Au moment où la guerre sature l’actualité et où les violations du droit international se généralisent, ce dossier d’Après-demain fait le point sur les notions historiques, juridiques et géopolitiques indispensables à la compréhension de cette situation nouvelle et inquiétante.
Bertrand Badie, professeur émérite des universités et spécialiste bien connu des relations internationales, examine ce que seraient, par rapport aux « anciennes guerres », ces « nouvelles conflictualités » faites d’une appropriation sociale des relations internationales, d’une prégnance des facteurs sociaux de déstabilisation et du rôle grandissant des acteurs non étatiques.
Professeur des universités en droit public, Béligh Nabli revient sur la question de l’encadrement de la guerre dans l’histoire, d’abord envisagée sous un angle moral et philosophique avant de faire l’objet d’une régulation juridique aujourd’hui marginalisée par la force.
La journaliste et universitaire Anne-Cécile Robert invite à raviver les croyances politiques d’un passé proche où les intérêts bien compris pouvaient conduire à privilégier la coopération sur la confrontation.
L’ambassadeur de France et président de l’Association française pour les Nations Unies (Afnu) Jean-Maurice Ripert invite à lutter contre la rhétorique hostile au droit international en se fondant sur le bilan de l’ONU et en esquissant des pistes de réforme. Il prend pour ce faire appui sur un ouvrage récemment paru qu’il a coécrit : La Paix par le Droit. Irremplaçables Nations Unies (éditions Douin, 2026).
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, anthropologue, psychologue clinicienne et présidente du Centre Primo Levi, explique le traumatisme de guerre, la manière dont il affecte les populations frappées par les conflits, et évoque sa prise en charge, destinée à ce que « les traces laissées […] ne condamnent pas les sujets à demeurer prisonniers de la violence ».
Alors que les dirigeants politiques et militaires évoquent de plus en plus la possibilité de l’implication de la France dans un « conflit de haute intensité », Frédéric Tiberghien, conseiller d’État honoraire et membre du comité de rédaction, montre en quoi cette perspective paraît à la fois improbable et insoutenable.
Le directeur du Centre d’histoire de Sciences Po, Guillaume Piketty, évoque la manière dont les historiens abordent le problème de la sortie de la guerre, en privilégiant désormais au traditionnel triptyque « avant-guerre – guerre – après-guerre », l’étude des périodes de transition, notamment à travers les expériences des personnes confrontées au phénomène guerrier.
Patrick Baudouin, avocat spécialisé en droit pénal international et président d’honneur de la LDH et de la FIDH, présente les enjeux auxquels fait face une justice internationale « attaquée avec virulence par certains dirigeants de la planète qui en redoutent les légitimes sanctions ».
Enfin, Jean-Pierre Dubois, professeur retraité de droit constitutionnel et administratif et également président d’honneur de la LDH, se pose cette question essentielle : « quelle paix pour quel monde ? », et appelle à « réinstituer des communs planétaires ».
La partie la plus originale de ce dossier réside dans la rubrique « Paroles de lycéens » : restitution d’un travail réalisé par une classe de terminale du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen, spécialité HGGSP (histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques), avec leur professeur d’histoire-géographie Romain Giudicelli. « La guerre, la paix, le droit… Demain ? après-demain ? » était le thème proposé pour ce riche et instructif exercice prospectif.
Comme dans chacun de ses numéros, Après-demain revient sur certains projets soutenus financièrement par la Fondation Seligmann, en particulier dans les domaines du travail de mémoire, de la lutte contre les racismes et de l’inclusion des étrangers dans la société.
Par ailleurs, la rubrique « À lire, à voir » recense notamment l’ « Atlas social de la France », fruit du travail d’un collectif de géographes et sociologues décidé, par le décloisonnement des approches, à déconstruire les typologies simplistes, afin de mieux faire apparaître « la réalité complexe mais constante des inégalités et des rapports de domination ». L’Atlas est accessible en ligne : http://atlas-social-de-france.fr.
Le journal Après-demain est disponible sur abonnement, téléchargeable au prix de 9 euros le numéro et 1 euro l’article, via le site internet de la Fondation Seligmann. Il est également accessible sur les plateformes Cairn.info et Europresse.com, auxquelles sont abonnés de nombreux établissements universitaires ou secondaires.
