Démocratisation, sélection
Que relève la note publiée par l’OCDE à la veille des résultats de Parcoursup ? Si la quête d’un diplôme supérieur s’est généralisée, l’accès réel dépend fortement des politiques nationales. En moyenne, « près des deux tiers » des candidats de l’OCDE décrochent une place. Cependant, les réalités divergent : certains pays proposent une « admission large et non sélective » (comme la France avec 95 % d’admis), tandis que d’autres affichent une capacité limitée, à l’instar de l’Écosse qui chute à 34 %. De plus, être accepté ne signifie pas s’inscrire : en Norvège et au Danemark, « l’année sabbatique » reste une étape normale de transition.
La réussite en licence universitaire reste parmi les plus faibles des pays de l’OCDE
Une fois intégrés, la réussite des étudiants est loin d’être garantie. En moyenne, « seuls 43 % des étudiants en licence obtiennent leur diplôme dans les délais prévus ». Si la flexibilité des parcours nordiques permet d’atteindre 70 % de réussite à terme, d’autres facteurs bousculent les trajectoires, comme le coût des frais de scolarité ou le service militaire obligatoire. La première année s’impose comme une « période critique », où au moins un étudiant sur cinq abandonne complètement, parfois poussé vers la sortie par des « examens à enjeux élevés » faisant office de filtre.
Des inégalités face à l’orientation
« Une meilleure orientation scolaire aiderait les élèves du secondaire à choisir le parcours professionnel qui leur convient le mieux ». Ces échecs précoces prennent souvent racine dès le secondaire. En 2022, « près de 39 % des jeunes de 15 ans étaient indécis quant à leurs projets professionnels futurs », un niveau d’incertitude en hausse constante. Pire encore, un élève sur cinq aspire à un métier qualifié sans envisager d’études supérieures, un « décalage » qui mène droit à l’erreur d’aiguillage. Pour sécuriser cette transition, l’orientation est cruciale, mais elle reste « très inégale » : solide dans les pays nordiques, elle s’avère souvent « moins répandue dans les établissements défavorisés ». Face à ce défi, des initiatives comme l’outil Columbus en Belgique qui « aide les élèves du secondaire à identifier les formations de l’enseignement tertiaire qui leur conviennent le mieux, sur la base d’une évaluation de leurs compétences et de leurs préférences », tentent d’armer les élèves pour faire des « choix éclairés ».
En 2018, les pays nordiques et l’Irlande se sont distingués par un accès équitable aux conseillers d’orientation diplômés pour les élèves des établissements favorisés comme défavorisés. Cette approche favorise un accompagnement précoce et continu des jeunes dans leurs choix d’études et de carrière, tout en leur laissant une certaine flexibilité dans leur parcours. À l’inverse, dans la plupart des pays de l’OCDE, les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés bénéficient moins fréquemment de services d’orientation spécialisés, ce qui contribue à renforcer les inégalités d’accès à l’information et au soutien en matière d’orientation. Dans certains pays, ces écarts dépassent même 40 points de pourcentage entre établissements favorisés et défavorisés.
« Pour réduire le décrochage précoce et favoriser l’achèvement des études tertiaires, les systèmes éducatifs doivent renforcer les dispositifs d’orientation destinés aux élèves du deuxième cycle du secondaire, en proposant des parcours plus lisibles et plus flexibles, et en garantissant un accès équitable à un accompagnement efficace », conclut la note de l’OCDE.
Djéhanne Gani
