Un établissement toujours ouvert malgré deux rapports alarmants
Depuis sa création, le Cours Aliénor d’Aquitaine en Charente a fait l’objet de deux inspections, en 2023 puis en 2025. Toutes deux ont mis en évidence des « dysfonctionnements majeurs et persistants ». Elles pointent une série de défaillances d’ordre sécuritaire comme pédagogique : non-respect du socle commun de connaissances et de compétences, l’absence d’EMC, insuffisance dans la formation de l’esprit critique, la démarche scientifique, du numérique, des problèmes de sécurité et de santé, ou encore l’absence d’outils dans le suivi des élèves et de leur assiduité.
« Dans le second rapport, on retrouve les mêmes éléments que dans le premier », déplore Jean-Michel Bordenave, secrétaire départemental du SE-Unsa. « La structure continue sa petite vie sans prendre en compte les alertes formulées par l’institution. » Selon le syndicat, une mise en demeure aurait dû être engagée dès les premiers constats. Une commission de sécurité aurait également été diligentée en février 2026. « Où en est-on aujourd’hui ? », interroge le SE-Unsa, qui réclame désormais « la fermeture de cette école afin de protéger les élèves ».
Protection de l’enfance et risque d’« entrisme »
Le Se-Unsa demande au ministre de l’Éducation nationale d’engager rapidement une procédure de fermeture administrative de l’établissement hors contrat au vu des risques graves pour la sécurité, la santé ou l’intégrité physique et morale des élèves.
« Les contrôles existent mais ils ne sont pas suivis d’effet », déplore Marie-Laure Tirelle, déléguée nationale à la laïcité du SE-Unsa. « Le travail des inspecteurs est fait, mais à quoi sert-il si aucune décision n’est prise ensuite ? Un sentiment d’impunité se développe. »
Le syndicat affirme avoir alerté le ministère lors du Conseil supérieur de l’éducation du 6 mai, dans le cadre des discussions autour des propositions de loi sur la protection de l’enfance et la lutte contre l’entrisme. Pour le SE-Unsa, les établissements concernés défendent parfois « un modèle éducatif éloigné des principes de l’École de la République », notamment en matière de laïcité, de transmission des valeurs communes et de liberté de conscience des élèves.
« Ces élèves sont en danger tant que le ministère n’agit pas », insiste le syndicat, qui appelle à « lutter contre l’entrisme de l’extrême droite dans une école laïque,
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de débats sur la protection de l’enfance, après plusieurs scandales ayant touché des structures privées sous contrat, notamment Bétharram ou le réseau lassalien.
« L’excellence » revendiquée mise en cause
« Qui décrète l’excellence ? », questionne le SE-Unsa lors de la conférence de presse à Angoulême du 6 février, dénonçant une « autoproclamation » et appelant à une « République qui doit être forte et ne pas trembler » pour protéger les enfants.
Pour l’organisation syndicale, ces réseaux profitent d’un contexte de fragilisation du service public d’éducation. « Certains profitent de la crise », affirme le syndicat, évoquant des implantations facilitées par la fermeture d’établissements publics et des pressions exercées sur des élus locaux. Le réseau Excellence Ruralités présente ses établissements hors contrat comme des alternatives éducatives d’« excellence » dans des territoires ruraux fragilisés par les fermetures d’écoles publiques. « Il ne s’agit pas d’un cas isolé mais d’un phénomène structuré, en pleine expansion », estime le SE-Unsa. « Il tend à fragiliser un pilier essentiel de la République et fait peser un risque réel sur la cohésion sociale et l’équilibre démocratique. »
Pour le SE-Unsa, cette situation interroge directement l’efficacité du contrôle des établissements hors contrat. Le syndicat demande désormais la fermeture de l’établissement et une évolution de la loi afin de permettre des sanctions plus rapides en cas de risques pour les élèves.
Marie-Laure Tirelle dénonce une éducation séparatiste, beaucoup d’ateliers sont en non-mixité, indiquant un « projet éducatif éloigné des principes de l’école publique laïque et émancipatrice ». Pour elle, le cas de l’école de Esse dépasse la Charente et renvoie au développement d’établissements hors contrat liés à des réseaux idéologiques structurés
Le rôle du financement privé questionné
Le SE-Unsa pointe également le soutien financier apporté au réseau Excellence Ruralités par Pierre-Édouard Stérin, milliardaire ultraconservateur à l’origine du projet Périclès. Pour le syndicat, ce projet vise à investir des secteurs stratégiques comme l’éducation pour diffuser des idées « nationalistes et rétrogrades ». Dans cette logique, l’école devient « un outil d’influence idéologique ».
Le rôle d’acteurs privés dans le financement et l’orientation des politiques publiques fait actuellement l’objet d’une commission d’enquête sénatoriale déposée par la sénatrice socialiste Colombe Brossel en janvier 2026 pour une proposition de résolution sur « les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes, sociétés ou fondations de droit privé et les risques en matière d’influence, d’absence de transparence financière et d’entrave au fonctionnement de la démocratie ».
En décembre 2025, le média Basta ! a publié une cartographie des structures financées par la galaxie Stérin, mettant en lumière l’ampleur de ce réseau d’influence dont bénéficie le réseau Excellence Ruralités. Le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin, nourrit le projet « Périclès », un programme, qui, comme l’a révélé une enquête de l’Humanité en juillet 2024, investit massivement dans différents secteurs stratégiques — dont l’éducation — afin de promouvoir des idées ultraconservatrices, identitaires et libérales, une stratégie qui dépasse le simple mécénat pour s’inscrire dans un projet politique assumé pour les prochaines échéances électorales.
Djéhanne Gani
