Alors que commence une année scolaire dont les enjeux vont être particulièrement cruciaux pour l’Ecole, le Café pédagogique a souhaité mettre en lumière les associations disciplinaires, leur engagement et leurs projets. Pour le premier volet de cette série, nous donnons la parole à l’APSES (Association des Professeur·es de Sciences Economiques et Sociales). Forte de plus de 2300 adhérent·es, soit près de 4 enseignant·es de SES sur 10, l’association se réjouit de fêter cette année les 60 ans de la discipline, mais s’inquiète aussi des échéances à venir et tire la sonnette d’alarme : « 2027 sera une année charnière avec les élections présidentielles. (…) Nous savons que les savoirs critiques seront une cible pour certains partis et groupes réactionnaires, et sommes d’autant plus attaché·es à les défendre. » L’APSES répond aux questions du Café pédagogique.
Quand et par qui l’APSES a-t-elle été créée ? Quels en étaient les grands principes fondateurs ?
L’APSES a été fondée en 1971, juste après la création des SES et leur installation parmi les enseignements généraux du lycée, en 1966. Elle est en partie issue des stages de Sèves, organisés dès 1967 par le géographe Michel Roncayolo, réunissant une centaine de de chercheurs du supérieur en sciences sociales (démographes, sociologues, économistes…) et enseignants du secondaire.
Le très jeune corps des professeur·es de SES, en lien avec l’inspection, avait besoin de se doter d’un espace commun de discussions, d’échanges et de débats entre pairs. Mais également d’un outil de promotion et de défense de la discipline, menacée depuis sa création. Là où les pères fondateurs de la discipline, héritiers de l’Ecole des Annales, prônaient un enseignement transdisciplinaire de sciences sociales permettant aux élèves d’accéder à une compréhension globale du monde, les milieux patronaux poussaient pour un enseignement centré sur l’économie et l’entreprise.
L’association a-t-elle évolué depuis sa création ?
Notre association est restée fidèle au projet fondateur des SES : aboutir à une compréhension globale du fonctionnement des sociétés modernes, à partir d’objets-problèmes traités à l’aide des outils et méthodes d’une diversité de sciences sociales.
La priorité de l’APSES reste celle du contenu de l’enseignement des SES et sa didactique. Depuis de nombreuses années, l’APSES ouvre également les SES sur la Cité, avec des évènements destinés au grand public, comme des Cafés sciences sociales, ou des ciné-débat.
L’APSES s’intéresse davantage aux conditions d’enseignement de la discipline, aux contenus, et à la didactique. Si ces éléments peuvent faire l’objet de réflexions au sein des organisations syndicales, ce n’est généralement pas leur « cœur » de métier. Sur ces points, nos réflexions peuvent souvent être complémentaires, voire se recouper. Par exemple, elle permet aux enseignant·es de SES qui appartiennent à l’association de disposer d’un espace unique pour échanger sur leurs pratiques, obtenir des conseils de leur·es pair·es ou de l’aide pour leurs préparations de cours, parfois en présentiel mais aussi grâce aux outils numériques très dynamiques. La mutualisation des contenus et des idées est une des grandes forces de notre association disciplinaire, particulièrement représentative (plus de 2 300 adhérent·es pour un total de 6 000 professeur·es de SES environ).
Dans quelle mesure peut-elle aussi être force de contestation et/ou de proposition ?
Au fil de ses 50 années d’existence, l’APSES s’est constituée un large répertoire d’actions : manifestations, « course au bac » autour du ministère, lâcher de ballons devant la bourse de Paris, lettres aux décideurs politiques, ou plus simplement des alertes au ministère. Mais ces actions sont entreprises lorsque le dialogue social a échoué : nous rencontrons régulièrement l’inspection générale de SES et la DGESCO par exemple.
Pour chaque programme que les enseignant·es de SES pourraient être amené·es à enseigner, comme par exemple les programmes de seconde, de cycle terminal, mais aussi d’EMC ou d’EVARS, l’APSES s’efforce de construire collectivement une analyse critique de ceux-ci, qu’elle ait été consultée ou non. Ce travail passe par des procédures démocratiques garantissant une certaine représentativité des propositions. L’APSES est donc souvent force de contestation mais aussi de proposition.
Quelques mots justement des programmes actuels dans votre discipline ?
Depuis 2010, le ministère a cédé à la pression du lobby patronal et des économistes libéraux. Les deux dernières moutures des programmes de SES cherchent à rompre avec le projet fondateur des SES, en accentuant le cloisonnement disciplinaire tout en ayant une approche qui promeut le technosolutionisme face aux questions environnementales. L’APSES ne trouve donc pas que les programmes actuels soient satisfaisants et a engagé un travail de réflexion approfondi pour être force de proposition, s’appuyant sur l’expertise collective de ses adhérent·es et l’aide d’universitaires.
Les associations, bien que disciplinaires, ont des combats communs, et l’unité peut faire la force. Comment coopérez-vous les unes avec les autres ?
L’APSES est membre de la conférence des associations disciplinaires. Comme souvent, c’est dans les moments difficiles que nous nous retrouvons, et nous avons des échanges très réguliers, d’autant plus depuis le passage de J.-M Blanquer au ministère et la mise en place de la réforme du lycée. Nous coopérons aussi régulièrement avec les associations du supérieur en lien avec nos disciplines.
Face à la désaffection qui semble grandissante des jeunes générations d’enseignant·es à l’égard des associations disciplinaires, qu’auriez-vous envie de leur dire ?
Que nous vivons des moments difficiles pour la profession, mais que des collectifs sont toujours là pour continuer à réfléchir ensemble, à lutter et à se battre pour former convenablement nos élèves.
Les sciences sociales sont en prise avec le monde qui nous entoure, et transmettre ces enseignements à des élèves, les aider à mieux comprendre et affronter les défis du XXIe siècle, reste une mission essentielle. Toutefois, notre association reste très dynamique : l’APSES reste la plus représentative des associations disciplinaires, avec environ 4 enseignant·es de SES sur 10 qui adhèrent à l’association, parmi lesquel·les les jeunes collègues sont très nombreux·ses. Iels renouvellent le sang et l’énergie pour défendre les SES que l’on aime !
Alors que se profile une année aux enjeux essentiels notamment pour l’Ecole, comment envisagez-vous cette rentrée scolaire ?
D’abord, nous fêtons cette année les 60 ans des SES, ce qui place l’année sous de meilleures perspectives que les précédentes, faites d’une lutte continue contre les méfaits de la réforme Blanquer du lycée. Mais nous n’oublions pas que 2027 sera une année charnière, avec les élections présidentielles. Des professeur·es de SES ont déjà été inquiété·es et mis·es publiquement en cause par des responsables politiques, notamment d’extrême-droite. Nous savons que les savoirs critiques seront une cible pour certains partis et groupes réactionnaires, et sommes d’autant plus attaché·es à les défendre.
Propos recueillis par Claire Berest
