Destinée à répondre à la crise de recrutement, la réforme de la formation initiale fait peser sur le parcours des futur·es professeur·es du second degré en Documentation des menaces qui inquiètent l’A.P.D.E.N (Association des Professeur·es Documentalistes de l’Education Nationale). En effet, selon des informations recueillies par l’association, un certain nombre de formations en Master Documentation seraient dans le collimateur du Ministère et destinées à disparaitre. Une décision « à rebours des besoins de terrain, alors même qu’une filière riche et dynamique se construit depuis plusieurs années », et d’autant moins justifiée que le CAPES de documentation, rappelle l’APDEN, ne souffre pas d’un manque d’attractivité.
Clermont-Ferrand, Reims, Limoges, Montpellier…
Pour le parcours de l’INSPE de Clermont-Ferrand cette fermeture serait d’ores et déjà actée pour la rentrée 2026. Actée aussi, semble-t-il, la non-ouverture du parcours de l’INSPE de Reims. Sur la sellette, les formations des sites de Limoges et Montpellier. L’APDEN ajoute qu’ « ailleurs, le répit pourrait n’être que de courte durée : l’accréditation pour la spécialité Documentation du nouveau Master Enseignement et Éducation (M2E), octroyée pour la rentrée 2026, pourrait être menacée à moyen terme. C’est ce que les échanges semblent laisser entendre au sein des universités de Limoges, d’Aix-Marseille, et de Toulouse ». Toutes ces fermetures viendraient s’ajouter à d’autres disparitions plus anciennes, comme celles des cursus de Poitiers et Nice, ou de Grenoble en 2025.
Une mauvaise réponse à un vrai problème
Alors que la réforme de la formation initiale se donne pour objectif de répondre à la crise de recrutement en renforçant l’attractivité des concours, une telle décision risque donc, en compliquant l’accès aux parcours de formation, d’avoir un effet inverse. Ce qui serait d’autant plus paradoxal que le CAPES de documentation, justement, ne « rencontre pas les difficultés de recrutement de certaines filières en tensions ».
L’APDEN rappelle par ailleurs que ces fermetures sont d’autant moins justifiées que les établissements du second degré souffrent, depuis plusieurs années, d’une pénurie de professeur·es documentalistes en raison du nombre de postes insuffisant ouverts au concours. Sur le terrain actuellement, faute d’enseignant·es, ce sont des temps complets non pourvus, des temps partiels sans compléments de service, des solutions de remplacements insuffisantes voire inexistantes. Donc des CDI fermés ou des horaires d’ouverture à géométrie variable, et des « élèves [qui] bénéficient alors d’un moindre accès au livre et aux ressources ».
Mais ce sont aussi des projets pédagogiques qui ne peuvent pas aboutir, des heures de formation à l’information-documentation qui ne sont pas effectuées … et de nombreuses tâches essentielles qui ne peuvent être effectuées. Car les « profs doc », ce sont des enseignant·es multitâches sur qui s’appuient bien souvent les établissements scolaires pour la gestion du Pass culture, du GAR, de la plate-forme Pix, de l’EMI…
Aujourd’hui ce dont ont un vrai besoin les étudiant·es en documentation, ce n’est pas d’attractivité supplémentaire, mais de bonnes conditions de travail dans leurs parcours de formation… et de postes supplémentaires.
Claire Berest
Article à retrouver sur le site de l’APDEN
