Initialement, du moins dans la rhétorique d’Emmanuel Macron qui s’est déclaré adepte du « en même temps », c’était les deux. Dans les faits, cela a été beaucoup plus évanescent. Mais un rappel historique s’impose dans le contexte des annonces actuelles, à mettre en perspective.
Le 18 mars 2017, le candidat d’ « En marche ! » Emmanuel Macron présente sa « politique de défense » qui comporte comme principale annonce un « service national universel » obligatoire d’une durée d’un mois pour tous les jeunes.
« Ce service national universel, encadré par les armées et la gendarmerie nationale, s’adressera aux jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge, soit environ 600 000 jeunes par an . Ce temps de service militaire universel devra intervenir dans les trois ans suivant le 18e anniversaire de chacun. Chaque jeune Français ira ainsi à la rencontre de ses concitoyens, fera l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois […] Ce service national permettra aussi de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobilisable complémentaire de la garde nationale […] Ce projet a bien sûr un coût significatif et je l’assumerai. La rencontre des armées de la République et de la jeunesse de France, la cohésion nationale, ce sont des enjeux qui le méritent ».
Son coût annuel (logement, transport, frais d’encadrement…) est estimé entre 2 milliards et 3 milliards d’euros par an « en régime de croisière » par le candidat Emmanuel Macron (qui précise que ce budget important ne sera pas pris sur celui des armées).
Le 26 septembre 2017, le président de la République Emmanuel Macron présente son « initiative pour l’Europe » dans un discours solennel à la Sorbonne.
« Le ciment le plus fort de l’Union sera toujours la culture et le savoir […] Car cette Europe dont Erasme disait qu’il fallait demander à chaque jeune, déjà, de « parcourir le continent pour apprendre d’autres langues » et «se défaire de son naturel sauvage », cette Europe, parcourue par tant de guerres, de conflits : ce qui la tient, c’est sa culture […] L’Europe doit être cet espace où chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes d’ici 2024. Au lieu de regretter le morcellement de nos contrées, renforçons les échanges ! En 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen. Qu’il soit étudiant ou apprenti ». Bigre !
« Donner envie d’Europe à notre jeunesse »
Quid de la mise en pratique de ce »grand dessein » (dixit Emmanuel Macron) ? Un an plus tard, en réponse à une question posée le 16 mai 2018 par la députée »Modem » Marguerite Deprez-Audebert sur la façon de « donner envie d’Europe à notre jeunesse », le ministre de l’Education nationale répond qu’il est « tout à fait primordial d’ancrer l’idée européenne chez les jeunes en leur faisant bien comprendre qu’il y va de leur avenir ».
Et Jean-Michel Blanquer indique qu’il a élaboré une « stratégie» avec le Chef de l’Etat dont l’axe central est qu’« à l’horizon 2024, chaque étudiant devra parler deux langues européennes en plus de la sienne » et que «la moitié d’une classe d’âge devra avoir passé au moins 6 mois dans un autre pays européen que le sien ». Le ministre de l’Éducation nationale précise même qu’il a fixé comme objectif pour l’année scolaire 2018-2019 que « 12% des élèves du second degré, soit 700000 élèves effectuent un séjour à l’étranger ».
Le moins que l’on puisse dire en l’occurrence, c’est que la réalité n’a pas dépassé la fiction…
Claude Lelièvre
