Cela fait vingt-sept ans que le « Printemps des poètes » s’épanouit en mars. Des milliers d’évènements à travers les territoires, partout en France, portés par les acteurs et actrices de la culture et de l’Éducation Nationale, mais surtout, portés par tous et toutes ! La poésie descend dans la rue, les écoles, les librairies, les bibliothèques, dans les gares, les hôpitaux ou le métro. Pour dire l’énergie créative, le thème de ce printemps, « Volcanique », exprime l’éruption, la poésie qui jaillit. Voici deux albums pour plonger dans le plaisir des mots en fusion. Merci aux poètes et aux poétesses !
Merci au loup de Sibérie, à la tortue des Galapagos, au cerisier de Mandchourie… d’Albane Gellé, ill. Nathalie Dieterlé, Ed. Rue du Monde
Editeur fidèle au Printemps des Poètes, Rue du Monde nous offre un nouvel album comme « un volcan de mercis à ces merveilles de la nature », mettant à l’honneur deux talents au féminin. L’auteure, poétesse qui connaît l’enfance par cœur, et l’illustratrice aux peintures aériennes en touches de couleurs, égrènent, en une énumération émerveillée, des mercis au monde naturel, dans une mise en page délicate. « Merci au loup de Sibérie aux flamants roses des Caraïbes à l’arbre de Judée à la chouette de l’ouest et au grand-duc d’Amérique au guépard royal du Zimbabwe Merci au cochon d’Inde de tenir dans les deux mains » ainsi commence ce tour du monde, et la musique des mots nous entraîne dans une ronde enchantée… sublimée par les illustrations colorées et le rythme des lettrages. En italique, parfois, l’auteure amène à réfléchir au sens de sa poésie : « On m’a toujours appris à dire merci en me disant que c’est poli. Aujourd’hui, c’est autre chose qui me donne envie de dire merci… » et un peu plus loin « Quand je dis merci je transforme les jours gris en oiseaux de paradis ». Et en écho à cette « rue du monde », dans laquelle il est plus que jamais essentiel de se reconnaitre : « je dis merci dans ma langue je dis merci dans toutes les autres langues », pour finir sur un « merci aux poèmes et puis au loup de Sibérie, au sel de Guérande, aux coquelicots qui retiennent la terre, merci… ». En quelques mots, tellement subtils, le sel de la terre, les merveilles de la nature, celles des mots et de l’humanité, et l’urgence à les préserver, les célébrer.
Rêveries, de Sandrine Kao, Ed. Grasset
« Parfois, c’est plus difficile qu’on l’imaginait. On ne sait plus pourquoi on persiste, pourquoi on s’entête. Et si quelqu’un croit en nous, n’est-ce pas plus facile de croire en soi ? »
Voilà le ton… Chaque album de Sandrine Kao est porté par une poésie intense, une parole légère et apaisante dans un univers japonisant et délicat. Rêveries est encore un petit bijou. Chaque page ou double page raconte sous forme de bande dessinée une courte histoire au titre évocateur : Les soins doux, Le souffle léger , Le murmure des bambous, La valse des feuilles… On retrouve les deux petits personnages tout mignons, l’un plus petit que l’autre, des albums précédents ( Emerveillements, Après les vagues primé à Bologne en 2013). Ils évoluent dans des paysages aux camaïeux tendres, dans une nature où les plantes, les montagnes, la mer, la lune et les étoiles forment, dans le graphisme délicat des magnifiques dessins aux crayons de couleur, la toile de fond aux échanges entre les personnages. Il s’agit de découverte de soi, de l’autre, pour mieux se comprendre et partager. Ainsi, l’album se termine sur Rêveries : « Plus tard – demain ou beaucoup plus loin – on continuera d’entendre en rêveries le vent chanter : il nous parlera, nous transportera, ensemble ici ou ailleurs, séparés. On ressentira toujours avec la même intensité ce qu’on aura partagé. » Ce qui fuse, ici, c’est la grâce et la douceur !
Marianne Baby
Rêveries, de Sandrine Kao, Ed. Grasset
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