En matière de sauvegarde de la planète et de protection du vivant, le « Partenariat pour une éducation verte », né d’une initiative onusienne, s’appuie sur le rôle essentiel de l’éducation pour parvenir au développement durable. Ce Partenariat est envisagé comme une plateforme de collaboration, à l’échelle mondiale, entre les parties prenantes au développement durable : les établissements scolaires, les gouvernements, la société civile, les jeunes, les universités, le tissu associatif et le secteur privé. L’approche est globale. Il s’agit de préparer les élèves à acquérir les connaissances, les compétences, les valeurs et les attitudes nécessaires pour lutter contre le changement climatique et promouvoir le développement durable.
Ce partenariat est envisagé comme une réponse aux revendications des jeunes pour une éducation de qualité au changement climatique et au développement durable. En gestation à partir de 2023, il est véritablement lancé à partir de novembre 2024. Si son accueil a été mitigé dans certains pays, il suscite un véritable engouement des pays du sud global déjà confrontés à des problématiques lourdes de développement durable. En juin 2025, il y avait déjà plus de 80 000 écoles vertes dans le monde qui suivaient les recommandations de l’UNESCO. L’élan est tel, notamment chez les enseignants et les acteurs de la société civile, que certains le qualifient de mouvement des écoles vertes.
Pourquoi rejoindre le mouvement des écoles vertes ?
En 2022, le sommet sur la transformation de l’éducation s’est tenu au siège des Nations-Unies à New York. Ce sommet a été organisé en réponse à une crise mondiale de l’éducation : crise d’équité et d’inclusion, mais aussi crise de qualité et de pertinence. Il a confirmé que l’éducation doit être transformée pour répondre à la crise climatique et environnementale mondiale. Il s’agit de « Transformer l’éducation pour transformer le monde ». Pour l’ONU, « le Sommet offre une occasion unique d’attribuer la priorité à l’éducation dans l’agenda politique mondial et de mobiliser l’action, l’ambition, la solidarité […], ainsi que pour semer les graines de la transformation de l’éducation dans un monde en évolution rapide ». Une des initiatives majeures issues de ce sommet est le lancement du « Partenariat pour une éducation verte » structuré autour des quatre piliers de l’éducation transformative : rendre les écoles vertes, rendre verts les programmes scolaires, adapter la formation des enseignants et les capacités des systèmes éducatifs et développer des communautés vertes.
L’UNESCO, en tant que chef de file au niveau mondial pour l’éducation au développement durable, participe au Partenariat pour une éducation verte. L’institution onusienne a notamment en élaboré les Normes de qualité des écoles vertes, avec pour objectif de transformer au moins 50 % des écoles, collèges et lycées de chaque pays en écoles vertes d’ici à 2030.
La France, ainsi que 95 autres Etats-membres de l’ONU, est partie prenante du Partenariat pour une éducation verte.
Pourtant, le soutien des gouvernements nationaux à cette initiative est mitigé. Dans certains pays, les autorités éducatives nationales ne font pas mention du Partenariat pour une éducation verte et le relai médiatique est inexistant. C’est le cas de la France. A ce jour, seuls 13 écoles, collèges ou lycées sont reconnus comme alignés sur les normes de qualité des écoles vertes alors que le siège de l’UNESCO se situe à Paris, à quelques stations de métro du ministère de l’éducation. Ainsi, l’avenir du Partenariat pour une éducation verte dépend-il largement de la volonté des acteurs de l’éducation, enseignants, élèves, parents, partenaires associatifs à entrer dans le mouvement des écoles vertes et à utiliser ce levier pour transformer l’éducation selon les recommandations de l’ONU.
Qu’est-ce qu’une école verte ?
Selon l’UNESCO, les écoles vertes sont des établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) qui dispensent une éducation globale s’articulant autour du développement intellectuel, émotionnel, social et physique des élèves. Cette éducation globale ne se limite pas aux connaissances académiques et cherche à cultiver la pensée critique, la créativité, la conscience de soi, l’empathie, les valeurs éthiques et la création de liens avec les autres et avec la nature. L’éducation globale repose sur des principes de pédagogie active, interdisciplinaire, permettant aux élèves de renforcer leur capacité à agir de façon éclairée.
