On trouvera les référentiels auxquels il est fait allusion en ligne. Les référentiels de l’éducation nationale concernant le numérique sont rassemblés ici. Cette page web précise que « le ministère structure et harmonise leurs usages via des référentiels stratégiques, conçus avec les collectivités et acteurs du numérique. »
Les trois piliers du décret
L’importance de ce décret tient à ces trois termes : sécurité, accessibilité et interopérabilité. Ces termes sont-ils un signal d’une prise de conscience du ministère ? On peut le penser quand on connaît un peu les systèmes informatiques de l’Education Nationale et les questions qu’ils posent aux usagers.
La sécurité est bien sûr un point majeur de tout développement qui concerne en particulier les jeunes, mineurs, sous la responsabilité de l’Education Nationale. L’accessibilité est autant une affaire de mise à disposition des outils que de leur ergonomie (question de l’expérience utilisateur en particulier). Quant aux accès pour les personnes ayant des déficits et handicaps divers, il va de soi que c’est incontournable (en particulier depuis la loi de 2005), mais on sait que sa mise en application suppose un travail constant des concepteurs de ces produits.
Enfin l’interopérabilité est globalement un impensé en particulier pour les utilisateurs, mais aussi une réticence pour les concepteurs (cf. les problèmes de certains logiciels de vie scolaire qui bloquaient ou limitaient les accès externes). Et pourtant celle-ci devrait faciliter l’ensemble des processus de traitement des informations ne serait-ce qu’au niveau de l’établissement, mais bien sûr aussi au niveau de l’institution scolaire. Derrière les mots, il faudra voir la réalité de mise en œuvre (et son contrôle) puisque le texte prévoit un délai minimal de 10 mois pour une mise en conformité. Tout cela suppose un travail important à mener ainsi que des financements appropriés à ce travail.
Les référentiels
Cadre de travail, les référentiels sont autant de repères pour développer des outils au service du système éducatif et surtout pour les harmoniser (Accessibles ici : https://www.education.gouv.fr/les-referentiels-450069). Certains de ces documents ne sont pas nouveaux, mais actualisés. Le schéma directeur des espaces numériques de travail -SDET- s’est progressivement mis en place.
Rappelons ici que l’institutionnalisation des Environnements Numériques de Travail date de 1983 et qu’il faut presque vingt années pour que l’on parvienne à une possible harmonisation. Pour cela il faut s’intéresser à ce document « Répartition des compétences en matière de numérique pour l’éducation Etat – Collectivités territoriales » (RACI). Cette fameuse répartition (le détail à l’adresse indiquée précédemment) montre bien les difficultés que les textes actuels provoquent, en particulier en matière d’interopérabilité.
Une direction du numérique éducatif (DNE) en évolution
Depuis la création de la DNE et la mise en place de ses personnels de direction, une forme d’alternance entre des axes techniques et des axes pédagogiques semble avoir été priorisée. On constate que l’équipe en place a plutôt une approche technique, et parfois aussi politique. Mais l’impact sur le système scolaire se porte davantage vers les infrastructures locales, académiques et nationales que vers les pratiques enseignantes. L’idée même de « cadre » est significatif de ces choix politiques qui entendent contraindre davantage les acteurs que de les amener à développer des axes éducatifs. On peut d’ailleurs comparer cela avec ce qui se fait au Québec, en particulier sur la dimension éthique (entre autres).
Ces textes marquent aussi le mandat du Directeur de la DNE, Audran le Baron, qui après 4 années et demi passées à la tête de cette direction, présente ainsi une forme de synthèse cohérente du domaine de ce qui environne le fonctionnement du numérique au service des établissements scolaires (est-ce une sorte de testament professionnel ?). La page de ces référentiels illustre bien la forme de sa gouvernance de la Direction du Numérique Educatif qui n’aborde pas la dimension pédagogique, didactique et éducative du numérique, mais davantage l’encadrement technique de l’action du système éducatif, et la nécessité d’harmoniser les pratiques, trop disparates jusqu’à présent.
Les collectivités territoriales mises à contribution, oui mais comment ?
Comme nous l’avons à plusieurs reprises observé au cours des années précédentes, le partage des responsabilités et des financements reste toujours une question vive. D’autant plus que le référentiel basé sur le RACI, s’il inventorie les quatre niveaux d’intervention, reste très en retrait sur les véritables prises de décision.
Le modèle de gouvernance du numérique éducatif au niveau national et local tend plutôt à favoriser la coopération, la coordination. Mais n’oublions pas que, pour ce qui est des enseignements eux-mêmes c’est le national qui reste le pilote et le fonctionnement général est presque toujours descendant. Quant aux collectivités, elles ont souvent le sentiment d’être mise en devoir de financer des décisions prises « ailleurs ». Sont-elles prises entre le marteau (l’institution nationale) et l’enclume (les établissements scolaires) ?
A suivre
Bruno Devauchelle
