Enfants, parents, enseignants et enseignantes ont fêté joyeusement les dix ans du projet multiculturel d’une école stéphanoise en REP. Pierre Garnier, professeur des écoles à la retraite, nous raconte ces moments de partage dans son billet.
« Rassembler, tisser des liens entre le dedans et le dehors, entre des personnes que rien ne prédispose à partager le même espace est l’objectif de l’École Musée Chappe » résume Jérémy Rousset, directeur de la maternelle et initiateur de cette belle aventure, qui s’est élargie peu à peu à d’autres projets que le seul chapitre street art, riche de 150 œuvres.
Ainsi par exemple, un projet pleinement inscrit dans cette veine ce vendredi matin de fête car qui dit anniversaire dit gâteau : avec la participation de Mehdi Hadj Mébarek. Pâtissier de renommée internationale et ancien élève de l’école, il a accompagné avec beaucoup de précision des élèves de CM2 dans la réalisation de sa recette de cookies aux pépites de chocolat. « Une occasion de transmission de travail et d’émotions dans un autre contexte que la classe » précise Mehdi.
Les parents, eux, ont cuisiné dans des classes des spécialités syriennes, algériennes, marocaines, tunisiennes, sénégalaises, françaises et géorgiennes. Les recettes seront rassemblées dans un livre destiné aux familles, occasion de s’enrichir d’autres cultures.
La prise en considération du multiculturalisme est également souligné par la comédienne Bérénice Ouedraougo, burkinabé d’origine. Pour elle, avoir servi de modèle à la Marianne noire aux cheveux courts représentée sur un mur de l’école par Kouka a une force particulière, car se faire naturaliser française a été un parcours du combattant. « Chacun doit pouvoir se retrouver en tant que Marianne d’après son histoire, pas selon sa couleur de peau. Trouver sa place dans la société et aider les enfants à trouver la leur en les nourrissant culturellement est primordial » souligne-t-elle.
Partager des moments puissants
« Ouvrir l’école sur les battements du monde et encourager les élèves à exercer leur esprit critique en peignant, en chantant, en pensant en historien, en scientifique ou en poète » ajoute Jérémy. Ce qui fait écho à de nombreux projets menés ces dix dernières années.
Place des femmes et des minorités aux USA grâce au travail de Shepard Fairey, parcours de Malala, Kathrine Switzer et Rosa Parks à travers une œuvre de Zabou. Enquête sur le parcours de Marcel Silberberg, un élève de l’école Chappe déporté et gazé à Auschwitz. « Ces élèves auront compris à jamais que l’antisémitisme et le racisme sont des poisons qui peuvent toujours se conjuguer au présent » parie Jérémy. Autre projet historique mené plus récemment autour de la panthéonisation de Mélinée et Missak Manouchian, deux étrangers qui ont contribué à notre passé commun. Poésie avec les Ogres de Barback, Steve Waring ou Ernest Pignon Ernest, chanson avec Dub Inc et Bernard Lavilliers …
Autre souvenir très fort d’un projet scientifique gravé dans les mémoires des enfants, parents et PE : le lancement d’un Space Invader piloté par un Petit Ours Brun en peluche et tenue de cosmonaute, afin d’envoyer une reproduction de Invader dans la stratosphère. Une tête au-dessus des nuages passée avec la contribution de l’astronaute Claudie Haigneré.
Un projet fédérateur
Pas étonnant que Matthieu, un papa d’élève, se dise « fier quand on parle de l’école, quand on raconte les journées du patrimoine, l’ouverture culturelle ». Ni que des élèves comme Inès, Lougin et Manel, se disent joyeuses de vivre ces projets. « Plein d’artistes viennent. On les regarde faire, on partage et on sympathise avec eux. C’est cool ». Donc voir un artiste créer, le côté technique, et échanger avec lui sur sa démarche et sa vision du monde, le côté intellectuel.
Pour Laetitia Bonneville, directrice en élémentaire, « c’est motivant de travailler là, en équipe, en liant élémentaire et maternelle, avec un retour positif des parents ». « On travaille autrement dans des projets qui font sens et motivent les élèves. Ces rencontres incroyables avec des artistes permettent que ça imprime » déclarent d’autres enseignantes, qui soulignent l’importance de donner accès à tous les élèves à la culture, de lutter ainsi contre les inégalités. Chaque projet est présenté par Jérémy. « Vient qui veut, pas du tout, un peu, beaucoup, à la folie. A chaque PE de mesurer où sont ses propres urgences. Un caractère obligatoire tuerait le projet. »
Musique !
Mais il est déjà presque temps de souffler les bougies. Après une visite commentée d’artistes et d’invités par des élèves-guides, la chorale de 400 enfants interprète « les mains d’or » de Bernard Lavilliers, « la baleine bleue » et « saxo cone » de Steve Waring. Un énorme gâteau apparaît et miracle, s’ouvre, laissant s’échapper des grappes de ballons multicolores transportant l’authentique Petit Ours Brun cosmonaute et des Space Invaders. Au milieu des cris de joie, des nuées de gros confettis tombent d’on ne sait où. Il est l’heure de la boum d’anniversaire mixée par des parents dans le square voisin …
Pierre Garnier
