Qui ne connait pas encore le dispositif M@ths en-vie ? Christophe Gilger, enseignant référent pour les usages du numérique, explique ce projet collectif qui vise « à ancrer les mathématiques au réel afin d’améliorer la compréhension en résolution de problèmes ». Les nombreux outils clé en main proposés sur le site et l’application trouveront leur place dans la classe et bien au-delà. Primé au dernier forum du Café pédagogique par le prix de la créativité, Christophe Gilger évoque aussi les nouveaux programmes du cycle 3 qui « renforcent le lien entre mathématiques et maîtrise de la langue, en accordant une place importante à la reformulation, à la verbalisation et à l’argumentation ».
En quoi votre approche proposée est différente pour enseigner les mathématiques ?
De nombreux enseignants constatent une perte de sens de la part de leurs élèves pour cette discipline. C’est une des explications du faible niveau des élèves français selon l’étude PISA ou certains chercheurs comme Stella Baruck. En effet, les situations mathématiques relèvent davantage de la culture scolaire que de la vie réelle pour les élèves. L’enquête TIMSS indique que nos élèves ont des difficultés à entrer dans une situation problème et qu’ils n’entrent pas dans une phase de chercher quand le problème est trop éloigné de ceux qu’ils réalisent d’habitude.
Le dispositif M@ths en-vie vise à ancrer les mathématiques au réel afin d’améliorer la compréhension en résolution de problèmes et à développer la perception des élèves sur les objets mathématiques qui nous entourent.
Nous nous appuyons notamment sur l’utilisation de photos, car elles peuvent faire ce lien entre la réalité vécue, observée et les situations utilisées en classe. Elles constituent des aides pour se représenter le quotidien, première étape avant la construction de l’abstraction. Elles donnent également un appui pour construire le cheminement intellectuel amenant à la compréhension d’une situation.
Ainsi, à travers notre proposition, nous faisons les hypothèses :
– qu’en exerçant les élèves à repérer des situations réelles pouvant faire l’objet d’un investissement mathématique, ils se créent un panel de représentations qu’ils pourront ensuite remobiliser dans d’autres situations similaires ;
– qu’ils construisent l’intérêt d’apprendre les mathématiques parce que cette discipline s’inscrit dans leur réalité de tous les jours ;
– qu’ils mettent du sens afin de mettre en œuvre des procédures de résolution cohérentes.
Quels sont les outils que vous proposez ?
Nous avons conçu de nombreux outils clés en main pour aider les enseignants à mettre en œuvre notre démarche.
Tout d’abord, notre site internet qui mutualise nos propositions pédagogiques, mais également celles des enseignant.e.s qui partagent leurs activités de classe et leurs actions s’inscrivant dans le même esprit. On les retrouvera dans la rubrique Maths en classe.
Au fil des années, nous avons publié avec les éditions Génération5 plusieurs ressources :
– Un classeur avec 34 activités, de la PS au CM2, permettant de mettre en œuvre des séances motivantes afin de donner du sens à de nombreuses notions mathématiques, livré avec un logiciel pour exploiter les photos mathématiques.
– Deux méthodes (cycle 2 et cycle 3) pour un enseignement explicite et structuré de la résolution de problèmes, avec des fichiers élèves du CP au CM2 et un logiciel pour modéliser les problèmes. Cette méthode vise à outiller les élèves afin de questionner mathématiquement les problèmes en vue de leur résolution.
– Des jeux de cartes autour des nombres, des fractions, du vocabulaire géométrique, des mesures… permettant de créer des images mentales.
Ces derniers temps, nous nous investissons pleinement dans trois outils numériques auxquels nous croyons beaucoup, nés d’un besoin et d’une demande des enseignant.e.s :
– Une banque collaborative de problèmes, photo-problèmes, photos mathématiques et énigmes. Riche de plus de 14 000 contributions, elle offre une base de données formidable pour qui veut proposer des problèmes ou photo-problèmes à ses élèves. La banque de photos peut permettre aux enseignant.e.s de construire ses propres situations ou d’illustrer ses documents. Certaines fonctionnalités permettent d’ailleurs de vidéoprojeter et éditer les contenus sous la forme de fiches ou plans de travail.
– Un outil de rituel permettant, chaque jour d’école, de proposer à chaque niveau de sa classe un nouveau problème en lien avec sa progression/programmation.
– « L’atelier des problèmes » qui permet aux élèves de s’entraîner à résoudre des problèmes en toute autonomie, là encore, en lien avec sa propre progression/programmation. L’atelier propose un outil de suivi et des parcours personnalisés pour répondre à la diversité des élèves. Il s’agit d’une offre unique en son genre qui s’appuie sur une banque de plusieurs milliers dénoncés, couvrant une typologie conforme aux nouveaux programmes 2025 avec chaque jour, de nouveaux problèmes proposés par la communauté enseignante ; ce qui veut dire que les problèmes sont le reflet exact de ceux qui sont travaillés en classe. Originalité de cet outil numérique, sa complémentarité avec un usage papier/crayon !
À savoir que l’Atelier des problèmes, bien que déjà fonctionnel, est en plein développement. On peut d’ores et déjà annoncer que de nouveaux modules vont être mis en ligne dans les prochains mois et notamment des jeux de compréhension autour des énoncés.
