Quelques mots sur la réforme des concours
En ce printemps 2026, la nouvelle mouture des concours de l’enseignement connaît sa première mise en place. En ce qui concerne le CRPE (concours de recrutement des professeur.e.s des écoles), qui s’adresse aux candidat.e.s désirant enseigner dans le premier degré, deux concours sont ouverts : le « concours L3 », pour lequel il suffit d’être inscrit.e en troisième année de licence (ou d’être titulaire d’une licence) pour s’inscrire ; le « concours M2 », ouvert aux étudiant.e.s inscrit.e.s en deuxième année de master, qui, pour la plupart, étudient dans un Inspé (institut national supérieur du professorat et de l’éducation) dans le cadre du master Meef (métier de l’enseignement, de l’éducation et de la formation).
Lorsqu’ils et elles se sont engagé.e.s dans ce master, il y a deux ans, un seul concours existait, situé à la fin de leurs études, à Bac + 5. Ce concours connaîtra sa dernière « édition » en 2027, et sera à terme totalement remplacé par le concours de recrutement à Bac + 3, à l’issue duquel les lauréat.e.s deviendront élèves fonctionnaires en M1 et fonctionnaires stagiaires en M2. Ils et elles continueront en effet leur formation universitaire en deux ans à l’Inspé en parallèle de stages devant des classes.
Ils et elles devront décrocher à l’Inspé leur master, désormais intitulé M2E (master enseignement et éducation), et valider leur année de stage pour pouvoir être titularisé.e.s. À la suite de leur titularisation, ils et elles seront tenu.e.s à un engagement de quatre années au sein de l’Éducation nationale.
Deux années de transition avec maintien des deux concours
Deux années de transition sont nécessaires pour mettre en place le nouveau concours, au cours desquelles les étudiant.e.s de L3, à qui on a fait miroiter une possible réussite au concours dès cette année, sont finalement largement lésé.e.s par la nouvelle mouture.
En effet, les épreuves écrites des deux concours (L3 et M2) ayant eu lieu à des dates différentes, la plupart des étudiant.e.s de M2 se sont inscrit.e.s aux épreuves écrites des deux concours, le concours L3 étant, en toute logique, moins exigeant que le concours M2. Les étudiant.e.s de L3 subissent également la concurrence de très nombreux étudiant.e.s de M1 Meef, qui ne peuvent s’inscrire au concours M2, mais qui remplissent les conditions pour passer le concours L3.
Les étudiant.e.s de L3 concourent donc en rivalité avec des étudian.t.e.s ayant suivi une à deux années de préparation au concours de plus qu’eux. Les résultats de l’admissibilité, récemment tombés dans beaucoup d’académies, révèlent d’ailleurs qu’un certain nombre d’étudiant.e.s de M2 sont deux fois admissibles (au concours L3 et au concours M2), ce qui réduit d’autant le nombre de places pour les étudiant.e.s de L3.
Très de peu de places en master pour les actuel.le.s étudiant.e.s en L3
À cela s’ajoutent des difficultés particulières pour les étudiant.e.s de L3 dans leurs candidatures pour entrer en master, réalisées mi-mars. Jusqu’alors, les titulaires d’une licence qui voulaient devenir professeur.e.s des écoles s’inscrivaient le plus souvent en master Meef 1er degré et suivaient dans les Inspé une formation en deux ans leur permettant de passer le concours.
À partir de septembre prochain, le master Meef disparaîtra au profit d’un master M2E où seront principalement accueilli.e.s en M1 les lauréat.e.s du CRPE venu.e.s parfaire leur formation. Seules quelques rares places, dans chaque promotion, seront réservées à des non lauréat.e.s du concours L3, et ce, uniquement dans certaines universités, d’autres (comme celle de Lille) n’ayant ouvert aucune place en M1 pour des non lauréat.e.s.
Déjà, en 2025, le Master Meef 1er degré était la formation la plus demandée parmi toutes celles offertes en master (devant l’informatique, le droit des affaires, la psychologie…) : il totalisait 129 600 candidatures pour 169 formations[1]. En 2026, avec un nombre de places extrêmement réduit ouvert aux étudiant.e.s de L3 non lauréat.e.s, beaucoup vont se retrouver en grande difficulté pour la poursuite de leurs études, et n’auront probablement aucune place en master.
C’est le meilleur terreau possible pour favoriser l’ouverture de formations privées assurant à des étudiant.e.s admis.e.s nulle part ailleurs une nouvelle préparation au concours, dans un contexte où le secteur privé s’accroît d’année en année dans l’enseignement supérieur.
Rappelons pourtant qu’un nombre important d’étudiant.e.s se présentant au CRPE sont boursiers (la proportion est par exemple significative parmi celles et ceux inscrit.e.s en licence de Sciences de l’éducation) et qu’une telle situation renforce les inégalités sociales entre les étudiant.e.s.
Les L3 en 2026 : la cohorte sacrifiée de la réforme
Voilà comment un concours présenté comme une grande opportunité pour les étudiant.e.s de licence les soumet à la concurrence massive d’étudiant.e.s mieux formé.e.s et réduit leurs opportunités de poursuite d’étude à court terme.
Alors que les différentes Inspé travaillent, dans l’urgence et dans l’inquiétude, à mettre en place une formation qui leur est imposée sans aucune consultation, les décideurs politiques sont en train de se rendre compte que le nouveau Master, calibré pour accueillir des étudiant.e.s de L3 ayant réussi le concours, sera presque dépouillé de ces profils, au profit d’étudiant.e.s déjà titulaires d’un M2 (ou d’un M1), qui n’auront pas à recommencer leur cursus en M1.
La chose était prévisible depuis le début, et risque de se réaliser de la même manière l’année prochaine si rien n’est changé. Ce n’est qu’un des nombreux exemples de l’improvisation totale dans laquelle cette réforme est menée, sans consultation des acteurs et actrices de terrain.
Mélanie Fabre
[1] Gabriel Jaquemet, « Mon Master : les spécialités les plus demandées », Le Parisien, 13 mars 2026.
