Le lycée agricole de Précieux s’est transformé, le temps d’une semaine, en véritable village pour accueillir le congrès international de l’ICEM et les militant·es de la pédagogie Freinet. Internat, bivouac, salles de classe, librairie, et même un grand chapiteau ont accueilli dans une effervescence joyeuse des enseignant·es, de la maternelle jusqu’à l’Université, venu·es de toute la France et de plusieurs pays.
La formule alternait des ateliers « suivis » (des ateliers longs sur une même thématique toute la semaine) chaque matin – permettant d’approfondir une thématique comme le français, les pratiques sonores ou la place du corps – et des ateliers « courts » l’après-midi, ouverts à la découverte. Des conférences, expositions et des temps culturels (films, théâtre, bal traditionnel) sont venus compléter ce programme particulièrement riche. Chaque soir, le journal Notre Précieux, rédigé par les participant·es, rendait compte des débats, des imprévus vécus « à la manière Freinet » et de la parole des enfants présents.
Au-delà des échanges de pratiques, le congrès a affirmé une orientation claire : la défense de l’école publique. Dans un contexte de montée en puissance du privé, les congressistes ont réaffirmé l’attachement de la pédagogie Freinet à « l’école du peuple », émancipatrice et populaire. C’est ce qu’explique au Café pédagogique Marie-Ève Collart-Thivillier, membre du comité d’organisation de ce congrès…
Peux-tu te présenter et nous dire quel a été ton rôle dans ce congrès ?
Je m’appelle Marie-Ève Collart-Thivillier, ancienne professeure des écoles et membre de l’ICEM. Depuis un an, je fais partie du groupe d’organisation du congrès qui favorise un mode d’autogestion durant la semaine … mais qui se pense bien en amont. C’est pourquoi depuis 1 an, plusieurs commissions se sont créées pour répartir les tâches : inscriptions, stands, ateliers… C’est un travail collectif de longue haleine.
Alors quelles ont été les grandes nouveautés de cette édition 2025 ?
Cette année, nous avons décidé de mettre en place des ateliers suivis, sur le long terme. Chaque matin, les participant·es choisissaient un atelier et le retrouvaient quatre jours de suite. Cela permet d’approfondir, de construire du commun. L’après-midi, les ateliers courts restaient très nombreux et dans une grande diversité, chacun·e pouvant en choisir 2 parmi les choix proposés. Et puis il y avait aussi des conférences, des temps festifs et culturels : projections de films, balades, théâtre, bal traditionnel… sans oublier les moments conviviaux autour des apéros, où chacun·e a pu apporter par exemple des produits de sa région.
Y a-t-il eu un fil rouge ou une thématique particulière cette année ?
Un thème central s’est imposé : la défense de l’école publique. Dans la grande famille des mouvements pédagogiques, de l’éducation nouvelle, tout le monde ne mise pas forcément sur l’école publique. La pédagogie Freinet oui. Elle s’inscrit au cœur du service public, dans l’institution que Freinet appelait « l’école du peuple ». Nous défendons cette orientation qui devient un véritable combat, plus que jamais d’actualité, lorsque l’on voit l’offensive que fait le privé, sur fond d’évitement scolaire. La progression du privé a de quoi nous inquiéter. A Paris par exemple, on va finir par arriver à une situation où la moitié des élèves seront à court ou moyen terme scolarisés dans le privé. C’est une tendance alarmante qui nous place dans une posture défensive et offensive, et qui signe ce congrès.
Sur le terrain, pendant toute l’année, quels sont les principaux obstacles que rencontrent les militant·es de l’ICEM ?
Clairement nous manquons de soutien institutionnel. Les militant·es Freinet, que nous considérons comme de véritables enseignant·es-chercheur·ses, peinent de plus en plus à se réunir. Par exemple iels se voient de plus en plus souvent refuser des autorisations d’absence pour participer à nos stages. Et cela même lorsque ces stages sont co-organisés avec des syndicats et reconnus comme un droit pour les enseignant·es. Face à la pénurie de professeur·es, iels sont de moins en moins nombreux·ses à accepter de laisser leurs classes sans remplaçants pour participer à des regroupements. On peut l’interpréter comme le signe d’un manque de reconnaissance de notre mouvement par l’éducation nationale.
Et après ce congrès, est-ce que vous vous projetez déjà dans la suite ?
Un congrès, c’est quinze mois de préparation, et ça continue après. Donc oui il faut anticiper car c’est une fois tous les deux ans en France, une fois tous les deux ans dans un autre pays. Nous pensons déjà au prochain rendez-vous national en 2027 bien entendu. Pourcieux me semble un bon endroit en plus. Et puisque le mouvement est international, nous avons une commission internationale qui y travaille aussi. Après le Mexique en 2024, ce sera la Pologne en 2026 pour le congrès mondial. La formule de Célestin Freinet : « Au travail, camarades ! » reste notre boussole !
Frédéric Grimaud
