Qu’est-ce qu’une « murder party » ?
Dans une murder party, il s’agit d’élucider un meurtre en entrant en interaction avec les autres joueurs, à la manière d’un jeu de rôle. Pour cela, il est nécessaire de faire preuve d’imagination et de créativité pour entrer dans la peau d’un personnage, mais aussi récolter les indices pour démasquer le coupable. L’objectif de chaque joueur est également de dissimuler aux autres son propre mobile car tous ont une bonne raison de commettre l’assassinat. Mais seul l’un d’entre eux est passé à l’acte et il a de réelles façon de l’avoir fait ! La murder party est un jeu de rôle très en vogue dans l’univers des jeux commerciaux. Il s’agit aussi d’un jeu immersif que l’on peut enrichir de décor, de musique, voire même de repas ! En milieu scolaire, elle peut être adaptée à toutes les disciplines et à tous les niveaux scolaires.
Vous avez adopté ce dispositif de jeu de rôle et d’enquête policière à l’occasion d’un voyage à Nîmes avec un groupe de latinistes de 4e et 3e : quel en était le scénario ?
En voici le point de départ : « Nous sommes en l’an 27 avant Jésus Christ dans le sud de la Gaule, en pleine campagne, non loin de Nemausus (Nîmes). Le grand Octavius, le richissime propriétaire d’un vignoble réputé, organise une grande soirée à l’occasion de la fête de la Saturnalia, dans sa villa urbana… Mais voilà qu’au cours de la soirée, le grand Octavius est retrouvé inerte. Quelqu’un semble avoir réglé ses comptes… ! »
Ce voyage était organisé sur le thème du monde romain du sud de la France (visite d’Orange, de Nîmes, d’Arles, du Pont du Gard, du site archéologique d’Ambrussum…). Durant une soirée, les élèves ont été invités à se costumer en fonction du personnage qui leur était attribué. Des objets antiques, des grappes de raisin, des nappes blanches ont été installés pour « la Saturnalia ». Une musique d’ambiance a permis de s’immerger dans l’univers romain. Enfin, un traiteur spécialisé dans l’archéologie culinaire a proposé aux élèves un menu antique.
Comment se déroule le jeu ?
Quelque temps avant le jeu, le maître du jeu fournit à chacun des joueurs sa fiche « Personnage ». Cette fiche doit permettre de comprendre le rôle qu’il devra interpréter. Les joueurs peuvent ainsi anticiper leurs costumes et accessoires s’ils le souhaitent. Il est très important qu’aucun joueur ne divulgue son identité avant la partie de jeu. Sur la fiche « Personnage » figurent des informations qui permettent de cerner les caractéristiques, les attitudes, les alliés et ennemis, ainsi que l’histoire du personnage interprété. Le jour prévu pour le jeu, les joueurs se rassemblent autour d’une table pour discuter de la situation et identifier qui parmi eux est le coupable.
Par-delà les plaisirs du jeu et de l’immersion dans la Rome antique, quels profits les élèves vous semblent-ils avoir tirés de l’expérience ?
Le dispositif de la murder party est intéressant sur la dynamique de groupe, la cohésion, mais aussi et surtout sur le croisement et les interférences entre les différentes informations détenues par les joueurs. On est donc clairement dans l’Education aux Médias et à l’Information et dans les compétences psycho-sociales des élèves. Si les joueurs ne collaborent pas et ne délivrent pas les bonnes informations aux autres, ils ne peuvent identifier celui qui ment.
Le dispositif vous semble-t-il transférable ? Quels conseils donneriez-vous aux collègues que l’aventure tenterait ?
D’après moi, le dispositif est transférable dans toutes les disciplines et à tous les niveaux scolaires. Il suffit d’adapter le niveau de difficulté et d’imaginer un scénario précis lié aux objectifs pédagogiques. La construction du projet est très chronophage mais les élèves sont bien souvent passionnés par les jeux de rôle du type « Loups-Garous » ou par des émissions comme « Les Traitres » : c’est donc un bon moyen de profiter de leur motivation en surfant sur ce phénomène de mode. Par ailleurs, les compétences développées, notamment en Education aux Médias et à l’Information, sont bien souvent portées par le numérique en enseignement « classique ». Cette méthode permet d’aborder des concepts liés à la simple communication de façon éloignée des écrans.
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
Le livret d’accompagnement du jeu
Sur le site Documentation de l’académie de Besançon
