« Les effets de la végétalisation ne sont pas encore ressentis »
« Nous adaptons nos pratiques entre autres de ces façons : les séances d’EPS annulées ou moins exigeantes physiquement, nous n’avons pas de récréations l’après-midi en maternelle. Nous avons aussi fait un rappel aux élèves des risques et conduites à tenir en cas de canicule », nous explique Sandrine, enseignante en maternelle en Charente-Maritime. « Globalement, les classes sont plus calmes (les enfants sont abattus…). En maternelle, ils sont peu nombreux à se plaindre de la chaleur (leur ressenti n’est pas identifié). Il y a eu dans ma classe de MS/GS plusieurs enfants se plaignant de maux de tête, et un enfant qui a eu un « coup de chaud » avec somnolence. Ses parents sont venus le chercher ».
Il n’est pas rare que des familles prennent l’initiative de garder leur enfant à la maison. « Une famille a proposé de fournir des ventilateurs. Ils sont nombreux à trouver la température dans les classes inacceptable », ajoute Sandrine qui remarque aussi que certains parents oublient gourdes et casquettes… Dans cette école, la mairie dispose des brumisateurs dans la cour à plusieurs endroits. « Ce sont des tuyaux d’arrosage bricolés avec des buses d’arrosage automatique. C’est plutôt efficace et les enfants apprécient ». Les effets de la végétalisation ne sont pas encore ressentis, les arbres étant trop petits…
« On ne nous consulte pas alors que nous sommes les usagers des locaux »
A plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le département du Nord, Marie-Line mesure 27°C au dortoir de ses petites sections. « Il y faisait plus frais. Moi, j’ai fait cours comme d’habitude mais avec un bar à eau ouvert et disponible à volonté. J’ai acheté avec mon argent personnel un brumisateur avec lequel j’aspergeais très régulièrement les enfants », souligne l’enseignante. « L’après-midi, j’ai mis une petite dizaine de bassines avec différentes sortes de jeux d’eau pour se rafraîchir en jouant ».
L’enseignante demande depuis 19 ans une extension du préau qui passerait au-dessus des fenêtres… « Malheureusement, on ne nous consulte pas alors que nous sommes les usagers des locaux. J’aimerais tant qu’on nous demande notre avis pour faire des travaux cohérents et pas des délires d’architecte ».
Dans cette école de Marseille, la température monte aussi beaucoup. « Nous pratiquons les activités physiques en début de matinée lorsque la cour est à l’ombre. Mais nous continuons à subir le reste de la journée. Notre école est particulière, elle a été construite sur 3 étages. Je suis au 3e étage et le soleil frappe fort dès le matin. Nous avons demandé à ce que les fenêtres soient ouvertes le matin tôt ou restent ouvertes la nuit mais ce n’est pas possible à cause de l’alarme, donc nous commençons la journée avec une classe à 31° ».
« J’ai fini avec mes élèves dans le hall central »
L’enseignant remarque que ses élèves vont régulièrement aux toilettes pour se rafraîchir et remplir leur gourde. Les saignements de nez sont plus réguliers. « Le programme ne sera pas fini car il est prévu sur 33 semaines d’école, or chaque année nous sommes dans le sud et subissons ces fortes chaleurs qui amputent plusieurs semaines de travail effectif ».
Dans ce collège parisien, les questions à propos des fortes devraient s’inviter au conseil d’administration. « On transpire la colère ! », nous écrit cette enseignante qui mesurait le jeudi 28 mai 31°C dans sa salle « malgré la cour Oasis ». Pour Barbara, enseignante dans un collège à Bordeaux, « l’adaptation de mes pratiques se fait au coup par coup et « au pied levé » selon l’âge des élèves, l’heure, leur état de fatigue et de leur concentration. Il s’agit surtout de réduire mes attentes, d’être encore plus patiente. Je tente de changer de salle mais ce n’est pas souvent possible (1er enseignant qui râle 1er servi). Par exemple jeudi dernier j’ai fini avec mes élèves dans le hall central sans autre possibilité et sans faire cours, que de la surveillance ».
Même chose pour Elsa, enseignante en collège. « Nous ne pouvons pas tous adapter nos pratiques : toutes les salles « fraîches » c’est-à-dire en dessous de 28°C sont prises d’assaut. L’interdiction de laisser les fenêtres ouvertes à un étage élevé ne permet pas une ventilation nocturne : les bâtiments ne refroidissent pas pendant la nuit ».
Enfin, l’enseignante Anne-Isabelle a choisi d’être davantage en extérieur dans son collège. « Je participe aux aires terrestres éducatives… à l’ombre ! J’ai également fait cours sans matériel sous les arbres avec une improvisation théâtrale sur les défenses immunitaires. Bref, j’improvise… »
Ces quelques témoignages ne sont qu’une petite partie des centaines de messages reçus durant cette première vague de chaleur en 2026. Avec la récurrence observée ces dernières années, les épisodes de forte chaleur obligent une adaptation rapide des établissements.
Djéhanne Gani
Canicule à l’école : un plan ministériel entre prévention et aveu d’impuissance
