Une mobilisation qui s’étend
Ce jeudi 26 mars 2026, plusieurs membres du Collectif des Lycées en Éducation Prioritaire (CLEP), enseignant·e·s dans l’est de Lyon, ont décidé de se mettre en grève et de se rendre à Marseille. Ils souhaitent exprimer leur solidarité avec les lycées de la ville et participeront à la manifestation à 11h, au départ de la place des Réformés. Cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique nationale. « Notre idée est d’élargir le collectif du CLEP monté en janvier », explique Patrick Samzun. Le professeur et délégué Sud éducation du lycée Sembat de Vénissieux évoque des actions qui ont eu lieu ces dernières semaines à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, à Marseille ainsi que dans l’Est lyonnais, où cinq lycées se sont mobilisés les 9 et 17 mars. Pour les enseignants engagés, l’objectif est clair : « que l’initiative du CLEP fasse tache d’huile dans le pays ». Ils dénoncent une situation structurelle : « la situation des lycées de banlieue est problématique de manière chronique, il n’y a pas égalité du service public ».
Des suppressions dans les quartiers populaires
Les enseignants dénoncent un déséquilibre dans les priorités budgétaires. Ils soulignent que le budget de la Défense augmente de 6,7 milliards d’euros, tandis que celui de l’Éducation nationale n’augmente que de 200 millions d’euros, avec près de 4 000 suppressions de postes à l’échelle nationale. Selon eux, « ces suppressions ont des conséquences directes sur les lycées des quartiers populaires : des classes surchargées, des résultats au baccalauréat qui baissent, une souffrance au travail de plus en plus grande ». Ils ajoutent que « les lycéen·ne·s des quartiers populaires, leurs enseignant·e·s et tous les personnels sont donc les premières victimes de ces restrictions budgétaires ».
« Un désinvestissement chronique » : l’exemple de le lycée Marcel Sembat à Vénissieux
Au lycée Marcel Sembat, à Vénissieux, la situation décrite par les personnels illustre concrètement ces difficultés. « On vit une année extrêmement difficile parce que le rectorat nous a dépouillés par deux fois du proviseur adjoint du lycée professionnel, ce qui induit une surcharge vie scolaire » décrit Patrick Samzin. Il poursuit : « on vit en fonctionnement dégradé », avec le sentiment d’un « mépris institutionnel pour notre établissement », qui « a connu des incidents assez graves ».
Il dénonce des engagements institutionnels non-tenus. Après une audience le 17 mars sur les remplacements, une « réponse d’un remplacement sous une semaine » avait été annoncée, avant qu’un message ne revienne dessus. Pour les personnels, « le rectorat ne tient pas ses engagements », ce qui traduit une « désorganisation » et une « maltraitance caractérisée ».
Les manques de moyens humains sont particulièrement marqués : « nous n’avons pas eu d’infirmière de septembre à mars au lycée ». Le lycée Sembat compte 700 élèves, auxquels s’ajoutent quelque 300 élèves dans la voie professionnelle. Le professeur précise ensuite, qu’à présent « seulement 60% » du poste est assuré. À cela s’additionne « depuis 3 ans, la suppression d’un demi-poste de CPE ». Voilà pourquoi les enseignants déplorent un « désinvestissement chronique » et une « destruction du service public ».
Les conséquences sont lourdes et réelles : « mixité sociale [qui] baisse », « résultats [qui] baissent », mais aussi « souffrance au travail », « arrêts de travail », « mi-temps thérapeutiques », « départ des collègues » et « turn-over problématique ».
Dans cette perspective, « le classement en Education prioritaire serait une réponse rassurante structurelle » estime le délégué de Sud Education : « on aurait un socle fixe et clair, des temps de concertation, des primes pour stabiliser les équipes ». Il insiste sur le « besoin de donner plus d’attractivité à l’établissement », faute de quoi « c’est l’abandon et des situations invivables ».
« Nos élèves méritent le même accès »
Les membres du CLEP affirment partager les mots d’ordre de leurs collègues et des lycéen·ne·s marseillais·es. Ils s’opposent à « l’austérité et la militarisation de la jeunesse » et rappellent que « [leurs] élèves méritent le même accès aux savoirs émancipateurs que ceux/celles des centres-villes et des lycées privés ». Ils dénoncent également la répression des mobilisations lycéennes.
« Ni chair à canons, ni chair à Uber »
« Ni chair à canons, ni chair à Uber, nos élèves, à Marseille comme à Lyon, doivent redevenir prioritaires », résument-ils. Ils se disent déterminés à lutter pour un retour des lycées dans la carte de l’éducation prioritaire.
La baisse de moyens … sans baisse démographique
Les enseignants détaillent leurs revendications. Ils demandent une baisse des effectifs par classe. Ils réclament des moyens substantiels en heures-poste pour dédoubler les classes et mener des projets pédagogiques adaptés, ainsi que des embauches massives de personnels de vie scolaire et médico-sociaux. Ils demandent aussi la mise en place de bonifications et de primes pour stabiliser les équipes, des moyens pour l’éducation socio-culturelle, ainsi que des investissements pour la rénovation des bâtiments et des équipements.
Les professeurs dénoncent également des dotations incohérentes : « côté Sembat, on perd 6 heures alors que les effectifs sont stables », et « on ouvre une classe de première générale avec des moyens inférieurs ». Pour eux, « l’argument démographique ne tient pas la route, il y a une volonté d’économiser ».
Enfin, ils soulignent le « besoin de lien avec d’autres établissements », rappelant que « ce n’est pas une situation isolée ». Ils alertent sur un risque de « relégation ». Ils posent une question centrale : « comment expliquer le non-remplacement ? » et « comment l’institution justifie cela ? »
Djéhanne Gani
