Absences longues, remplacements et contrats courts
Mère isolée de trois enfants, cette enseignante suppléante voit son contrat rompu par le rectorat juste avant les vacances scolaires de décembre 2025. Elle était à temps plein auparavant. Cette décision administrative est brutale et la plonge dans une instabilité financière. Elle ne bénéficie pas de droits complets au chômage. La réponse qui lui est faite au rectorat est : « Vous aurez le RSA ! ».
Depuis plus d’un an et demi, elle enchaîne les contrats courts. Comme beaucoup d’autres professeurs contractuels, elle est recrutée en septembre pour remplacer une professeure absente, d’abord à 80 %, puis à temps plein jusqu’aux vacances de décembre. Pourtant, fin décembre, on lui annonce la fin du contrat. Elle n’est donc pas rémunérée pendant les vacances.
Des contrats qui s’interrompent durant les vacances scolaires
La situation n’a rien d’isolé. Les contrats débutent et s’arrêtent au gré des besoins, souvent calés sur le calendrier scolaire, sans rémunération pendant les vacances. Les revenus deviennent imprévisibles. Pour cette enseignante ils s’élevaient environ à 2 000 euros nets pour septembre et octobre réunis, mais elle n’a touché que 364,80 euros en novembre, 1 248 euros en décembre. Une prime de précarité de 383 euros vient ponctuellement compenser, sans résoudre le fond du problème. En janvier, son contrat reprend jusqu’aux vacances scolaires de février, avec la perspective de terminer le mois sans aucun revenu.
Des droits au chômage qui baissent
Les droits au chômage, eux aussi, fondent. Là où elle percevait auparavant environ 45 euros par jour, elle n’en touche plus que 31 pour les jours non travaillés, soit un maximum mensuel d’environ 954 euros, assorti de sept jours de carence à chaque ouverture de droits. Pour cette raison, en décembre, pour quinze jours, elle ne perçoit que 192 euros. Une somme dérisoire face aux charges d’une mère de famille : cantine scolaire, essence, factures courantes. À tel point qu’elle s’interroge : travailler vaut-il encore le coup ?
Précarité et violence institutionnelle
À cette précarité matérielle s’ajoute une violence institutionnelle. Elle est contactée par une entreprise mandatée par Pôle emploi pour lui « trouver un emploi stable », tout en la culpabilisant : « Vous êtes au chômage ». Quand elle répond qu’elle est professeure, la réponse est « Vous n’êtes pas la seule ».
« Je veux bien travailler, mais on a besoin d’aide », résume-t-elle. Fin janvier, l’angoisse monte : « Les factures tombent, mes réserves fondent, ça ne va pas aller ». Une lettre a été adressée à la rectrice. « C’est nouveau, je n’ai jamais vu ça », écrit-elle.
Derrière cette situation individuelle, c’est toute une logique de contractualisation qui interroge et la gestion à court terme des ressources humaines. Ce sont des économies réalisées au détriment des personnels… et, in fine, des élèves. Car comment garantir la continuité pédagogique et la qualité de l’enseignement lorsque ceux qui le dispensent vivent dans une telle insécurité ?
Djéhanne Gani