Les écoles vertes privilégient les pratiques de durabilité. Le développement durable repose sur la prise de décisions conscientes et l’adoption de pratiques pour assurer des interactions harmonieuses entre les êtres humains et la planète ainsi que le bien-être à long terme des générations actuelles et futures. Il s’agit de réorienter les valeurs, les normes et les comportements au profit d’une transition sociétale tendant à remplacer les modèles économiques, les modes de consommation, les interactions avec la nature, les réseaux sociaux et les interactions communautaires non durables par des pratiques plus respectueuses de la population et de la planète. Pour cela, il faut apprendre à reconnaître l’interdépendance et l’interconnexion des enjeux environnementaux, sociaux et économiques. Dans le cadre des écoles vertes, les programmes d’enseignement, comme l’aménagement des espaces intérieurs, ainsi que la gouvernance scolaire doivent tenir compte de ces éléments. Il s’agit d’encourager la prise de décisions participative et la collaboration entre divers acteurs pour faire advenir un avenir durable et résilient, et d’aider les élèves à élaborer une réflexion systémique au sujet de l’interdépendance des enjeux mondiaux actuels.
Les écoles vertes favorisent le sens des responsabilités car celui-ci incite à prendre des mesures proactives pour relever les défis environnementaux, sociaux et économiques. Il repose sur l’idée que les êtres humains ont des relations d’interdépendance avec le milieu naturel et qu’ils ont le devoir d’agir en tant que citoyens responsables chargés de la gestion et de la protection des ressources. Une école verte s’engage donc à suivre des pratiques durables qui préservent les ressources et protègent les écosystèmes. De cette manière, les questions de gouvernance scolaire concernant les pratiques quotidiennes, telles que la gestion durable des sols et des ressources, les efforts d’économie d’énergie et d’eau, les modes de consommation responsables, les pratiques commerciales éthiques et les approches participatives en matière de prise de décisions associant l’ensemble des parties prenantes, deviennent des pratiques ordinaires.
Comment rejoindre le mouvement des écoles vertes ?
L’approche institutionnelle globale, recommandée par l’UNESCO dès 2015 par la stratégie Education 2030, repose sur la conviction que les établissements scolaires doivent traduire les discours en actes et montrer l’exemple, en mettant leurs valeurs en application et en permettant aux élèves d’apprendre à partir d’expériences vécues ancrées leur vie quotidienne. En ce sens, les 186 critères de qualité des écoles vertes cherchent à décrire un établissement scolaire vert de façon exhaustive : une école qui mettrait en œuvre tous les aspects de l’approche globale de façon systémique. Concrètement, ces 186 critères, formulés de façon opérationnelle, se répartissent en quatre grands domaines : la gouvernance scolaire (26 critères), les installations et opérations (78 critères), l’enseignement et les apprentissages (39 critères) et la mobilisation de la communauté (43 critères).
Ainsi posées, les normes de qualité des écoles vertes offrent un cadre de réflexion aux établissements scolaires permettant de s’interroger collectivement et de se positionner par rapport à l’ensemble des critères. Cette démarche réflexive, qui se fait par la création d’un comité vert associant l’ensemble des parties prenantes à l’éducation au développement durable (EDD), permet d’ouvrir les possibles, de faire évoluer les perceptions et les représentations individuelles et collectives afin d’initier une démarche de stratégie EDD. Collectivement, les parties prenantes voient ce qu’elles accomplissent déjà en matière d’éducation au développement durable et ce vers quoi elles peuvent tendre à moyen et long terme en fonction de leur contexte local.
Les normes de qualité des écoles vertes sont ainsi un puissant vecteur de changement éducatif global au niveau des établissements scolaires. Les démarches ne sont pas isolées. En rejoignant le mouvement des écoles vertes, les acteurs de l’éducation ont conscience de participer à un changement mondial en faveur de la durabilité. Ainsi, à l’issue de la phase réflexive, les établissements dont les activités EDD couvrent au moins un tiers des 186 critères peuvent demander la reconnaissance de leur alignement sur les normes de qualité et rejoindre les 80 000 écoles déjà reconnues dans le monde.
Stéphane Germain
