Quel est votre parcours ?
Après une formation littéraire, j’ai passé le concours en 2000. En 25 ans d’enseignement, j’ai longtemps travaillé en zep et croisé tous les niveaux, de la petite section de maternelle au cm2, une classe dans laquelle je me plais depuis une dizaine d’années maintenant. Cela me permet de faire évoluer mes projets, autour de quelques centres d’intérêt plus développés : le travail en histoire autour des archives, la littérature et les maths. Je fais partie du comité de rédaction de la revue mathémaTICE, pour laquelle j’écris des articles autour de mes expériences pédagogiques en classe.
Enseigner à l’école primaire en 2026, comment présenteriez-vous le métier à celles et ceux qui se préparent à entrer dans le métier ?
On n’arrive pas là par hasard : c’est un métier qu’il faut avoir choisi, et une mission éducative dont il faut se sentir investi. Les enjeux sont essentiels, et la tâche au quotidien est multiple et difficile. On travaille avant la classe, pendant, après. On travaille avec les enfants, avec leurs parents, avec les collègues et tous les partenaires de la communauté éducative. Il faut savoir se former, se remettre en question, s’adapter, mais ces difficultés sont ce qui fait le sel du métier. Je dirais aux futur.e.s collègues que l’école a besoin d’eux.elles pour offrir aux enfants des outils de compréhension pour le monde complexe qui les attend et pour les aider à y trouver leur place.
Quelles motivations et plaisirs avez-vous dans le métier de professeure des écoles ?
Les années passant, je n’ai jamais eu l’impression de faire la même chose. Les enfants sont toujours différents, je vais toujours à leur rencontre avec la même curiosité et le même désir de travailler avec eux.
Le travail de terrain, en classe et dans l’échange, c’est le cœur du métier. Mais j’aime auparavant préparer mes projets, y réfléchir longtemps, continuer à apprendre, à me former, à imaginer et créer ce que je vais pouvoir expérimenter avec mes élèves. Après coup, j’aime aussi le temps d’analyse et de réflexion, c’est ce qui me fait progresser : je ne m’ennuie jamais. Il y a toujours quelque chose à repenser, à améliorer, à inventer.
Le plaisir, c’est celui de sentir les enfants grandir et prendre confiance en eux en même temps qu’ils prennent goût à l’effort et à la réussite. Nous ne sommes qu’un moment dans leur vie et leur scolarité, mais j’aime aussi les voir s’en aller, continuer leur chemin, et me dire que ce que nous avons partagé a contribué à les construire.
Des difficultés ?
Des difficultés, il y en a : les journées ne font que 24h ! S’adapter aux successions de nouveaux programmes, penser à différencier pour les enfants à « besoins particuliers » et se plier aux exigences de l’inclusion avec des moyens pas toujours adaptés par exemple.
Qu’est-ce qui a changé selon vous depuis vos débuts ?
Les enfants sont toujours des enfants, mais ils évoluent dans un monde qui change, qui va plus vite , ils n’ont plus les mêmes outils ni les mêmes habitudes, ni le même rapport à l’écrit et au langage, et on ne peut plus enseigner comme il y a 25 ans. Il faut résister à la facilité d’alléger les contenus face aux difficultés et trouver de nouvelles façons de les capter, de maintenir leur attention, tout en conservant une exigence d’excellence. D’autres enjeux ont émergé dont on a heureusement pris conscience : l’égalité filles-garçons, la question du harcèlement, la formation à l’esprit critique, plus que jamais nécessaire.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
