Une vision globale qui dépasse les clivages
Ces propos introductifs de la rapporteure Béatrice Laurent, (UNSA Éducation) résument l’originalité du document présenté mardi 23 juin par une large intersyndicale réunissant notamment la CFDT, la FEP-CFDT, le SNES-FSU, le SNUipp-FSU, la CGT Éduc’action, le SNPDEN-UNSA, le SNALC, l’UNSA Éducation, la FAGE et le syndicat lycéen Renouveau lycéen.
Adopté au Conseil supérieur de l’éducation (CSE) le 26 mars dernier, avec l’abstention du Medef, ce document est le fruit de plusieurs mois de travail au sein d’une commission dédiée à la transition écologique de l’école. Auditions d’experts, chercheurs, représentants du ministère, spécialistes du bâti scolaire ou encore collectivités territoriales : les membres de la commission ont voulu dépasser les clivages habituels pour produire une vision globale de l’adaptation de l’Éducation nationale au changement climatique.
« La crise actuelle est le fruit d’une inadaptation »
À l’origine de la démarche, les représentants lycéens ont souhaité replacer les questions climatiques au cœur des réflexions sur l’avenir du système éducatif. Président de la commission, Gustave Bernard, du Renouveau lycéen, décrit une institution confrontée à une double responsabilité. D’un côté, l’école est un lieu de vie dont les bâtiments, les équipements et l’organisation sont directement affectés par la multiplication des événements climatiques extrêmes. De l’autre, elle reste le lieu où se construit la compréhension du monde de demain.
« La crise actuelle est le fruit d’une inadaptation », estime-t-il, évoquant la hausse des températures dans les établissements scolaires. L’école doit selon lui devenir un levier du « véritable virage écologique » que la société doit engager. « C’est le rôle de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur ensuite de nous y préparer », ajoute-t-il, rappelant que 7 étudiants sur 10 déclarent vouloir être mieux informés, une marque de « l’échec de l’Education nationale ». S’inquiètant de la montée de l’obscurantisme, il appelle de ses vœux une meilleure formation dès le plus jeune âge.
Si le ministre Édouard Geffray affirme que 24 millions de mètres carrés ont déjà été rénovés, ce sont 157 millions de mètres carrés qui doivent être rénovés, précisent les organisations. Parmi les recommandations jugées prioritaires figure la réalisation d’un diagnostic national du bâti scolaire. Aujourd’hui, dénoncent les organisations, personne n’est capable de mesurer précisément l’état réel des écoles, collèges et lycées français.
« On est incapable de savoir quels établissements sont adaptés », affirme Cyril Verlingue, responsable du groupe écologie du SNES-FSU. Le constat est d’autant plus préoccupant que les chiffres disponibles dessinent un retard considérable : seuls 15 % des bâtiments scolaires ont bénéficié d’une rénovation, 86 % des établissements nécessiteraient des travaux dont au moins 10 % présentent un état de vétusté important. Pour les organisations, l’absence de cartographie nationale empêche toute politique cohérente. « On a déjà vu ça avec le Covid », observe Jean-Rémi Girard, président du SNALC. « Tout doit partir d’un diagnostic. »
Des programmes à repenser
« Il faut se poser la question de ce que l’on enseigne et de comment on l’enseigne », souligne Béatrice Laurent (UNSA). Pour les auteurs du rapport, l’adaptation de l’école ne peut en effet se limiter à la rénovation des bâtiments. Les contenus d’enseignement sont également visés.
Le SNES-FSU plaide notamment pour un approfondissement des enseignements relatifs aux enjeux écologiques et aux modèles économiques. « Nous considérons qu’il faut présenter aux élèves l’ensemble des systèmes, productivistes capitalistes notamment, avec les débats et les enjeux scientifiques qui les entourent », explique Cyril Verlingue : « C’est notre rôle de pédagogue de permettre une appropriation des élèves et le développement leur esprit critique ».
La question démocratique est également mise en avant par plusieurs intervenants, qui soulignent la place accordée aux lycéens dans l’élaboration du rapport.
Former toute la communauté éducative
Le SNPDEN-UNSA défend ainsi une « culture écologique partagée » impliquant l’ensemble des personnels. Enseignants, personnels administratifs, techniques et territoriaux : « Toute la communauté éducative est concernée », insiste le syndicat. La transition écologique ne peut reposer sur les seuls enseignants de sciences ou sur quelques personnels volontaires. Le rapport identifie la formation initiale et continue comme l’un des principaux leviers d’action à court terme.
« Agir dès la maternelle »
Le SNUipp-FSU défend l’idée que l’éducation à la transition écologique doit commencer dès les premières années de scolarisation. « La maternelle est une période décisive pour construire les représentations du vivant », souligne le syndicat. Le rapport encourage notamment les démarches d’« école dehors », afin de permettre aux élèves d’observer directement leur environnement et de renouer avec le monde vivant et la nature.
Adapter aussi le calendrier scolaire
Le rapport s’aventure enfin sur un terrain plus sensible et moins consensuel : celui de l’organisation du temps scolaire. La CFDT estime que l’adaptation climatique de l’école impose d’ouvrir le débat sur les examens et le calendrier. « Il faut faire vite », plaide Christian Brun. Le syndicat propose notamment que les épreuves écrites et orales puissent être organisées le matin lors des épisodes de fortes chaleurs. Sur la question des examens, les organisations reconnaissent toutefois l’existence de débats internes. Si toutes s’accordent sur la nécessité d’adapter les conditions de passation des examens, elles ne partagent pas les mêmes positions sur l’évolution des épreuves terminales.
Une « transformation puissante du système éducatif »
« Ce rapport est un outil qu’on veut faire vivre et pas mourir », affirme Béatrice Laurent. Les organisations annoncent déjà une série de rencontres avec des parlementaires et les responsables politiques en vue des échéances de 2027. La multiplication des vagues de chaleur ne fait que rendre plus visible un enjeu appelé à structurer durablement les politiques éducatives.
Djéhanne Gani
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Trop froid, trop chaud : le bâti scolaire, un enjeu majeur de santé et d’apprentissage
