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Un peu partout en France va se dérouler le 16 septembre la journée nationale du sport scolaire, autour cette année des valeurs de la République. Egalement, au même moment, le ministère de l’éducation nationale lance l’Année du sport, de l’école à l’université. Un beau programme où les feux semblent au vert. Qu’en est-il concrètement ? Effets d’annonce ou véritable politique éducative et sportive ?

La journée nationale du sport scolaire : une réussite visible

Il est évident que cette journée reste chaque année un grand moment de convivialité, d’échanges et de partage. Et pour nos enfants, c’est également un moyen de découvrir ce qu’est l’association sportive, de rencontrer d’autres élèves en s’initiant ou en s’opposant dans plusieurs activités. D’ailleurs, le sport scolaire ce n’est pas que de la compétition. Si la majorité les activités physiques pratiquées sont compétitives, d’autres sont basées sur l’entretien de soi, ou encore sur l’aspect artistique. Alors, faisons le vœu que cette journée qui a pour thème la « Mobilisation autour des valeurs de la République » reste avant tout une réussite.

Quel état peut-on faire aujourd’hui du sport scolaire, spécificité Française ?

Le sport scolaire au sein de l’Union National du Sport Scolaire (UNSS) représente plus d’un million de licenciés en France, avec près de 30 000 professeurs intervenants trois heures au sein de leur service. Notons à ce sujet, que le décret du 7 mai 2014, et la note de service du 28 mai 2014 sont venus consacrer et pérenniser le rôle du sport scolaire comme partie intégrante des missions de l’Etat, et du service public d’éducation. De plus, le prix du forfait pour les licences a été divisé par deux pour les établissements issus de l’éducation prioritaire. Les enseignants d’EPS démontrent localement et quotidiennement leur attachement à cette spécificité française qui permet de proposer l’accès aux activités physiques, sportives et artistiques pour un coût dérisoire (environ 20€).

Un tableau pas si rose ! La question financière toujours au cœur des problématiques

Non, tout ne va pas si bien mais surtout des pistes de progrès existent. En premier lieu, il y a la question du budget. Un grand nombre de collègues consultés nous évoquent les difficultés de boucler leur budget au sein de leur établissement. Ils doivent le plus souvent organiser des lotos, tombolas, vente de calendrier… pour récupérer quelques fonds. En effet, si une majorité des collèges profitent de la logique du « forfait », les lycées notamment professionnels souffrent d’un prix de licence souvent inadapté auquel s’ajoutent des difficultés certaines pour réussir à faire venir les jeunes à un âge où la pratique « institutionnalisée» est de moins en moins recherchée.

Des missions paradoxales

Un autre point important, c’est le paradoxe des missions. En 2012 nous intitulions notre éditorial : « Le sport scolaire est-il efficace ? » l’institution nous demandant alors d’atteindre le chiffre de 2 millions de licenciés. Cette année le thème s’ancre autour des valeurs de la république… Peut-on à la fois doubler le nombre de licenciés tout en garantissant la transmission des valeurs républicaines ?

Il va de soi, qu’il ne suffit pas à un élève d’arbitrer une rencontre, de respecter les règles, de pratiquer du sport pour comprendre les valeurs de notre République. Le vœu de nombreux collègues est de dépasser les slogans, les annonces, le sens commun pour permettre réellement à nos élèves de s’inscrire à long terme dans la pratique des activités physiques sportives et artistiques et leur faire intégrer « modestement » les valeurs de la république.

Année du sport de l’école à l’université

La circulaire du 13/04/2015 officialise l’Année du sport de l’école à l’université et précise le rôle majeur de l’USEP, l’UNSS et la FFSU au sein de ce dispositif. Par la même occasion, elle affiche 4 objectifs et souhaite s’inscrire en partenariat avec les différents acteurs locaux et nationaux et événements internationaux qui se dérouleront dans l’hexagone. Ainsi, une labellisation est mise en place et selon les mots de Najat Vallaud-Belkacem « constitueront l’essence même de cette année » (revue EPS n°366, 2015). Quel apport constituerait cette labellisation ? N’est-ce pas un simple effet d’affichage qui pourrait justifier des événements mondiaux à venir en France ? Quel financement concrètement sur le terrain ?

Politique sportive ou transfert de responsabilité ?

Il convient de questionner la politique sportive actuelle en France. Pour cela, quelques chiffres : 237 millions d’euros sont consacrés au sport au sein du budget du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports (dont 174 millions d’euros pour le haut niveau). En comparaison, le budget du Paris St Germain en Football est de 490 millions d’euros, celui de l’Olympique Lyonnais de 170 millions. Ainsi, ce budget représente moins de 0,15% du budget de l’Etat. Nous sommes en droit de nous poser la question sur la réelle présence d’une politique en matière de sport pour tous à l’heure actuelle. Par conséquent, qui s’occupe réellement de la politique sportive en France ?

Le sport scolaire se définit avant tout localement

Au final, force est de constater que le sport scolaire se définit avant tout localement. Même s’il convient de souligner l’existence de ces dispositifs, il s’agira avant tout, pour les différentes équipes d’essayer de répondre à la demande des élèves ou à l’inverse de créer un besoin en matière d’activité physique. La finalité étant de créer localement une dynamique autour des écoles, des collèges, des lycées, intégrant la politique de la ville, des différents clubs pour permettre de donner du sens à la vie associative.

Antoine Maurice et Benoît Montégut

Journée nationale du sport scolaire

Année du sport de l’école à l’université

Dossier de presse présentation du budget du ministère des sports

Dans la revue EPS