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Par François Jarraud

Une revalorisation peut-elle faire des mécontents ? Pour une fois, le ministère a sorti les drapeaux, français et européens. C’est une « allocution » que Luc Chatel a prononcé jeudi 24 novembre dans une salle du Salon de l’Education. Il a annoncé solennellement une augmentation des enseignants débutants à hauteur de 2000 euros bruts. Et vanté le suivi personnalisé des élèves.

« Quel autre pays a fait cela ? » Pour Luc Chatel, son gouvernement effectue un effort sans précédent de revalorisation salariale des enseignants. Le ministre a annoncé une revalorisation indiciaire pour les enseignants débutants à partir du 1er février 2012. A cette date, tout jeune enseignant à temps plein touchera au minimum 2000 euros bruts, soit près de 1670 € nets. Cela représente une hausse de 5% par rapport à la situation antérieure.107 000 enseignants du public et 18 000 du privé, en dessous de l’échelon 5, devraient en bénéficier. Cela représente une hausse moyenne de 100 euros bruts par mois en tout début de carrière, nettement moins après. A partir de l’échelon 5 il n’y a plus de revalorisation.

Des revalorisations indemnitaires sont aussi effectuées. La part variable de l’indemnité d directeurs d’école est augmentée de 50%, la prime de performance des enseignants en Eclair est mise en place avec un plafond de 2400 € par an.

Concernant l’évaluation des enseignants, Luc Chatel estime que « les enseignants ne supportent plus le système actuel d’évaluation ». « On engage une réforme de l’évaluation dans le sens d’une autonomie accrue d’un chef d’établissement ayant plus de responsabilité. Mais le chef d’établissement ne doit pas avoir toute autorité seul ». Le ministre travaille à « équilibrer » l’évaluation entre inspecteurs et chefs d’établissement ‘mais dans el sens de l’autonomie du chef d’établissement ». « Je n’ai pas de décret qui je signerais en catimini » a ajouté le ministre…

Une revalorisation boudée par les syndicats

« Luc Chatel a enfin lu les rapports de l’OCDE », nous confie Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-Cfdt, faisant allusion aux Regards sur l’éducation de l’OCDE, un rapport qui montre que les salaires enseignants sont particulièrement bas en France. « Cette revalorisation va contribuer à écraser la grille salariale » ajoute-il. Il rappelle que l’indice fonction publique est gelé depuis 2 ans et avec lui la grande majorité des salaires des enseignants, et que les prélèvements ont augmenté. Pour la grande majorité des enseignants le salaire a diminué depuis 2 ans.

Le Se-Unsa, sous la plume de Christian Chevalier, rappelle que sur les 100 000 bénéficiaires, la moitié touchera moins de 20 € nets par mois. « 85% des collègues n’auront rien reçu depuis 2007 ». Le Snuipp, souligne aussi que « de nombreux enseignants restent au bord du chemin ». « La revalorisation ne concerne qu’un enseignants sur huit et constitue un effet d’annonce », juge la Fsu.

Si l’objectif était de séduire les enseignants, la revalorisation Chatel des plus jeunes liée à une baisse des salaires nets pour les autres risque de faire 85% de mécontents. Au moins.

François Jarraud

Annonce ministérielle

http://www.education.gouv.fr/cid58558/luc-chatel-garantit-a-tout-jeune-[…]

Sur les salaires dans l’OCDE

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011[…]