Comment lutter contre l’inégalité des chances avec des classes à 35 ?
Du côté de Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Rillieux-Le-Pape, dans l’Est-Lyonnais, cinq lycées étaient mobilisés le 17 mars pour dénoncer l’insuffisance de leurs DHG. « Comment accepter que le Rectorat de Lyon décide d’entasser des lycéen.ne.s à 35 élèves par classe dans des établissements dont l’IPS est inférieur à 85 alors que la moyenne du département est de 114 pour le public et 140 pour le privé ! Comment lutter contre l’inégalité des chances scolaires dans ces conditions ? » expliquent-ils.
Signataires d’un appel pour un retour de leurs établissements dans l’éducation prioritaire, ils ont été rejoints par 14 lycées de 5 autres académies et sont soutenus par une dizaine de sections syndicales départementales et une section départementale FCPE : « Nous, qui enseignons dans des lycées accueillant une majorité d’élèves de milieux populaires – le plus souvent issus des collèges REP et REP+, concentrant les difficultés sociales et scolaires -, savons l’importance de disposer de moyens supplémentaires pour réduire les effectifs par classe, apaiser le climat scolaire et augmenter les temps d’apprentissage », écrivent-ils. « Les difficultés de nos élèves ne disparaissent pas par magie pendant l’été qui suit la classe de troisième et précède leur entrée en seconde ! » poursuit ce collectif pour les Lycées en Education Prioritaire (CLEP).
Une logique comptable qui exclut les familles les plus fragiles
A Pithiviers, dans le Loiret, département de l’académie d’Orléans-tours, c’est une UPE2A accueillie depuis 2018 que perd un collège, « dans l’incompréhension la plus totale des équipes, alors que ce dispositif est le seul existant dans le nord du département » et qu’il a largement fait ses preuves. En témoigne l’intégration réussie des « anciens élèves allophones du collège » qui tous, « ont pu poursuivre leur scolarité et obtenir un diplôme ». Supprimer ce dispositif revient à exclure ces élèves et leurs familles « d’un service public pourtant essentiel », au nom d’une logique « comptable, d’économie où l’humain est laissé de côté par méconnaissance des réalités subies par ces enfants » s’indigent les collègues de l’établissement.
30 élèves par classe : bientôt la norme ?
Dans ce collège de Seine-et-Marne, à Vert-Saint-Denis, dans l’académie de Créteil, équipe éducative et parents d’élèves s’inquiètent de l’insuffisance de la DGH prévisionnelle qui ferait perdre une classe de 5e à l’établissement. Dans une motion adressée à l’inspection académique de Melun, iels réclament que l’on parte « des besoins réels de l’établissement et non d’une enveloppe fermée » et dénoncent la barrière d’ouverture d’une classe à 29 élèves : « Devons-nous en conclure que le nombre de 30 élèves par classe devient une norme dans tous les établissements ? ». Une inquiétude largement partagée par l’ensemble des établissements.
100 heures en moins, et pourtant un des quartiers les plus pauvres
Dans ce lycée professionnel du quartier du Beaumarais de Calais, « un des quartiers les plus pauvres du Pas-de-Calais », dans l’académie de Lille, ce ne sont pas moins de 100 heures postes qui disparaissent, entrainant 5 suppressions de postes et de nombreux compléments de services. « Depuis 2018, nous avons perdu 692 heures soit l’équivalent de 25 postes ». Les personnels se mobilisent : mouvement de grève, rassemblement devant le lycée, sensibilisation des habitants du quartier…
« Le rectorat et le gouvernement invoquent les baisses d’effectifs pour supprimer des postes, mais la conséquence c’est que des divisions vont être supprimées et qu’ainsi le nombre d élèves par classe va augmenter. Par exemple on va passer de 6 premières générales à 28 élèves par classe à 5 premières générales à 33 élèves par classe » se désole cet élu du personnel, représentant du SNES FSU sur le Calaisis. « Au lieu de profiter de la baisse démographique pour diminuer le nombre d’élèves par classe, le gouvernement préfère supprimer des postes de fonctionnaires et dégrader nos conditions de travail ainsi que les conditions d études des élèves » conclut-il.
La fin des dispositifs d’accompagnement
Dans l’académie de Versailles, dans ce lycée général et technologique de Gennevilliers, ville populaire du département des Hauts-de-Seine, la DHG ne cesse de baisser d’année en année depuis 2019. A titre de comparaison, pour un effectif identique, l’établissement comptabilisera 300 heures en moins, à la rentrée prochaine, par rapport à 2022. Pourtant le lycée recrute sur un collège REP+ et sur deux collèges, dont l’un en REP, identifiés parmi les 800 collèges en difficulté. « Notre IPS est compris selon les années entre 96 et 98, ce qui fait de nous l’antépénultième lycée GT des Hauts de Seine après Colombes et Villeneuve-la-Garenne ».
Cette perte de moyens, expliquent les collègues de l’établissement, « détruirait un ensemble de dispositifs pédagogiques qui ont permis jusqu’ici aux équipes de soutenir efficacement les élèves », notamment un accompagnement personnalisé renforcé en lettres et en maths en classes de seconde et première, du soutien disciplinaire dans le cadre de l’école ouverte, des entretiens et tutorat avec les élèves en décrochage… Ici aussi l’équipe enseignante se mobilise, soutenue par les parents : mouvement de grève, opération « lycée mort » à l’initiative des parents le vendredi 20 mars… « La colère est d’autant plus forte que les perspectives de carte scolaire pour l’école primaire à Gennevilliers sont également alarmantes ».
Cette colère et cette souffrance, partagées par le 1er degré, doivent être entendues. Elles attendent de vraies réponses, et elles ne se contenteront pas de calculs déconnectés des réalités de terrain.
Claire Berest
