 structures adaptées pour répondre aux besoins. A ce rythme, les familles doivent attendre dix ans une place en structure spécialisée, notamment en SESSAD.
AESH : une souffrance massive et des démissions
La situation des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) est décrite comme particulièrement préoccupante. Les organisations évoquent une souffrance importante, avec environ 25 % de démissions, en raison des violences subies, de la précarité et d’une perte de sens du travail. « Les enfants se font mal, ils crient, ils expriment leur mal-être », explique le représentant syndical, pointant des structures collectives parfois inadaptées et sursollicitées. Cette situation impacte également les enseignants et les familles.
Des choix budgétaires contestés
« La MDPH ouvre des droits, on ouvre des postes d’accompagnement, mais on ne prend pas en charge les enfants malgré notification ». Les syndicats dénoncent également la création de nouveaux dispositifs comme les PAS (Pôles d’Appui à la Scolarité). Plutôt que 100 PAS créés dans le Rhône, ils estiment qu’il faudrait des moyens humains directement auprès des enfants. Pour Benjamin Grandemer, c’est une « novlangue », mais le problème est bien là, persistant.
Il affirme : « De l’argent, on en a, car on installe des PAS, mais on n’a pas besoin de bureaux, mais de professionnels qui s’occupent des enfants ». Le budget évoqué pour ces dispositifs s’élèverait à 12 millions d’euros.
Selon lui, la situation en IME en milieu ordinaire dans le Rhône illustre un problème de priorités : « c’est un problème de choix », concluant : « On demande des comptes ».
Djéhanne Gani
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