Comment est construit cet ouvrage et quels objectifs poursuit-il ?
L’enseignement de l’éducation physique et sportive (EPS) est aujourd’hui traversé par une double exigence : permettre aux élèves de développer des compétences disciplinaires originales tout en contribuant à l’acquisition des savoirs fondamentaux. Dans ce contexte, l’ouvrage Des leviers pour enseigner en EPS propose une réflexion renouvelée sur l’acte d’enseigner, en s’éloignant d’une logique de transmission de contenus pour privilégier une approche centrée sur l’analyse des réponses corporelles des élèves.
S’appuyant sur le traitement de 19 activités physiques, sportives et artistiques (APSA), réparties dans les cinq champs d’apprentissage de l’EPS, l’ouvrage offre une vision large et représentative de la diversité des situations d’enseignement. Il ne s’agit plus seulement de faire pratiquer, mais de comprendre comment les élèves s’engagent dans l’activité afin d’accompagner efficacement la transformation de leurs conduites.
Dès lors, une question centrale émerge : comment l’enseignant peut-il agir de manière pertinente et contextualisée pour transformer durablement les apprentissages des élèves ? Pour y répondre, l’ouvrage met en avant une démarche structurée articulant compréhension, observation et intervention, tout en accordant une place essentielle aux leviers d’action pédagogique. Cette approche permet de penser l’enseignement comme un processus dynamique, fondé sur l’analyse fine des situations et des besoins des élèves.
Ainsi, cet ouvrage invite à repenser la professionnalité enseignante en EPS, en montrant que l’efficacité pédagogique repose sur la capacité à articuler diagnostic, action et régulation, au service d’apprentissages à la fois disciplinaires et fondamentaux
En quoi cet ouvrage renouvelle-t-il la manière de penser l’enseignement en EPS ?
L’ouvrage opère un véritable changement de focale dans la manière d’envisager l’enseignement en EPS. Il ne s’agit plus seulement de transmettre des contenus ou de faire pratiquer des activités, mais de comprendre en profondeur comment les élèves apprennent à travers leurs réponses corporelles. En ce sens, l’enseignant n’est plus uniquement un organisateur de situations, mais devient un concepteur capable d’analyser, d’interpréter et d’agir de manière réfléchie sur les conduites des élèves.
Cette approche rompt avec une logique prescriptive pour s’inscrire dans une logique d’adaptation contextualisée. Elle valorise une posture professionnelle fondée sur l’analyse des besoins réels des élèves, en prenant en compte la complexité de leurs engagements moteurs, cognitifs, affectifs et sociaux. L’ouvrage invite ainsi à penser l’EPS comme un espace d’apprentissage riche, où le corps devient un véritable support de construction de savoirs et de compétences.
La problématique qui structure l’ouvrage peut se formuler ainsi : comment transformer durablement les conduites corporelles des élèves tout en contribuant à la construction des savoirs fondamentaux ? Cette question met en tension deux exigences souvent perçues comme distinctes : d’une part, la spécificité des apprentissages en EPS, ancrés dans des pratiques corporelles culturellement situées, et d’autre part, leur contribution aux apprentissages transversaux comme lire, écrire, raisonner ou coopérer.
L’ouvrage montre que cette opposition est en réalité dépassable, en démontrant que les apprentissages corporels peuvent être un vecteur puissant de développement global. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de faire progresser les élèves dans une activité physique, mais de construire des compétences plus larges qui participent à leur formation de citoyen autonome et éclairé.
Quelle est la logique de construction de l’ouvrage et en quoi fait-elle sens pour l’enseignant ?
La structure de l’ouvrage repose sur une logique rigoureuse et progressive, pensée comme un véritable outil professionnel. Chaque chapitre s’organise autour d’un cadre commun en cinq étapes : comprendre, observer, transformer, enrichir les réponses corporelles des élèves, puis mobiliser les savoirs fondamentaux. Cette organisation n’est pas seulement formelle, elle traduit une démarche pédagogique cohérente. D’abord, comprendre permet d’identifier les contraintes qui pèsent sur l’activité des élèves. Ensuite, observer donne des outils pour analyser précisément leurs comportements à partir de critères objectivés. La phase de transformation introduit les leviers d’intervention permettant d’agir concrètement sur les apprentissages. L’enrichissement inscrit ces transformations dans une temporalité longue, en distinguant des phases de progression. Enfin, la mise en lien avec les savoirs fondamentaux ouvre la discipline à des enjeux éducatifs plus larges. Cette logique structurée aide l’enseignant à articuler diagnostic, intervention et évaluation dans une démarche réfléchie et professionnelle.
Comment les leviers d’intervention permettent-ils de penser la transformation des élèves ?
Les leviers d’intervention constituent un point nodal de l’ouvrage en ce qu’ils traduisent concrètement le passage de l’analyse à l’action pédagogique. Ils posent une question centrale : comment agir efficacement sur les conduites des élèves sans réduire l’enseignement à une succession de tâches ? En identifiant précisément les contraintes (motrices, cognitives, sociales, affectives), l’enseignant peut sélectionner des variables pertinentes : aménagement des situations, formes de guidage, interactions entre pairs ou encore modalités d’engagement.
Ces leviers ne sont pas universels mais situés, ce qui suppose une forte expertise professionnelle pour les mobiliser à bon escient. Leur explicitation permet de rendre visible ce qui, dans l’activité enseignante, relève souvent de l’implicite. Ainsi, l’enjeu est double : favoriser des transformations ciblées chez les élèves tout en professionnalisant le regard et les décisions de l’enseignant, dans une logique de cohérence entre diagnostic, intervention et effets attendus .
En quoi l’EPS peut-elle être considérée comme une discipline fondamentale ?
L’ouvrage défend avec force l’idée que l’EPS ne doit pas être envisagée comme une discipline périphérique, mais bien comme une composante essentielle du parcours de formation des élèves. Toutefois, cette contribution aux savoirs fondamentaux ne se fait pas au détriment de la discipline elle-même. Elle prend appui sur des connaissances disciplinaires spécifiques, liées aux pratiques physiques, sportives et artistiques. Autrement dit, c’est bien à partir de l’apprentissage de contenus propres à l’EPS que peuvent émerger des acquisitions plus larges. En mobilisant le corps comme médiateur d’apprentissage, l’EPS permet d’accéder autrement aux savoirs fondamentaux. À travers les situations proposées, les élèves lisent des consignes, produisent des écrits, manipulent des données chiffrées, développent des stratégies et apprennent à coopérer et à respecter des règles collectives.
Cette articulation entre ancrage disciplinaire et ouverture vers des apprentissages transversaux contribue à renforcer l’engagement des élèves, notamment les plus en difficulté, en donnant du sens aux apprentissages. Ainsi, l’EPS participe à la construction d’une autonomie de pensée et d’action, tout en jouant un rôle dans la réduction des inégalités scolaires et sociales, précisément parce qu’elle articule étroitement savoirs disciplinaires et savoirs fondamentaux
Propos recueillis par Djéhanne Gani
Des leviers pour enseigner en EPS. Comprendre, Observer, transformer et enrichir les réponses corporelles des élèves, sous la direction de Maxime Travert. Editions AMU.