Pour information, toutes les applications sont financées par notre association. Elles sont mises à disposition gratuitement et accessibles depuis une plateforme dédiée.
Quelques mots sur cette association M@ths en vie ?
L’association M@ths’n Co., née en 2020, tient à réunir toutes celles et tous ceux qui souhaitent soutenir, faire vivre et développer la démarche développée dans le dispositif M@ths en-vie. Elle s’adresse aux enseignants, aux formateurs, aux élèves et aux parents d’élèves. Elle a pour buts de promouvoir l’enseignement des mathématiques sous toutes ses formes, d’encourager, de développer et de diffuser des ressources originales et innovantes, d’organiser des collectifs apprenants et de favoriser le travail collaboratif.
Forte de plus de 260 adhérents, l’association bénéficie du soutien et de l’accompagnement de nos deux membres d’honneur, Charles Torossian, mathématicien, directeur de IH2EF et conseiller spécial auprès du Dgesco pour la mise en œuvre des 21 mesures mathématiques, et Philippe Roederer, inspecteur de l’Éducation nationale de la circonscription de Cluses, expert associé à l’IH2EF. De nombreux projets et actions émanent de ses membres chaque année : propositions d’activités pour la semaine des mathématiques et Noël, création et animation d’un LaboMaths, rencontres mathématiques interdegrés entre élèves, éditions diverses de ressources pédagogiques, participations à de nombreuses rencontres et manifestations (Journées Nationales de l’APEMP, Ludovia, Educatech…), organisations de formations en présentiel ou en distanciel…
À noter que le 28 novembre 2024, notre association M@th’n Co. a obtenu l’agrément national délivré aux associations éducatives complémentaires de l’enseignement public. Il s’agit pour nous d’une belle reconnaissance dont nous sommes très fiers, au regard de toutes les actions que nous développons et que nous impulsons depuis sa création.
De nouvelles idées pour l’an prochain ? Quel bilan faites-vous du forum du Café pédagogique ?
Concernant les perspectives, nous poursuivons notre collaboration avec les éditions Nathan au sein de la collection Tandem Maths à laquelle participent plusieurs de nos adhérents et nous poursuivons le développement de nos applications numériques dont les usages connaissent une forte croissance, preuve qu’ils trouvent peu à peu leur place dans les classes. Nous bénéficions du soutien de l’AFT-RN (Association des Formateurs TICE, Réseau National), de nos éditeurs, de la DRANE et nous l’espérons du Ministère (demande en cours). Cela va nous permettre de développer de nouveaux modules et de nouvelles fonctionnalités, toujours en lien avec le terrain et nos comités pédagogique et scientifique.
Participer au forum du Café Pédagogique est toujours un moment fort. C’est l’occasion de belles rencontres, mais également l’opportunité de découvrir des projets inspirants et ce, dans tous les domaines. Le fait de participer, même ponctuellement (nous avons eu le plaisir d’être sélectionnés à deux reprises), donne le sentiment de contribuer à quelque chose de collectif. Cela peut être motivant de savoir que ce qu’on partage peut être utile à d’autres.
Le forum, c’est une source d’idées concrètes et de dispositifs testés sur le terrain. Activités originales, outils pédagogiques, projets interdisciplinaires, démarches innovantes : les contributions des participants alimentent une pratique professionnelle riche et ancrée dans le réel. Ces apports sont d’autant plus précieux qu’ils s’appuient sur l’expérience quotidienne des enseignants, ce qui les rend immédiatement exploitables en classe.
Quel regard avez-vous sur les nouveaux programmes de maths au cycle 3 ?
D’un point de vue général, les nouveaux programmes ont le mérite d’être plus explicites sur les notions abordées et proposent des exemples de réussite qui sont des repères intéressants pour les enseignants.
Concernant la résolution de problèmes, dans les programmes de 2015, ajustés en 2018, la résolution de problèmes était incluse dans les domaines des mathématiques – nombres et calculs, grandeurs et mesures, espace et géométrie. Malgré la place accordée, elle ne faisait pas l’objet d’une structuration précise dans les repères de progression, ni dans les attendus de fin de cycle.
Dans les nouveaux programmes 2025, la résolution de problèmes devient un domaine à part entière. Elle est désormais présentée et enseignée pour elle-même dans le cadre d’un enseignement explicite et structuré autour d’une typologie définie pour chaque niveau. Ce changement traduit une volonté forte de replacer la résolution de problèmes au cœur des apprentissages en mathématiques. Il ne s’agit plus seulement de résoudre des problèmes pour mobiliser des connaissances acquises et notamment en calculs, mais de construire des compétences à travers une variété de situations, souvent complexes et parfois ouvertes dans le cadre des problèmes de recherche. Cette évolution renforce également le lien entre mathématiques et maîtrise de la langue, en accordant une place importante à la reformulation, à la verbalisation et à l’argumentation.
Si de mon point de vue, cela va dans le bon sens concernant ce domaine, cette évolution des programmes devra s’accompagner d’une formation solide des enseignants du point de vue didactique afin de pouvoir mettre un œuvre de façon efficiente cet enseignement avec leurs élèves.
De notre côté, ces nouveaux programmes nous confortent dans la direction que nous avons prise depuis plusieurs années, en nous appuyant notamment sur les guides Eduscol, dont on retrouve l’esprit.
Propos recueillis par Julien Cabioch
