Par François Jarraud
Pourra-t-on faire d’une mauvaise nouvelle un élément de renouveau ? C’est le défi qui est posé à la France après la publication le 11 décembre des résultats de l’enquête internationale PIRLS sur les compétences ne lectures des écoliers de CM1. Elle montre une érosion des résultats de la France et surtout un déclassement du fait de la progression de nombreux pays. Le pays d’Hugo et de Zola est en bas du classement des pays développés et européens, loin derrière la moyenne. Pour V Peillon cela suffit à justifier la refondation.
Les résultats ne sont pas bons. La France obtient un score de 520 loin derrière la moyenne européenne (534) ou celle de l’OCDE (538). Seuls la Belgique francophone, l’Espagne, la Norvège, la Roumanie et Malte sont derrière nous en Europe. Tous les autres pays européens nos précèdent. Loin devant en haut du classement caracolent Hong Kong et Singapour, la Russie et les Etats-Unis, la Finlande, la Croatie, le Danemark et l’Irlande du Nord.
Les résultats français se dégradent. Entre 2001 et 2011 notre score est passé de 525 à 520. Le pourcentage d’élèves les plus avancés a régressé passant de 7 à 5%. Si l’écart entre les sexes a fortement diminué c’est par la chute des performances des filles. L’écart entre les écoles prioritaires et les autres a aussi baissé mais cela résulte de la baisse des résultats dans le public. Car la dernière grande information c’est l’inversion du rapport entre public et privé. Le public hors éducation prioritaire était nettement devant le privé en 2001. En 2011 le rapport s’est inversé.
Où baissons nous ? En 10 ans la baisse est significative sur la compréhension des textes informatifs (-13 points) ainsi que sur les compétences les plus complexes (-11 points). Les élèves français restent les plus nombreux à s’abstenir de répondre aux questions quand les réponses doivent être rédigées et à ne pas terminer les épreuves.
Pour le ministère, c’est ” l’échec des politiques menées depuis 2007… Ces résultats, qui confirment les traits d’un système scolaire trop inégalitaire marqué par une part importante d’élèves faibles, concernent la génération des élèves qui a été scolarisée au moment de la mise en œuvre de la réforme du premier degré introduite en 2008 (réorganisation du temps scolaire, nouveaux programmes…).” Par conséquent , pour le ministère cela confirme “la pertinence des orientations présentées pour la refondation de l’École : la priorité au premier degré…, le nouveau dispositif “plus de maîtres que de classes”, l’accueil des enfants de moins de trois ans, la refonte des missions et des programmes de l’école maternelle et élémentaire…, celle de
la notation pour redonner confiance aux élèves dans leurs capacités et renforcer leur volonté de réussir…” L’enquête PIRLS rappelle plus que jamais l’urgence d’une évolution de l’École et nous oblige aussi à réussir cette refondation de l’École qui est un enjeu majeur pour le pays”.
Mais que dit l’enquête sur les facteurs de réussite ? Certes l’enquête valide la scolarisation préélémentaire comme un facteur de réussite. Mais c’est un domaine où la France surclasse la plupart des pays. Elle souligne l’importance du climat scolaire. Mais les principaux critères de réussite éloignent de l’école. Les pays qui ont de bons résultats sont ceux où les parents lisent ont des livres et lisent à leurs enfants. C’est rappeler que les résultats en lecture dépendent davantage de politiques socio culturelles que de méthode scolaire.
François Jarraud
Résultats internationaux
Résultats France
Communiqué ministériel
PIRLS 2006
Quelques jours après la publication de l’enquête PIRLS sur le niveau en lecture, ce sont à nouveau de mauvais résultats pour l’Ecole française. L’Insee publie en même temps un numéro d’Insee première qui met en évidence un chute de niveau en calcul. En même temps, le Portrait social de l’Insee montre le maintien de fortes inégalités sociales dans l’accès au diplôme. Voire leur aggravation…
“Sur 100 jeunes entrés en 6ème en 1995, 44 sont désormais titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Cette proportion varie de 20% pour les enfants d’ouvriers non qualifiés à 76% pour les enfants de cadres ou d’enseignants», écrit O Lefebvre dans le Portrait social de l’Insee. Ce que montre remarquablement cette étude c’est que “une grande partie des inégalités scolaires se joue avant le baccalauréat”.
