Un des dispositifs les plus contestés de la réforme
Instauré par la réforme de la voie professionnelle présentée en mai 2023, le « parcours différencié » de fin de terminale Bac pro – dit « parcours Y » – devait mieux préparer les élèves soit à la poursuite d’études supérieures, soit à l’insertion professionnelle. Dans les faits, il est rapidement apparu comme l’un des dispositifs les plus contestés de la réforme.
Dans un communiqué publié le 12 janvier 2026, le SNETAA-FO, syndicat majoritaire de l’enseignement professionnel, se félicite de l’abrogation possible du « parcours Y » : la décision pourrait être officialisée dès le mois prochain.
Une réforme imposée, une année scolaire désorganisée
Sur le terrain, l’expérimentation menée en juin 2025 a confirmé les craintes exprimées dès l’origine. Année scolaire écourtée, jusqu’à 70 heures d’enseignement en moins, examens avancés au mois de mai, contrôles en cours de formation anticipés : la réforme a profondément désorganisé les établissements. À cela s’est ajouté un fort absentéisme des élèves en fin d’année.
Le parcours Y, censé individualiser les trajectoires, proposait en fin de terminale deux options : un module de préparation à l’enseignement supérieur ou une période de formation en milieu professionnel (PFMP). Mais la gratification versée aux élèves en stage – 100 euros par semaine – a largement orienté les choix vers l’insertion professionnelle, vidant le dispositif de son sens.
Dans les établissements, les témoignages sont sévères. Dans le Tarn, un enseignant résumait dans le Café pédagogique : « L’année se termine pour mes élèves en février ! », déplorant des modules vides, des élèves absents, des équipes pédagogiques désorientées : le constat est largement partagé.
Des ajustements insuffisants
Face aux remontées du terrain et à la mobilisation syndicale, le ministère a réduit la durée du parcours différencié de six à quatre semaines et acté une personnalisation des parcours tout au long de l’année scolaire. Ces changements ont été entérinés par l’arrêté du 27 octobre 2025 et une note de service publiée au Bulletin officiel le 18 décembre 2025. Les examens sont désormais fixés à la fin du mois de mai.
Pour les organisations syndicales, ces aménagements ne suffisent pas. « Les constats objectifs imposent de rétablir les examens mi-juin et d’abroger le parcours personnalisé », souligne une déclaration intersyndicale du 8 janvier 2026 : « C’est précisément le principe de la réforme de la terminale Bac pro qui désorganise fortement les établissements et dégrade la scolarité des élèves comme les conditions de travail des personnels. »
Une réforme de trop
Depuis 2017, la voie professionnelle a connu plusieurs réformes successives : baisse des heures d’enseignement général, allongement des périodes de stage, transformation des contenus. « Depuis huit ans, les réformes s’enchaînent sans état des lieux partagé avec les organisations représentatives », dénoncent les syndicats, qui parlent de démantèlement du lycée professionnel.
Le « parcours Y », mesure phare de la dernière réforme voulue par le Président de la République, pourrait ainsi devenir le symbole d’une politique éducative du « faire mieux avec moins » – et d’un échec reconnu jusque dans les instances ministérielles.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique
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