Une loi pour « restaurer l’esprit de la défense »
Dans un contexte international marqué par les conflits et les tensions géopolitiques, le député MoDem de la 4e circonscription du Calvados, Christophe Blanchet, défend une proposition de loi pour renforcer l’enseignement de la défense nationale dans les collèges et les lycées. Adoptée en commission à l’Assemblée nationale, la proposition vise à « restaurer l’esprit de défense » chez les collégiens et lycéens, en comblant un enseignement jugé aujourd’hui « quasi inexistant », malgré son inscription dans le code de l’Éducation, et à « renforcer l’enseignement de la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté » du collège au lycée. sans créer de cours supplémentaires.
Pour Christophe Blanchet, « depuis la fin du service national en 1997, une partie de la jeunesse s’est éloignée des enjeux de défense ». Il s’agit donc de « permettre à chaque jeune Français de comprendre la mission des armées, les enjeux de souveraineté et de résilience, et la place du citoyen dans la défense de la Nation ».
Un enseignement transversal intégré aux matières existantes
Christophe Blanchet le précise : son texte ne prévoit pas la création d’heures de cours supplémentaires ni de postes d’enseignants dédiés. L’objectif est d’intégrer une sensibilisation à la défense nationale au sein des disciplines existantes en intégrant des clés d’entrée dans les programmes existants. « Dans chaque matière, on peut aborder ce qu’est la défense nationale, sans que cela se limite au seul cadre militaire », souligne le député. Ces entrées sont déjà proposées sur le site eduscol, ainsi que des ressources.
Un référentiel pédagogique sera fourni aux enseignants pour identifier les points d’entrée dans chaque programme. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des « classes défense », mises en place depuis 2015 pour « faire découvrir aux élèves certains aspects de la culture de défense » avec un partenariat entre le ministère des Armées et le ministère de l’Éducation nationale. Elle pourrait aussi s’appuyer sur des interventions de réservistes.
Des syndicats vent debout
La proposition suscite des critiques dans le monde enseignant. Le SNES-FSU dénonce « une forme de militarisation de l’école ». Sa secrétaire générale, Sophie Vénétitay, alerte sur une vision où la défense pourrait apparaître comme « la principale réponse aux désordres du monde ». Pour le Snes-FSU, c’est une « éducation à la paix » qu’il faut développer dans la formation des élèves.
De son côté, la FNEC FP-FO juge « inacceptable » d’ajouter cet enseignement alors que « des postes d’enseignants sont supprimés, des heures d’enseignements réduites et qu’il soit rajouté cet enseignement qui relève en fait de la propagande gouvernementale, complexifiant encore et toujours plus le travail des personnels. Cette proposition, si elle venait à être appliquée, se ferait au détriment d’autres enseignements disciplinaires». Il y voit « une forme de propagande gouvernementale ».
Avec la FSU, la CGT Educ’action et Sud Éducation, elle a adressé un courrier au ministre pour demander le retrait du guide « Acculturer les jeunes à la défense » et la fin des dispositifs comme les « classes défense » et les rallyes citoyens, revendications qui seront présentées lors d’une audience au ministère le 2 avril.
À l’inverse, l’Unsa défend les classes défense : « la classe Défense est un projet pédagogique pluridisciplinaire (…) qui contribue aux parcours citoyen », permettant « de découvrir de nouveaux horizons ».
Si la proposition a été adoptée en commission à l’Assemblée nationale avec le soutien de la droite et du Rassemblement national, elle doit encore être votée au Sénat pour entrer en application. La question des coûts et des implications pratiques reste également à trancher, dans des programmes déjà très chargés. Le débat devrait aussi porter sur des points concrets et pédagogiques : rôle des intervenants, intégration dans les programmes et acceptation par les enseignants et les familles. Les contenus devront être établis par le Conseil supérieur des programmes (CSP).
Djéhanne Gani
Classes défense : former des citoyens ou rapprocher l’armée ?