“Les chances d’avoir le bac et le type de bac obtenu diffèrent déjà nettement selon le milieu social : parmi les jeunes entrés en 6e en 1995, près de 90 %des enfants d’enseignants ou de cadres ont eu le bac, contre 40 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. L’obtention du bac scientifique varie de 40 % pour les premiers à moins de 10 % pour les seconds”. Mais en fait les différences se sont creusées à l’école primaire. A l’entrée en 6ème déjà 47% des enfants de cadres sont classés dans le meilleur quartile contre 13% des enfants d’ouvriers. Dans le dernier quartile on trouve 7% d’enfants de cadres contre 41% d’enfants d’ouvriers.
L’accès au supérieur a peu changé entre 1996 et 2002. 39% de la génération entrée en 6ème en 1989 a obtenu aucun diplôme ou un diplôme inférieur au bac. Pour la génération entrée en 6ème en 1995, le pourcentage est resté à 38%. A l’autre bout, 36% de la génération 1989 a obtenu un diplôme du supérieur contre 43% de la génération 1995. Cependant la proportion de diplômés du supérieur a baissé entre ces deux générations chez les ouvriers et les inactifs.
Le nouveau site sur l’apprentissage de la lecture créé par le CNDP est comme ces châteaux de la Loire commencés au Moyen-âge et finis en pleine Renaissance. “Lire au CP” met en avant les thèses chères à l’ancien patron de la Dgesco mais laisse finalement place à d’autres courants. Au total il offre de nombreuses ressources où chacun peut piocher.
Plusieurs interviews d’enseignants, de parents sont sensés illustrer les relations avec les familles. Bonne surprise, les enfants savent lire à Noël, Thomas connaît les écritures maya, les parents habitent de jolis pavillons en meulière, sont éblouis des multiples progrès de leur progéniture et choisissent des livres au Salon du Livre du coin… Si le RASED a été oublié, le psychologue est présent, avec les mots de M. Voyazopoulos, professeur à l’ICP…
On restera dubitatif sur la section « archives » qui présente quelques documents, ni vraiment bruts, ni problématisés, ni sourcés, dont le lecteur ne saura que faire, sauf à enfoncer le clou de quelques idées toutes faites sur la « pédagogie frontale » du XIXe (qui avait cours aussi le 1er aout, c’est un scoop) ou les « pédagogies ouvertes » de l’ère moderne, comme si une épidémie de classes Freinet avait touché la France après la seconde guerre mondiale…
Largement conçu à partir des références théoriques chères à « l’ancienne » DGESCO, plus prompte à valoriser les références des thèses des neuro-sciences ou de la psychologie cognitive, le site présente des points de vue de plusieurs chercheurs (l’insubmersible Alain Bentolila, le très cérébral Johannes Ziegler, l’incontournable Michel Fayol), auquel s’ajoute, dans un contrepoint qui ne dit pas son nom, le didacticien Roland Goigoux redevenu présentable et un éclairage par la nouvelle directrice du « socle commun » de la DGESCO, Hélène Ouanas, ex-DASEN spécialiste de l’évaluation.
L’histoire ne dit pas si le ministère ira jusqu’à donner place aux autres courants de la recherche sur la lecture, porteurs de discours plus « sciences de l’éducation » ou d’approches culturelles, passés sous silence. Mais au-delà des clivages et des certitudes affichées, notons l’appel de Michel Fayol à développer la recherche sur le terrain des corrélations entre les pratiques effectives d’enseignement des maitres et les résultats scolaires, selon lui encore largement à défricher. Gageons que l’équipe de chercheurs qui prépare avec Roland Goigoux et l’IFE une large recherche sur ces questions en 2013-2014 aura bien tout le soutien nécessaire pour y parvenir….
Marcel Brun
Le site lecture
Sur le site du Café
|