« L’école de Gabriel Attal et d’Emmanuel Macron reste une école profondément élitiste qui écarte les plus faibles, aux antipodes d’une école humaniste juste pour tous, exigeante pour chacun et qui ne laisserait personne au bord du chemin » écrit Yannick Trigance, suite au discours de l’ancien ministre de l’éducation. Regrettant la Rue de Grenelle, il persiste et signe son entêtement à défendre le choc des savoirs.
Décidément, Gabriel Attal reste bel et bien le plus grand militant d’une école néo-libérale fondée sur l’exclusion, l’entre-soi et le séparatisme social et scolaire
Pour preuve, lors de son discours de Saint-Denis prononcé le week-end dernier à l’occasion du meeting de son parti, et tout en invoquant la nécessité d’un « changement profond » , l’ex-Ministre – très éphémère – de l’Education nationale a de nouveau martelé sans vergogne que « le choc des savoirs doit advenir, vraiment, profondément, maintenant » et qu’il devrait même s’étendre « dans le supérieur, dans la formation tout au long de la vie « .
On retrouve là l’obsession d’un responsable politique qui, à rebours de toutes les études, de tous les dispositifs efficaces mis en place par les équipes pédagogiques, persiste dans son objectif d’une école du tri, de l’individualisme et de la compétition au détriment d’une école de l’altérité, de la coopération et et du brassage social. Car rappelons-le , le « choc des savoirs » de M.Attal, c’est par exemple le retour du redoublement pourtant supprimé en 2014, rétabli partiellement en 2018, et présenté comme le remède à la « baisse du niveau ».
Peu importe pour M.Attal que ce redoublement frappe d’abord et avant tout les élèves des milieux défavorisés – 57% des élèves de seconde professionnelle redoublent contre 20% des élèves de seconde générale et technologique -, les enfants des familles monoparentales – 37% de risques de plus de redoubler une classe avec un seul parent – ou ceux issus de familles ouvrières.
Peu importe que la démotivation, le sentiment d’infériorité, la perte de confiance et d’estime de soi impactent les élèves lors d’un redoublement, mesure régressive qui ne pèse décidément rien face à la nostalgie d’une école qui dès le plus jeune âge triait implacablement les élèves.
Pour Gabriel Attal, une école qui fleure bon la naphtaline vaut bien mieux que la mise en place de politiques pédagogiques de re-motivation et de différenciation, de prise en compte personnalisée des difficultés des élèves – enseignants spécialisés, tutorat, baisse des effectifs, éducation à l’orientation, formation des enseignants, maîtres surnuméraires …- , quand bien même le coût du redoublement s’élève chaque année à 2 milliards d’euros sans aucunement permettre aux élèves qui le subissent de retrouver une dynamique scolaire de réussite.
Mais le « choc des savoirs » de M.Attal, c’est aussi le dispositif des « groupes de niveau »
qui sonne le glas du collège unique, vieille revendication de toute une frange réactionnaire même si les ministres suivants ont adopté un positionnement plus prudent – revenant à la terminologie de « groupe de besoins – concernant ce dispositif vécu par les équipes éducatives comme la négation d’une mixité sociale et scolaire pourtant indispensable mais totalement absente de la politique éducative macroniste depuis 2017.
On rappellera qu’en déclarant en 2023 : « quand vous avez des élèves qui ont un niveau tellement différent dans une même classe vous finissez par tirer tout le monde vers le bas », Gabriel ATTAL s’était heurté aux très nombreuses études qui infirment cette assertion et qui montrent que la gestion de l’hétérogénéité par des logiques de séparation selon le niveau non seulement ne fonctionne pas mais à l’inverse génère un creusement des inégalités, une perte de motivation, une stigmatisation des élèves les plus faibles – facteur de décrochage – et du côté des enseignants un abaissement du niveau d’exigence inhérent à une concentration maximale de la difficulté scolaire dans une même classe.
En rajoutant par ailleurs que « la pédagogie peut renverser la sociologie » et que « les inégalités sociales n’expliquent pas tous les écarts », Gabriel Attal s’était inscrit, à l’instar du Président de la République, dans un impensé total de l’enjeu que constitue la mixité sociale et scolaire, faisant peser sur les seuls enseignants la responsabilité de l’élévation du « niveau » de leurs élèves.
Or, de nombreuses évaluations et recherches académiques ont mis en évidence l’intérêt pour tous les élèves, qu’ils soient de milieux favorisés ou pas, d’un « brassage » établi dans la durée, l’hétérogénéité des classes aidant davantage les plus faibles sans pénaliser les plus forts.
Enfin, au-delà des groupes de niveaux, du redoublement mais aussi de l’uniforme, le « choc des savoirs » de M.Attal , c’est également l’injonction sous forme de labellisation des manuels scolaires et de bouleversement des programmes, véritable atteinte à la liberté pédagogique de nos enseignants que les syndicats essaient actuellement de préserver dans les discussions menées avec le ministère autour du programme de français de cycle 3 (CM1, CM2, 6 ème).
Ultime pierre à l’édifice d’une école passéiste, profondément conservatrice et porteuse d’un tri social toujours plus prononcé, le « choc des savoirs » prévoit la fin du Diplôme National du Brevet – DNB – comme outil de validation des apprentissages fixés en fin de 3ème par le socle commun de connaissances, de compétences et de culture que tout élève de 16 ans doit savoir et maîtriser.
Si l’actuelle Ministre de l’Education Elisabeth Borne semble avancer bien prudemment dans cette direction en ayant récemment annoncé aux syndicats que « l’obtention du brevet ne sera pas rendue obligatoire pour accéder à la classe de seconde », la réforme du brevet n’est pas totalement abandonnée et la vigilance reste de mise.
Au final, l’école de Gabriel Attal et d’Emmanuel Macron reste une école profondément élitiste qui écarte les plus faibles, aux antipodes d’une école humaniste juste pour tous, exigeante pour chacun et qui ne laisserait personne au bord du chemin.
« Vraiment, profondément, maintenant », l’école de la République et la réussite de tous les enfants méritent mieux qu’un retour à une école du séparatisme social et qu’à un activisme politique incompatible avec les vrais besoins des équipes éducatives, des élèves et des parents.
Yannick Trigance
