Une mobilisation qui s’installe dans la durée
« La lutte et le combat sont devenus des aspects de notre professionnalisme. » En Seine-Saint-Denis, la formule circule désormais largement dans les salles des professeurs comme dans les cortèges. Après une mobilisation importante le 17 février, puis une journée de grève très suivie le 31 mars — avec près d’un.e professeur.e des écoles sur deux mobilisé.e selon les syndicats — la contestation se poursuit ce mardi 7 avril, à l’occasion du comité social d’administration consacré à la carte scolaire, réuni à Bobigny. À l’appel d’une intersyndicale réunissant la FSU, la CGT, SUD et la CNT, avec le soutien de la FCPE, enseignants, personnels et parents dénoncent un projet de rentrée 2026 qu’ils jugent « brutal » et « inacceptable ».
Des fermetures de classes « jamais vues »
« On n’a jamais vu un plan de fermetures aussi massif », alerte Louise Paternoster, de la CGT Éduc’action 93. « Le moratoire a volé en éclats. » Dans le premier degré, la colère se cristallise autour des fermetures de classes : près de 300 sont annoncées dans le département. Ces suppressions de postes et fermetures de classe interviennent dans un territoire déjà marqué par des conditions d’enseignement dégradées, rappelle l’intersyndicale.
« L’État organise l’échec scolaire » s’insurge Louise Paternoster, pointant notamment des résultats parmi les plus faibles de France hexagonale, qu’elle relie directement au manque de moyens structurel.
« Un rattrapage immense pour nos élèves »
Au cœur des revendications, il y a la question des inégalités territoriales. Les organisations syndicales évoquent un écart de l’ordre de 30 % en matière de moyens et de conditions d’apprentissage. « Ce chiffre renseigne une situation de discrimination territoriale », insistent-elles. « On a besoin d’un rattrapage immense pour nos élèves. »
Une exigence ancienne, déjà portée lors de mobilisations précédentes, mais qui, selon les personnels, n’a toujours pas trouvé de réponse à la hauteur. « Ce qui n’a pas changé depuis 2024, c’est notre détermination », souligne la représentante de la CGT 93, ajoutant « an sait que rien ne sera offert sur un plateau ».
Une rentrée « catastrophique » dans le second degré
Tony Tremblau pour le SNES-FSU 93 alerte sur « une rentrée qui s’annonce catastrophique » avec une hausse démographique. Plus de 600 élèves supplémentaires sont attendus dans les collèges du département, mais seulement 9 postes devraient être créés. « Il en faudrait au moins 35 pour absorber cette hausse », estime le syndicat. « L’augmentation du nombre d’élèves n’est pas compensée par des moyens correspondants. » Dans ces établissements, les dotations horaires globales (DHG) sont jugées insuffisantes, tandis que certaines heures précédemment dédiées à des dispositifs pédagogiques ont disparu. À cela s’ajoute un manque criant de personnels de vie scolaire. « Il n’y a aucune création de postes de CPE ou d’AED, alors que les besoins explosent », déplore Tony Tremblay.
L’exigence d’un plan d’urgence
Après un premier boycott des instances fin mars, un nouveau comité s’est tenu début avril. Mais les ajustements opérés sont jugés « marginaux » par les syndicats. « On est face à un plan brutal, insupportable », dénonce la CGT 93. « Notre objectif, c’est que tout le département soit alerté. » Pour les organisations, l’enjeu dépasse la seule rentrée 2026. Il s’agit de remettre à l’ordre du jour un véritable plan de rattrapage pour la Seine-Saint-Denis.
Un mot d’ordre qui revient avec force dans les mobilisations : sans investissement massif, les inégalités risquent de continuer à se creuser dans le département le plus jeune et parmi les plus populaires de France. « Défendre l’école publique, c’est l’affaire de celles et ceux qui y travaillent et de celles et ceux qui leur confient leurs enfants », rappellent les organisations.
« On reste très mobilisés pour l’intérêt général », assurent les organisations. « Parce qu’au fond, c’est de l’avenir des élèves dont il est question. »
Djéhanne Gani
