Un plan ministériel construit autour de l’urgence climatique
Le ministère reconnaît désormais explicitement que « l’évolution du climat rend les vagues de chaleur plus fréquentes, imprévisibles ou prolongées ». Le plan concerne « les écoles et établissements d’enseignement publics et privés, sous et hors contrat », ainsi que les services déconcentrés de l’Éducation nationale. « Recenser les mesures d’anticipation et de réaction à mettre en œuvre pour protéger les personnels et les usagers et garantir la continuité du service » : chaque académie devra décliner ce plan « en tenant compte des spécificités de chaque territoire ».
Le document prévoit notamment un « diagnostic de vulnérabilité à la chaleur des écoles et établissements scolaires » afin d’identifier « les établissements les plus exposés à la chaleur » et de « prioriser le financement pour leur rénovation ». Cette reconnaissance institutionnelle montre que l’adaptation de l’école au réchauffement climatique devient désormais un enjeu officiel de santé publique, de sécurité et de conditions de travail. Et il y a du boulot dans ce domaine pour l’ensemble de la communauté éducative, qui témoigne d’un sentiment d’abandon et d’une souffrance au travail ces derniers jours, dans nos colonnes
Des recommandations de bon sens… qui révèlent surtout l’état du bâti scolaire
Le texte multiplie les préconisations techniques. Il recommande des « protections solaires des façades », des « stores, volets, films solaires », la « végétalisation » des toitures, des « dispositifs réfléchissants », des « ventilateurs », des « brasseurs d’air » ou encore des « brumisateurs ».
Le ministère demande également de cartographier « les salles non rafraîchies ou mal ventilées », « les espaces avec de grandes baies vitrées », « les cours de récréation sans ombrage « , les « zones fraîches » , les « points d’eau » accessibles. Le rapport évoque même la nécessité d’identifier des « lieux de repli ».
Mais derrière cette accumulation de recommandations apparaît une réalité beaucoup plus brutale : de très nombreux établissements scolaires / la majorité ne disposent tout simplement pas des équipements minimaux permettant de faire face aux fortes chaleurs. Le texte recommande ainsi « l’amortissement ou l’isolation grâce à des volets, pare-soleil ou stores extérieurs ». Encore faut-il que les bâtiments en soient équipés. Il préconise « l’aération aux heures les plus fraîches » et la « sur-ventilation nocturne », quand de nombreux établissements souffrent déjà d’un manque chronique de ventilation. Le plan évoque aussi des « pièces rafraîchies » et des « espaces verts ombragés ». Là encore, ces solutions dépendent directement de l’état du bâti et des investissements des collectivités territoriales.
« Aucune réglementation » sur la chaleur dans les bâtiments scolaires
Le document reconnaît une faille majeure : « À ce jour, aucune réglementation ne définit de critères d’exposition d’un bâtiment administratif ou recevant du public face à une vague de chaleur ». Autrement dit, il n’existe aujourd’hui aucun seuil réglementaire clair à partir duquel une salle de classe serait considérée comme dangereuse pour les élèves ou les personnels.
Le ministère rappelle seulement des « repères techniques généraux » : « fatigue possible dès 30 °C pour une activité sédentaire », « 28 °C si activité physique », « évacuation envisageable au-delà de 33 °C sans ventilation ». Mais le texte précise que « ces valeurs ne constituent pas des normes juridiques ». Cette absence de cadre réglementaire laisse une large part de responsabilité aux chefs d’établissement, aux municipalités et aux préfectures, alors même que les épisodes de chaleur extrême se multiplient.
Une souffrance au travail largement documentée
Le plan évoque la nécessité de « protéger les personnels » et rappelle que « le risque lié à l’exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense doit être intégré à la démarche d’évaluation des risques ». Le ministère demande que ce risque figure dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp). Les établissements doivent désormais évaluer la « température », « l’humidité relative de l’air », « l’exposition au soleil », la « production de chaleur supplémentaire liée aux outils de travail ».
Le texte prévoit aussi des campagnes de sensibilisation afin « d’informer et former aux bons gestes » et de « sensibiliser aux pathologies liées à la chaleur ». Mais une question demeure largement absente du document : qui est réellement en capacité d’assurer ce suivi sanitaire ?
Le plan évoque les assistants de prévention, les inspecteurs santé et sécurité ou les conseillers académiques. Pourtant, sur le terrain, les personnels dénoncent régulièrement l’absence de médecine du travail, le manque de personnels spécialisés et des dispositifs de prévention insuffisants.
Former aux premiers secours, repérer les symptômes des coups de chaleur, assurer un suivi des personnels fragiles, bref autant de missions qui supposent des moyens humains aujourd’hui largement insuffisants et … des formations !
Végétalisation, rénovation thermique : le ministère reconnaît un retard structurel
Le plan évoque à plusieurs reprises la nécessité de transformations plus profondes du bâti scolaire. Le ministère prévoit ainsi de « prioriser le financement pour leur rénovation dans le cadre des programmes existants ». Les facteurs « environnementaux » et « architecturaux » sont explicitement mentionnés dans l’analyse des risques.
Les collectivités devront notamment étudier « le niveau d’isolation », « la nature et couleur des toitures », « les revêtements extérieurs », la présence de végétation, les protections contre le rayonnement solaire. Le problème n’est donc plus seulement ponctuel ou saisonnier , il devient structurel dans un bâti désuet.
La fermeture des établissements devient un scénario intégré
Le ministère insiste sur le caractère « exceptionnel et proportionné » des fermetures d’écoles ou d’établissements. Mais le plan détaille pourtant très précisément les différents scénarii avec des fermetures l’après-midi, l’accueil en demi-groupes, l’alternance présentiel/distanciel et la fermeture totale avec bascule de « la continuité pédagogique » à distance. Le texte prévoit même la nécessité de « maintenir le lien » avec chaque élève et de contacter les familles « par téléphone, visioconférence ou messagerie ».
Le ministre intègre donc la possibilité régulière d’interruptions liées aux vagues de chaleur. D’ailleurs, des établissements ont déjà fermé ces jours-ci ou suspendu des cours de l’après-midi. Le plan prépare-t-il réellement l’école aux conséquences du réchauffement climatique, ou organise-t-il surtout la gestion d’un parc scolaire déjà largement inadapté aux températures actuelles ?
Djéhanne Gani
Le plan ministériel de gestion de vague de chaleur
Dans Le Café pédagogique :
