« Il pleut dans les salles »
La question du bâti n’était pas au cœur de la colère ce mardi. Et pourtant depuis plusieurs années, le lycée subit d’importantes infiltrations d’eau. Mais ce n’est pas la goutte d’eau qui a mené à la mobilisation du jour, même si « lors du bac 2024, il pleuvait dans la salle. On a installé une douzaine de poubelles pour récupérer l’eau », se souvient Grégory Germain, professeur de lettres-histoire-géographie. « On a déplacé les tables pour éviter que les élèves composent sous les fuites. »
Et la situation ne s’est pas améliorée. « Il pleut encore dans plusieurs salles. Parfois, on passe l’aspirateur à eau avant de faire cours après une nuit de pluie », ajoute-t-il. Une salle informatique est désormais inutilisable. Dans les ateliers, en électrotechnique, l’eau s’infiltre à proximité d’installations électriques. La question devient aussi celle de la sécurité. « On travaille dans un environnement qui peut devenir dangereux », alerte une autre enseignante. Les travaux annoncés sont régulièrement repoussés. « On ne comprend pas que rien ne bouge. »
Des classes trop chargées pour travailler correctement
À ces difficultés s’ajoute la hausse des effectifs. Dans plusieurs filières professionnelles, les classes atteignent jusqu’à 27 élèves. « Nos classes sont à 27, parfois avec du surbooking », explique Grégory Germain. « Dans certaines salles, il devient difficile de circuler. » Les enseignants demandent un plafond à 24 élèves. « Quelques élèves en plus suffisent à dégrader les conditions », insiste-t-il.
Inclusion : « des droits non appliqués »
Le manque de moyens pour accompagner les élèves en situation de handicap est un des points de tension. « On devrait avoir 72 heures d’accompagnement, aujourd’hui on en a 28 », indique Grégory Germain. « Des élèves ont droit à une aide, mais ils ne l’ont pas en pratique. » Une seule AESH est actuellement en poste pour plusieurs élèves, et elle n’est pas certaine de pouvoir rester en poste au lycée, regrettent ses collègues. « Certains élèves auront un tiers-temps aux examens, mais pas d’accompagnement humain », déplore la secrétaire générale départementale de la CGT94, Périne de Araujo. Les personnels dénoncent une situation « discriminatoire » et réclament des recrutements pour leurs élèves.
Les enseignants pointent aussi une rupture d’égalité. Le lycée accueille environ 430 élèves, avec un public souvent en difficulté et nécessitant un suivi renforcé, plusieurs PAP, une section UP2A, 11 élèves avec une notification MDPH, 5 élèves avec une notification ULIS. L’IPS du lycée est très faible « avec un IPS de 83, le lycée est fragile ». « Dans ces conditions, notre mission devient presque impossible » explique la secrétaire départementale de la CGT 94.
Grégory Germain compare : « une année, on a accueilli une classe de seconde générale à 20 élèves. On s’en souvient, car les conditions étaient bonnes. Aujourd’hui, nos élèves de lycée professionnel sont à 27. »
« Un cri d’alerte »
Dans leur communiqué, les personnels résument la situation : « Moins de deux minutes par élève, un établissement insalubre et dangereux, des élèves en situation de handicap laissés pour compte… » Une demande d’audience a été adressée au rectorat. Les grévistes attendent désormais des réponses : « Ce que nous demandons, ce sont des conditions dignes pour enseigner et pour apprendre. »
Djéhanne Gani
