Pour le député Rodrigo Arenas (LFI), ancien co-président de la FCPE, le modèle éducatif est « hérité d’un autre siècle, repos[ant] sur une hiérarchie rigide : celle de l’adulte tout-puissant sur l’enfant obéissant ». Dans cette tribune, il appelle à « une révolution pédagogique » et « un changement de cap : remettre tout le système éducatif à hauteur d’enfant. Cela signifie repenser l’autorité non comme un rapport de force, mais comme un projet partagé ; enseigner la coopération autant que la règle ».
Une crise profonde
Malgré les apparences, la crise que traverse aujourd’hui l’école française ne se résume pas à une question de moyens. Elle va bien au-delà des dysfonctionnements plus ou moins isolés, des faits divers tragiques ou des éternelles querelles pédagogiques entre anciens et modernes. Elle est plus profonde. C’est une crise de modèle.
Un modèle d’un autre siècle
Ce modèle, hérité d’un autre siècle, repose sur une hiérarchie rigide : celle de l’adulte tout-puissant sur l’enfant obéissant. De la salle de classe à la cour de récréation, du centre périscolaire aux devoirs à la maison, la même logique s’impose : le monde des adultes organise, décide, contrôle, sanctionne ; et les enfants s’insèrent dans ce monde, écoutent, s’exécutent, se conforment – ou se rebellent et se retrouvent punis, par l’institution et par la société. Longtemps perçu comme la condition de la transmission, ce rapport vertical est un facteur d’épuisement et un ferment de violence. Car une autorité qui s’impose sans se partager finit toujours par buter sur les limites de sa légitimité, et par générer défiances, déviances et colères.
Des symptômes d’un système qui craque
Les tensions récurrentes dans les établissements, les agressions, et surtout les scandales répétés dans le périscolaire ne sont pas juste des faits divers sordides : ils traduisent évidemment des manquements mais ils sont surtout les symptômes d’un système qui craque. Derrière chaque incident, on retrouve la même équation : une pénurie d’encadrement, une formation inégale, une pression constante. Les personnels tiennent bon, mais au prix de leur santé et de leur espoir. Ils ne demandent pas la lune ; ils demandent que l’école devienne enfin un lieu de vie, pas de survie.
La baisse démographique, une occasion d’un renouveau
Or, une brèche s’ouvre aujourd’hui. La baisse démographique, présentée à tort comme un danger, peut devenir l’occasion d’un vrai renouveau. Moins d’élèves : plus de souffle. C’est le moment de corriger le sous-encadrement chronique de notre système. Aujourd’hui, la France compte 6 enseignants pour 100 élèves, contre 8 en moyenne dans l’OCDE. Ce retard nous coûte cher : en qualité d’écoute, en accompagnement, en bien-être collectif. La baisse des effectifs doit être l’occasion d’investir mieux, pas d’économiser. C’était d’ailleurs l’un des engagements forts du premier mandat d’Emmanuel Macron en 2017. Alors pourquoi renier aujourd’hui cette logique au moment même où la démographie permettrait de l’amplifier à moindre coût budgétaire ?
Un changement de cap
Ce que cette transformation exige, c’est un changement de cap : remettre tout le système éducatif à hauteur d’enfant. Cela signifie repenser l’autorité non comme un rapport de force, mais comme un projet partagé ; enseigner la coopération autant que la règle ; apprendre à comprendre, pas seulement à reproduire. Une école à hauteur d’enfant, c’est une école qui écoute avant d’ordonner, qui accompagne avant de juger, qui fait confiance avant de punir.
Mais cette révolution pédagogique ne peut réussir si le périscolaire reste le parent pauvre du service public. Aujourd’hui, ses moyens dépendent des collectivités territoriales, créant des inégalités territoriales scandaleuses : d’une ville à l’autre, les conditions changent du tout au tout. Si nous voulons garantir l’égalité réelle des enfants, il faut un périscolaire national, financé par l’État, avec un budget unique, une ambition commune et une même exigence de qualité.
Refaire l’école à hauteur d’enfant, c’est refonder la République à hauteur d’avenir. C’est dire que chaque enfant compte, partout, autant qu’un autre. C’est faire de l’éducation non plus une variable de gestion budgétaire, mais un acte politique.
Rodrigo Arenas
