Quelle sera la juste place pour les communs numériques ? Ecran, IA, livres numériques, geste enseignant : les sujets ne manquent pas pour la DNE. Son directeur Audran Le Baron fait le point sur les priorités ministérielles. D’autres sujets comme la place des éditeurs de manuels scolaires sont aussi évoqués au salon Educatech Expo où de nombreuses startups étaient présentes. « Le côté foisonnant est très positif mais a son lot de déperdition d’énergie », note le directeur.
Quel avenir pour la diversité éditoriale ?
Nous sommes désormais à mi-parcours de « la stratégie du numérique pour l’éducation 2023-2027 ». Une mise à jour est annoncée au salon de l’éducation « pour tenir compte des transformations rapides du paysage éducatif, technologique et sociétal », indique Audran Le Baron, directeur de la DNE (direction du numérique pour l’éducation) depuis 2021. « Le côté foisonnant est très positif mais a son lot de déperdition d’énergie ».
La DNE a fait le choix de mettre en avant des communs numériques. Par exemple, la plateforme d’apprentissage Eléa devrait continuer à tisser sa toile sur les ENT de l’Education nationale. « Nous sommes fiers de la progression de nos communs numériques ». Capytale, Nuage, Visio-Agents sont notamment cités.
« Nous nous étonnons qu’il y ait des stratégies locales qui vont à rebours de la stratégie nationale », s’agace Delphine Dourlet, présidente de l’association des éditeurs, qui évoque le passage au 100% numérique en région Ile-de-France. « Ceci se fait au détriment de la diversité éditoriale ». Les éditeurs attendant « une gouvernance partagée notamment sur le cap, les normes et les standards ». Une réflexion sur l’interopérabilité dans la durée est demandée tout en laissant « une libre concurrence du marché éducatif ». Est-ce possible ? Quand on sait que beaucoup de solutions et de ressources de la BRNE (banques de ressources numériques éducatives) mises en place il y a 10 avec des marchés publics, ne sont qu’en partie accessibles par les enseignant.es. aujourd’hui. En attendant, chez Pearltrees, on espère que le choix de la région Ile-de-France fera tache d’huile dans d’autres régions…
Et les profs dans tout cela ?
Jean-Marie Bienfait, chef de service informatisation des collèges dans les Bouches du Rhône est le premier à parler de « liberté pédagogique » notamment pour le choix des ressources éducatives. Il appelle toutefois à « une gouvernance resserrée pour plus d’efficacité ».
Des incohérences sont parfois notables. Par exemple, le réseau du privé sous contrat n’est pas forcément associé au GAR (gestionnaire d’accès aux ressources). Entre le privé qui souhaite garder la main et avoir ses propres ENT, et la DNE qui ne souhaite pas diffuser les ressources ministérielles sur d’autres plateformes, c’est le serpent qui se mord la queue ! Ainsi une grande partie des lycées privés sous contrat n’ont pas accès à MIA seconde.
Vers une opposabilité de la doctrine technique
Du côté de l’Afinef, la notion de STIAM (Sciences, Technologies, Ingénierie, Arts et Mathématiques) est désormais attendue dans les documents stratégiques. Les industriels du numérique éducatif par la voix d’Emilie Pesce, entendent bien proposer « des solutions de la maternelle au lycée. Pour la maternelle, il est possible de coder sans écrans et d’utiliser des robots. Ce sont des petites graines pour la suite ! », note la déléguée générale. « Il faut raisonner par usage et non par écran. On ne peut pas avoir un discours trop généraliste sur ce sujet », indique Audran Le Baron qui renvoie au « dépliant sur les repères d’usage de 0 à 18 ans ».
Du côté des régions, la satisfaction est visible. « On est ravi. Nous sommes écoutés ! », lance Alexandra Maillet, chargée de mission numérique éducatif pour la région grand Est. En effet, une avancée est dans les tuyaux en ce qui concerne l’opposabilité de la doctrine technique. « La doctrine technique exprime les exigences attendues pour les fournisseurs de services numériques éducatifs et renvoie à trois référentiels dédiés aux exigences d’interopérabilité, de sécurité, de numérique responsable et qui ont vocation à devenir opposables par voie législative », peut-on lire ici. Un décret à ce sujet est toujours en attente du côté de Matignon.
IA et Education : quel avenir ?
Chez les éditeurs classiques, Delphine Dourlet se montre sceptique sur « la qualité des ressources » produites par l’IA. « La diversité des ressources ainsi que leur qualité territoriale sont des choses importantes. Il ne faut pas désinvestir l’éducation ». L’éditrice plaide pour une « hydratation papier-numérique ».
Audran Le Baron prône un discours nuancé sur les usages de IA. « Quand on utilise l’IA, il faut le dire. Il faut le faire quand il y a une vraie plus value. S’il y a une alternative moins couteuse énergétiquement, il faut la privilégier ».
L’importance de l’éducation aux médias et à l’information (EMI) est revenue lors de la conférence. Pourtant le CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), précisément chargé de l’EMI dans l’ensemble du système éducatif français, n’est pas visible dans les allées du salon cette année. De la même manière, le réseau Canopé, qui fait face à des restrictions budgétaires actuellement, n’était pas du tout visible au salon. Seule la DNE était représentée au stand ministériel plutôt très réduit cette année.
Quels investissements pour faire face aux ingérences ?
Concernant la citoyenneté numérique et les ingérences étrangères, le directeur de la DNE affirme : « On a insisté pour que les suites collaboratives des écoles, collèges et lycée soient maîtrisées et souveraines. Les données de nos élèves sont politiquement sensibles ». Pourtant, les établissements privés sous contrat et l’enseignement supérieur public utilisent massivement les suites Google ou Microsoft avec leurs enseignant.es et leurs élèves. Pendant ce temps, la région des Hauts-de-France fait toujours face à un vaste problème informatique suite à une récente attaque de son réseau des lycées. « La protection des ENT a un certain coût pour faire face à différentes attaques. Il faut investir en permanence », nous confie un expert du sujet présent au salon.
La stratégie mise à jour est attendue officiellement au CSE (conseil supérieur de l’éducation) du 4 décembre.
Djéhanne Gani
Ordinateurs des lycées des Hauts-de-France : toujours des problèmes après la cyberattaque
