Premier quatrain de Rimbaud : « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; / Mon paletot aussi devenait idéal ; / J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; / Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! »
Premières consignes, affichées au tableau : « Vous expliquez que vous partez à l’aventure. Votre phrase insiste sur votre dénuement. » ; « Vous rappelez que vous êtes habité par un élan de création poétique. » ; « Vous précisez que vous attendez beaucoup de cette fuite en utilisant une interjection enfantine. » ; « Vous précisez un détail cocasse sur votre habillement. » ; « Vous vous comparez à un personnage de conte de fée. »…
Après la phase de rédaction et de partage oral, la lecture du poème de Rimbaud amène à identifier d’où viennent les consignes d’écriture et pour certains élèves à se féliciter de leurs trouvailles rimbaldiennes.
La textée se transforme même en prompt pour une IA et à un exercice de comparaison instructif : « On leur propose de comparer en détail les choix du poète et la proposition de l’I.A. sur le passage suivant : « les poings dans mes poches crevées » VS « sans rien, si ce n’est quelques miettes de rêves dans mes poches ». L’exercice permet de faire assez vite émerger la profondeur du texte rimbaldien, sa complexité, et, surtout la distance qu’il y prend avec les lieux communs et les expressions toutes faites. Les formules de Rimbaud sont plus surprenantes (les « poings » au lieu des mains ; « crevées » au lieu de trouées) et nous amènent vers l’idée de révolte, soulignent l’arrachement que constitue paradoxalement pour lui la fugue pourtant si attractive. On conclut sur l’idée que la poésie est toujours aussi une émancipation vis à vis du langage ordinaire, qu’elle emmène la langue ailleurs. »
L’exercice, transférable, favorise l’engagement des élèves dans l’écriture comme dans l’explication linéaire à venir : « Ce travail d’écriture préalable et les échanges menés sur leurs productions et celle de l’I.A., toujours confrontés au poème ont largement déblayé le terrain. Les élèves sont capables de faire rapidement de nombreuses remarques pertinentes. » Jusqu’au point d’inviter les élèves à produire des consignes de textées sur d’autres poèmes du recueil ?
Jean-Michel Le Baut
Sur le site Lettres de l’académie de Toulouse
