Un argument démographique contesté
Le ministre de l’Éducation nationale avait justifié ces mesures en janvier en invoquant une baisse démographique, marquée par un recul de 1,7 % du nombre d’élèves à la rentrée 2025, soit 106 900 élèves de moins qu’en 2024. Une note de la Depp vient d’être publiée pour appuyer ces propos.
Toutefois, cet argument démographique est vivement contesté par les syndicats, qui estiment qu’il ne correspond pas aux réalités du terrain. Ils dénoncent un budget 2026 dégradant les conditions de travail et appellent à un changement de cap, avec des recrutements et des revalorisations salariales à partir de 2027.
Des situations locales révélatrices
Pour appuyer leurs critiques, les organisations syndicales mettent en avant plusieurs exemples locaux. À Lille, les collèges du Nord perdent 87 équivalents temps plein, alors même que les effectifs ont augmenté entre 2017 et 2020, les établissements les plus défavorisés étant les plus touchés. En Normandie, malgré 15 élèves supplémentaires dans les lycées généraux, 25 postes sont supprimés. Les syndicats soulignent par ailleurs que les effectifs réels dépassent régulièrement les prévisions, avec 300 élèves de plus qu’attendu à la rentrée 2025.
Dans de nombreux territoires, les annonces de fermetures de classes alimentent la colère. En Mayenne, 25 classes doivent fermer dans les écoles publiques, accompagnées de neuf suppressions de postes. Dans l’académie de Nantes, 136 suppressions de postes sont prévues.
La Seine-Saint-Denis, symbole des tensions
La situation de la Seine-Saint-Denis cristallise particulièrement les inquiétudes. Une intersyndicale y réclame un plan d’urgence, dénonçant un territoire sous-doté avec près de 30 % de dépenses en moins par élève que la moyenne nationale. Elle évoque 256 fermetures de classes et un manque de 25 postes dans les collèges. Le SNUipp-FSU 93 dénonce « Une saignée inacceptable pour les écoles de Seine-Saint-Denis. 67 suppressions de postes et 296 fermetures de classes pour seulement 115 ouvertures. Derrière ces chiffres, ce sont des classes plus chargées, des conditions d’apprentissage dégradées pour les élèves et des conditions de travail toujours plus difficiles pour les personnels. »
Dans les collèges du département, la hausse démographique se confirme avec près de 600 élèves supplémentaires attendus. Une augmentation qui, selon les syndicats, aurait nécessité la création d’environ 35 postes. Or, n’en sont prévus que 9 à ce stade. « La hausse démographique n’est pas compensée par une augmentation des moyens correspondante », dénoncent-ils.
Une colère qui s’étend
Dans le même sens, le SNUDI-FO 53 dénonce une situation devenue « intolérable » : « Nous ne supportons plus les fermetures de classes, les absences non remplacées, les postes supprimés et une inclusion scolaire sans moyens. Les effectifs explosent dans trop d’écoles. » Partout en France, ces situations nourrissent une mobilisation d’ampleur autour d’une revendication commune : obtenir davantage de moyens pour l’école publique. A Paris aussi, la mobilisation est grande comme au collège Gambetta du 20e arrondissement où 97% des professeurs étaient grévistes mardi 7 avril. Le lendemain, c’était « opération collège désert ».
La baisse démographique pour baisser les effectifs par classe
Les syndicats avancent une autre lecture de la baisse du nombre d’élèves. Selon eux, cette évolution pourrait être mise à profit pour réduire les effectifs par classe et se rapprocher de la moyenne des pays de l’OCDE, fixée à 19 élèves dans le premier degré. Ils estiment au contraire que les choix actuels produisent l’effet inverse et contribuent à aggraver les inégalités sociales et scolaires.
Un enjeu budgétaire et politique
Au-delà de la contestation immédiate, les organisations syndicales entendent peser sur les orientations budgétaires à venir. Elles appellent à un investissement massif dans l’éducation et préviennent que, sans inflexion rapide, les décisions actuelles risquent d’aggraver durablement les difficultés du système scolaire.
Djéhanne Gani
Dans Le Café pédagogique
Marseille, une mobilisation en demi-teinte, malgré un fort mécontentement.
